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Revue de presse du jeudi 7 janvier 2016

Charlie, un an après - l’éducation comme objet d’études - dans la classe - polémique


Bien triste anniversaire que celui d’aujourd’hui. Un anniversaire qui interroge nécessairement les questions d’éducation, interrogations dont la presse se fait l’écho. Mais la vie des écoles continue, bien entendu, et l’actualité du jour apporte son lot de réflexion pédagogique et de polémiques.


Un an après l’attentat contre Charlie Hebdo, l’école toujours interrogée

Un an après, dans l’école, les fractures sont toujours là, nous expliquent Les Echos. "Un an après l’annonce d’une « grande mobilisation pour les valeurs de la République », le bilan est en demi-teinte. Après l’attentat contre « Charlie Hebdo », le gouvernement avait décliné 11 mesures, dont certaines avaient déjà été engagées. La plus forte visait à mettre en place «  une politique active de mixité pour agir sur la composition des collèges  ». Un élément de réponse à «  l’apartheid » évoqué par le Premier ministre.
Douze mois plus tard, « 
 les fractures sont toujours là  », juge Philippe Tournier, du principal syndicat de chefs d’établissement (SNPDEN), s’agaçant de la «  rhétorique volontariste claironnante » du gouvernement. « Parler du vivre-ensemble à des jeunes relégués avec les leurs dans des banlieues périphériques sonne forcément un peu faux », dit-il. Pourtant, les nouvelles règles d’affectation promises pour septembre 2016 dans 20 territoires pilotes sont, selon lui, «  la bonne méthode, à condition qu’on ne change pas de pied au printemps 2017  ». Mais «  il aurait fallu se donner ces réponses il y a dix ans »."

A en croire l’Etudiant la difficulté à sensibiliser et/ou former les enseignants à la laïcité est elle aussi toujours d’actualité. Après Charlie, la laïcité peine à s’imposer dans la formation des enseignants. Un article à la tonalité finalement beaucoup plus pondérée que son titre, dont il ressort que peu à peu, dans le cadre des Espé, la formation des enseignants à la laïcité fait son chemin. Trop lentement ? Sans doute, à en croire les propos tenus par Marc Horwitz (auteur du Dictionnaire de la laïcité) sur le site de VousNousIls : "Beaucoup d’enseignants n’ont qu’une idée vague de la laïcité", explique-t-il. "Pour le fondateur d’Egalité Laïcité Europe, “un grand travail de formation des enseignants reste à faire” autour de cette notion."

Sur son blog, l’historien Claude Lelièvre nous raconte pour sa part la "journée particulière de huit ex-ministres de l’Education nationale". Il livre les impressions des huit précédents ministres, à l’occasion d’une grande consultation qui avait été conduite auprès d’eux dans la foulée des attentats de janvier, et à laquelle il avait participé. Des échanges très riches, desquels il se dégage une très grande prudence de la part de la plupart d’entre eux, qui se méfient de mesure que nous prendrions pour la réaffirmation de la laïcité, et qui seraient perçues par certains comme une atteinte à leur liberté religieuse. En clair, une laïcité qui risquerait, si elle est mal transmise aux enfants, de passer pour l’inverse de ce qu’elle aspire à être. Une analyse, on le verra, qui dépasse largement les clivages partisans.

Prudence et retenue de mise également, nous explique Libération dans les classes : « Non, on ne va pas reparler de Charlie Hebdo dans les classes aujourd’hui » titre le quotidien. "Quelques jours après les attentats de janvier, quatre enseignants s’étaient exprimés dans Libération, racontant les jours d’après. Anne (1), directrice d’une école privée en Seine-Saint-Denis, témoigne à nouveau, un an après".


L’éducation, à la croisée de la sociologie et de la science politique

La revue Education et Société consacre son nouveau numéro :L’éducation, un objet désormais commun à la sociologie et à la science politique. On y trouvera notamment un intéressant article sur le "maintien de l’ordre" en éducation : Sur quelques techniques enseignantes du maintien de l’ordre. Ethnographie du travail de conformation au sein d’un collège populaire. L’article montre à la fois le travail des enseignants pour rendre les élèves conformes aux attentes de l’institution, souvent fort éloignées de la réalité quotidienne des enfants de milieu populaire, et comment ce faisant ils contribuent à faire de l’école un des agents d’encadrement et de contrôle des classes populaires par l’Etat.

L’école de la République est-elle islamophobe ? se demande de son côté Béatrice Mabilon-Bonfils, sociologue à l’université de Cergy-Pontoise. "Bien sûr, les mots sont plombés et la terminologie contestée, mais il nous faut penser la fonction sociale et politique de l’école de la République. Les événements dramatiques de janvier 2015 ont mis en agenda l’école dans sa capacité à créer du lien social. Les réactions de certains élèves lors de la minute de silence en hommage aux victimes des attentats contre Charlie Hebdo ont questionné sur le degré d’adhésion à notre République. Les attaques du 13 novembre 2015 nous interrogent aussi sur le ressentiment de jeunes radicalisés qui ont fait leur scolarité au sein du système éducatif français.
Depuis janvier 2015, les discours proposant des solutions à l’emporte-pièce monopolisent les médias : blouses, uniformes, drapeau, « Marseillaise », sanctions et « cours » de morale laïque.
Cette nostalgie collective d’une société proprement réactionnaire autour d’une école qui n’a jamais existé en dit long sur le processus d’amnésie, d’oublis sélectifs et de fantasmes qui produit les sociétés et le lien social. Il est donc plus que temps que les débats soient nourris par les sciences sociales
".


Dans la classe

Le Café pédagogique de ce matin recense et critique l’ouvrage collectif "Apprendre à enseigner", sorti hier en librairie. "Quel enseignant ne s’est pas plaint de la formation qu’il a reçu (ou pas) ? Face à des difficultés sans nombre, le jeune enseignant cherche les "ficelles" du métier qui vont lui permettre de "tenir" la classe. Mais, s’il y a bien des "tours de main" professionnels, le métier enseignant a ceci de particulier que tout se tient dans la relation avec les élèves, ce qui fait que les meilleurs "tours" ne suffisent pas, et que tout semble remis en question chaque jour au maitre qui n’a pas conquis la confiance. C’est cette complexité du métier que veut affronter l’ouvrage de Luc Ria, IFé, et Valérie Lussi Borer, Université de Genève. Leur livre est plus qu’un guide du formateur. C’est une base de réflexions et d’échanges de savoirs sur les transformations actuelles de la formation des enseignants. En 16 chapitres, confiés à de grands spécialistes, comme, par exemple, P Rayou, M Durand, A Jellab, O Maulini ou E Sanchez, il fait le point sur ce qu’on sait du travail enseignant, les nouveaux outils pour apprendre le métier et les outils du développement professionnel. Si apprendre à enseigner c’est ce que fait chaque enseignant chaque jour de sa carrière, ce livre concerne tous les professeurs".

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L’IFE propose de son côté, sous la responsabilité de Catherine Reverdy, un dossier très complet sur la question de l’interdisciplinarité : l’utilisation de l’interdisciplinarité dans le secondaire. Un dossier que l’auteur veut certes "court", mais qui aborde des questions fondamentales à l’aune de la mise en place du nouveau collège : La légitimité des disciplines dans le cadre de l’interdisciplinarité, les limites fluctuantes des disciplines, qui devraient être des points de convergence mais sont au contraire des éléments de tension, le fait que les enseignants interrogeant peu l’interdisciplinarité, la synthèse globale des savoirs, fort complexe, reste à la charge des élèves, etc.


Polémique

Selon Le Monde, "les 10 000 euros d’étrennes des recteurs d’académie font grincer des dents les enseignants". En période de gel des salaires (en tout cas de gel de la valeur du point d’indice, ce qui ne revient pas tout à fait au même), l’unanimité est de mise face à l’augmentation très substantielle de l’indemnité de responsabilité accordée aux recteurs (qui passe de 15 000 € à environ 26 000).

Lionel Jeanjeau

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Dans la librairie des Cahiers Pédagogiques

Croiser des disciplines, partager des savoirs

Revue n°521 - mai 2015
Les pratiques communes, croisées, mises en synergie et en résonance, aident-elles les élèves à entrer dans la complexité des savoirs scolaires et dans les différentes cultures à construire à l’école ? Ce dossier montre à travers différentes pratiques de dispositifs comment entrer dans l’interdisciplinarité sans sacrifier aucunement les disciplines.