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Revue de presse du mardi 5 novembre

Innovation - sciences et éducation - mixité sociale


Hier, la revue de presse vous proposait du bonheur. Sans complètement jouer les rabat-joie, celle d’aujourd’hui va s’intéresser aux limites relatées dans les médias.
Limites :
- de l’innovation
- de la diffusion des connaissances scientifiques dans le domaine éducatif
- de la mixité sociale

Pour une innovation de l’innovation

Education et Devenir a interrogé Françoise Cros autour de la question de l’innovation dans l’éducation. Cette question est en effet d’actualité avec la mise en place des ESPÉ, la création du Conseil National de l’Innovation pour la Réussite Educative et un récent rapport de l’Inspection Générale. Dans cet entretien Françoise Cros accueille favorablement l’idée du CNIR instauré par la ministre George Pau-Langevin car il rompt avec la notion d’expérimentation, sinon décidée au moins adoubée "verticalement" par la hiérarchie, pour en revenir à une innovation « qui est est un bouillonnement, [...] et est horizontale. ». Pour elle, l’Etat doit être facilitateur et non initiateur : il « doit organiser des espaces d’échanges horizontaux, en réseaux. Le but n’est pas de faire remonter une initiative au ministère via un formulaire comme Expérithèque. Il faut permettre aux acteurs de se parler directement. En un mot, il faut de la formation continue. Les enseignants doivent avoir des moments de mutualisation des pratiques. » La question de l’évaluation des innovations est également abordée dans cet interview et la réponse apportée est très intéressante car elle tord le cou à certaines critiques entendues ici ou là par les réactionnaires hostiles à tout changement. « L’innovation favorise-t-elle la réussite scolaire ?
Non, c’est même souvent l’inverse. » répond Françoise Cros. « Les études évaluatives menées jusque-là montrent plutôt que l’innovation creuse les écarts entre bons et mauvais élèves et provoque plus d’inégalité sociale entre les élèves. » Puis elle nous rassure : « Cela s’explique notamment par l’absence d’évolution des méthodes d’évaluation. Les indicateurs d’évaluation restent ceux utilisés pour estimer des méthodes pédagogiques plutôt habituelles. Nous sommes dans la fable du renard et de la cigogne. Quand on évalue une innovation avec les tests scolaires classiques, on ne peut pas voir l’apport de l’innovation, dans la mesure où cette dernière se propose justement de transgresser certaines règles.Souvent l’innovation est vue comme une façon d’améliorer les objectifs inchangés de l’école. Une façon de ne rien transformer fondamentalement mais de mieux atteindre des objectifs intangibles, ce que j’appellerais plutôt une adaptation. Or la spécificité de certaines innovations est qu’elles font apparaître de nouveaux objectifs sociaux ou créatifs peu pris en charge par l’école. »
Françoise Cros rappelle également que l’innovation n’est pas un concept opposé à la liberté pédagogique, elle précise en effet que « toutes les innovations n’ont pas vocation à être généralisées. Ce qui fonctionne dans un contexte ne fonctionnera pas nécessairement dans un autre. Et il faut accepter le refus motivé de certaines personnes face à une nouvelle pratique »

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Le dessin de Fabien Crégut

Pierre Frackowiak qui commente cet entretien sur son blog revient sur l’idée que « les jeunes enseignants ne sont pas forcément les plus innovants ». Comme à l’accoutumée très direct, il témoigne « j’ai rencontré des quantités de vieux jeunes et de jeunes vieux. Il est vrai qu’au cours des dernières années, la proportion de vieux jeunes s’est rapidement et dangereusement accrue, contribuant, volontairement ou non, à une destruction de l’école qu’il est très difficile de réparer, surtout si l’on n’évalue pas bien les dégâts et si l’on s’inscrit dans une continuité qui permet à certains de sauver la face et de ne pas donner le spectacle du retournement, toujours difficile, de veste. » Il relie ce constat à la suppression de la formation des enseignants et la mastérisation qui « ont conduit les nouvelles générations d’enseignants à ignorer totalement l’histoire de l’Ecole, les mouvements pédagogiques, la recherche, et donc à considérer que les pratiques qu’ils avaient subies pour la plupart au cours de la scolarité étaient incontestables ».
C’est toujours difficile de combattre les idées reçues.


Se mobiliser plutôt que déplorer

Maryline Baumard, journaliste spécialisée sur les sujets d’éducation au Monde, rejoint sensiblement ces constats et souhaits dans son livre « La France (enfin) première de la classe » dont Claude Lelièvre fait la recension sur son blog Mediapart. Pour l’historien de l’éducation, Maryline Baumard « s’attaque courageusement à une attitude dominante en France chez les décideurs et les professionnels, à savoir négliger le plus souvent superbement les apports scientifiques venant de France ou surtout hors de France. » Il prévient que « la lecture de ce livre assez atypique (et pour cause dans la tradition dominante française) suscitera des réactions diversifiées voire contrastées. Il est en effet de nature à ’’secouer le cocotier’’, mais non pas dans le sens de la ’’déploration’’ (comme on le voit le plus souvent), mais dans celui de la ’’mobilisation’’ ( ce qui est indéniablement plus rare). ». Les premiers commentaires laissés sur ce blog à la suite de cet article lui donne raison : les réactions sont bien diverses et contrastées.
C’est toujours difficile de combattre les idées reçues.


Quand la mixité sociale des quartiers s’arrêtent aux portes du collège

Le Monde publie un reportage sur ces collèges qui n’arrivent que très difficilement à proposer une mixité sociale qui pourtant progressent dans certains quartiers. La réputation explique (ou excuse) souvent ce constat. En témoignent les propos de cette mère d’élève de Saint-Denis « Je n’ai rien vu de mes propres yeux, mais a priori, il y aurait pas mal de violence [...] je préfère que mes enfants soient moyens dans un bon collège, plutôt qu’excellents dans un mauvais ».
C’est toujours difficile de combattre les idées reçues.

Cette revue de presse tente de le faire chaque jour. Ce sera encore le cas demain.

Laurent Fillion