Accueil > L’actualité vue par le CRAP > Les revues de presse > Revue de presse du mardi 4 juin 2013


JPEG - 26.3 ko

Revue de presse du mardi 4 juin 2013

Concessions et compromis - Reculades - Marronnier - En vrac -

Concessions et compromis

Le projet de loi de refondation de l’école est revenu lundi à l’Assemblée nationale en seconde lecture. Au prix de pas mal de compromis et de concessions, le projet de loi semble cette fois-ci rassembler toute la gauche. Le Sénat a, notamment réécrit l’article sur les missions premières de l’école et a inscrit d’autres principes comme l’assouplissement de l’accès aux langues régionales, le renforcement des mesures en faveur des enfants handicapés ou l’expérimentation du dernier mot donné aux parents sur les redoublements. Dans les dernières discussions à l’Assemblée, les députés ont adopté en commission un amendement inscrivant la formation à la scolarisation des élèves handicapés dans les missions des écoles supérieures du professorat et de l’éducation (Espe). Sur la formation continue des enseignants, objet d’un article introduit au Sénat, les députés ont adopté à l’unanimité une nouvelle rédaction indiquant que « chaque enseignant est encouragé à se former régulièrement » et qu’« une offre de formation continue adaptée aux besoins des personnels d’enseignement est proposée, notamment par le biais des écoles supérieures du professorat et de l’éducation ». Autre modification : le nombre de membres du futur Conseil supérieur des programmes. Il sera porté de 16 à 18. Le Sénat avait augmenté le poids relatif du Parlement dans cette instance (passage de quatre à six parlementaires) et réduit à huit au lieu de dix le nombre de personnalités qualifiées. Pour maintenir le nombre de personnes qualifiées à dix, la commission a proposé d’augmenter le nombre global de membres du Conseil.
Les députés du Front de Gauche, qui s’étaient abstenus en première lecture, comptent voter le projet de loi en deuxième lecture si les avancées obtenues au Sénat ne sont « pas remises en cause ». Quant aux écologistes, qui ont marqué la semaine dernière une fracture dans la majorité par leur vote contre le projet de loi sur l’enseignement supérieur et la recherche, ils soutiennent ce « début de refondation », malgré quelques bémols.
Avancées, concessions ou reculades ? On sait que le Parti Communiste se félicite d’avoir joué un rôle d’arbitre au Sénat. Ils ont introduit dans l’article 3 définissant les missions de l’École, la mention d’un beau slogan “Tous capables !”. Mais on a aussi supprimé toutes références aux compétences clés européennes qui avait pourtant une idée tout aussi forte “Apprendre à apprendre”. La recherche d’une majorité a donc conduit à des concessions. Elles peuvent être vues de différentes manières. Comme des avancées pour “muscler” le texte de départ qui manquait peut-être de slogans et d’idées-forces ou au contraire comme des compromis qui en affadissent la portée en bloquant certains des leviers contenus dans le texte initial.


Reculade

L’actualité éducative c’est aussi quelquefois savoir revenir en arrière. Marie-Caroline Missir, dans l’Express met le doigt sur une décision qui aurait pu passer inaperçue. Alors que c’est, selon elle, une reculade majeure qui s’est produite au cours de l’automne. La loi dans sa rédaction initiale prévoyait d’expérimenter une meilleure articulation entre primaire et secondaire, une configuration proche de "l’école du socle", préconisée par plusieurs rapports parlementaires. Cet article offrait donc la possibilité, sur la base du volontariat, et sur dérogation, d’annualiser le temps de travail des enseignants, d’introduire la bivalence des enseignements, de réduire les emplois du temps des élèves. Des mesures assez proches de celles préconisées par la Cour des comptes.
Tout cela était sur la table dans cette phase préparatoire à l’élaboration du projet de loi. Mais, très vite en pleine négociation avec les syndicats, et sans que son cabinet n’en soit averti, le ministre a retiré cet article du projet de loi nous révèle Marie-Caroline Missir. "On savait qu’il y aurait des oppositions très virulentes de la FSU. Le ministre ne voulait pas prendre le risque de soulever des oppositions lourdes sur son texte", raconte-t-on dans l’entourage du ministre. Et la journaliste de conclure : “ La FSU a cette nuit-là remporté une bataille décisive, sans grève et sans bruit.
Toutefois, pour nuancer il faut signaler que les expérimentations d’"école du socle" continuent et pourront continuer (l’expérimentation est toujours possible dans le cadre de la loi). Mais on a, avec cette reculade, manqué l’occasion d’offrir un cadre sécurisé et commun à ces expérimentations faites par des enseignants volontaires.


Marronnier

Comme chaque année, le bac occupe l’actualité éducative. Il est difficile d’échapper aux incontournables sujets comme celui sur le “plus jeune candidat”. Cette année, ce sont trois adolescents de quatorze ans. Le premier s’appelle Maxime, il a sauté trois classes le CP, le CM1 et la 4ème. « On ne va pas s’attendre à ce qu’il ait 20 sur 20 en permanence », dit son père dans 20 minutes. Mais « on a passé une pseudo convention dans notre famille : toute note inférieure à 14 entraîne une explication ». Les deux autres sont des jumeaux de 14 ans, eux aussi, Gabriel et Léonard. Pas stressés par l’examen, impatients d’être étudiants, mais avec le sentiment de vivre "entre deux mondes" nous dit France Info.
Autre sujet récurrent : le marché de l’angoisse. France Info, nous donne des chiffres : 686 euros le stage de révision intensif, 60 euros la séance de sophrologie, 36 euros le complément alimentaire censé doper la mémoire...Elèves stressés et parents angoissés sont autant de clients potentiels. Le Figaro étudiant nous alerte sur les dangers de l’automédication et de l’abus de substances dopantes. Elles peuvent même provoquer des addictions.
Le marché de l’angoisse c’est aussi, bien sûr, celui des cours de soutien privés. Le Figaro nous rappelle que ce marché est estimé à 2,5 milliards d’euros.
Au final, on se demande s’il n’y a pas aussi un autre “marché” du bac. Celui des journalistes qui trouvent là matière à de très nombreux articles et qui, d’année en année, semblent donner de plus en plus de retentissement à ce qui n’est pourtant pas un événement considérable. Un moyen de vendre du “papier” dans une période creuse ? Ou l’attachement à un des derniers rites de la société française ?


En vrac…

Le redoublement un mal français”. C’est le gros titre qui barre la première page du journal Le Parisien/Aujourd’hui en France. Un dossier qui semble intéressant mais qui, sur Internet, est réservé aux abonnés.
Même si Vincent Peillon a dit et répété qu’il voulait se donner du temps avant de revenir sur la réforme du lycée, on peut dire qu’il en fait déjà un premier bilan avec cette réponse à une auditrice sur RTL à propos de la filière S : “Le vrai problème est surtout qu’elle est l’unique filière d’excellence, la terminale S, et même ceux qui ne se destinent pas à devenir scientifiques [...] passent par cette filière. La réforme qui a été conduite par mon prédécesseur, qui arrive à son terme cette année, n’a pas porté ses fruits pour rééquilibrer les filières et donc trouver quand même une diversité des excellences.
Un incident pas si anodin que ça dans un lycée de Rennes. Un professeur met d’après un article de Ouest France des remarques “vengeresses” sur le bulletin de trois élèves de Terminale. Le Proviseur refuse que ces commentaires soient mis sur les bulletins car il les juge non conformes à ce qu’on attend comme remarques sur un bulletin. Le professeur refuse de les modifier et de se rendre à la convocation du chef d’établissement. Le proviseur, lui, a déposé une plainte au commissariat pour diffamation et harcèlement. L’affaire s’envenime... Derrière la querelle, une vraie question de déontologie.

Bonne lecture

Philippe Watrelot