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Revue de presse du mardi 3 mai 2016

Spéciale Refondation


Un titre écrase pratiquement toute l’actualité éducative de ces derniers jours, le bilan de la Refondation, autrement (et sans doute plus justement) appelée loi d’orientation de 2013. Un des grands chantiers, et incontestablement une des grandes réalisation de ce quinquennat. Un sujet tellement abordé qu’il ne nous sera pas possible d’être exhaustif sur la question. Quelques autres aspects surnagent par ailleurs, notamment l’indemnité de suivi versée aux professeurs des écoles.


Les Journées de la refondation

Le Ministère organisait, aujourd’hui et hier, des "journées de la refondation", sur le sens desquels la presse a beaucoup glosé depuis deux jours, tirant des conclusions fort différentes d’un article à l’autre, du plus objectif au plus idéologiquement orienté.

Si Libération, sous le titre Les journées sur les réformes dans l’Education : point d’étape ou coup de com ?, se borne en réalité à reprendre les termes de la dépêche de l’AFP relayant l’initiative du ministère, beaucoup de journaux poussent leurs interrogations beaucoup plus loin.

Le Café Pédagogique interroge, de façon laconique :Pourquoi des journées de la refondation ? "Un peu moins de trois ans après la promulgation de la loi de refondation, ces deux journées d’échanges et de débats avec la communauté éducative constituent un point d’étape", annonce le dossier de presse des Journées de la refondation. Mais, à voir leur déroulé, ces Journées ont un but bien plus important pour l’Elysée : à un an des élections, dresser un bilan positif de l’action présidentielle sur ce qui était, en 2012, la priorité de son mandat".

Même tonalité interrogative dans Le Monde, sous la plume d’Aurélie Collas : Refondation, où en est-on ? "Les « Journées de la refondation de l’école », qui réunissent, les 2 et 3 mai à Paris, près de 2000 personnes – en présence des trois ministres de l’éducation du quinquennat, Vincent Peillon, Benoît Hamon et Najat Vallaud-Belkacem -, doivent permettre à la communauté éducative d’échanger autour des réformes engagées depuis 2012. Et au gouvernement d’en assurer le « service après-vente » : montrer l’ampleur et la cohérence du chantier, promouvoir ses actions, atténuer certaines critiques. L’occasion de faire un point d’étape sur les mesures inscrites dans la loi : qu’est-ce qui a été fait, que reste-t-il à faire ?"

Que retenir de tous ces questionnements ? Essentiellement que la Refondation, actuellement largement en deçà des attentes de ceux qui croyaient en elle, est à la croisée des chemins.

Si cette idée transparaît à la lecture de l’article du Monde cité ci-dessus, elle est développée de façon nettement plus affichée dans certains articles et billets de blogs. Ainsi par exemple de Philippe Meirieu qui parle, dans le Café Pédagogique, de dynamique menacée. Mais il précise : "Reste quand même une dynamique et de belles initiatives qu’il faut, plus que jamais, soutenir et développer… si l’on ne veut pas que, faute d’avoir montré sa capacité à évoluer, le service public soit bientôt terriblement menacé par une privatisation déjà rampante". Un message à peine voilé sur les conséquences d’un échec de ce qui a été entrepris.

La critique est d’une autre nature sous la plume de Laurent Bigorgne, directeur de l’Institut Montaigne interrogé par La Croix, pour qui c’est un projet bien trop vague et conceptuel. “Quand la majorité actuelle est arrivée au pouvoir, en 2012, elle a hérité, sur le plan scolaire, d’une situation anormale, marquée par la réduction insensée de la semaine d’école à quatre jours et la quasi-disparition de la formation des maîtres, tout aussi dommageable (même si le système des IUFM avait montré ses limites). Et il faut reconnaître que le gouvernement a cherché immédiatement à y remédier, quand bien même les réponses apportées n’étaient pas toujours les meilleures".

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Le Figaro est nettement moins nuancé, dès son titre, qui évoque des réformes qui fâchent. Article relativement à charge, à la lecture duquel les conservateurs de tous bords trouveront des points d’appui à leur déclinisme systématique. Il en faut...
Le quotidien conservateur ne voit d’ailleurs dans les Journées de la Refondation rien de tellement pédagogique ou scolaire, considérant plutôt l’initiative comme un bel exercice de communication du gouvernement. Une opinion que n’est (apparemment) pas loin de partager Mattea Battaglia dans Le Monde et dans son article intitulé Refondation de l’école : le gouvernement fait son show. Un article en réalité bien moins critique que son titre ne le laisserait penser.
Opération de communication, en direction des enseignants, également dans l’article de 20 minutes, Journées de la refondation de l’Ecole : Comment Hollande compte reconquérir les profs. "Une opération de communication qui s’adresse tant au grand public qu’aux enseignants, à l’heure où le gouvernement multiplie les occasions de souligner les résultats de sa politique initiée depuis 2012. « C’est le moyen de démontrer que l’Education a bien été une priorité dans le quinquennat, comme cela avait été annoncé lors de la campagne de 2012 », souligne Claude Lelièvre, historien de l’Education".

Le même Claude Lelièvre volait récemment, sur son blog Educpros, au secours du gouvernement, au travers un billet intitulé La Refondation de l’école, du "plafond" au "plancher". "La « refondation » ne concerne pas (directement) l’ensemble du système éducatif, mais est inscrite essentiellement dans le périmètre de l’Ecole obligatoire. Ce n’est pas une »réforme » de plus. C’est une re-fondation de l’Ecole républicaine et laïque".

Signalons également l’important travail de bilan et de mise en perspective réalisé par notre ami Philippe Watrelot, sur son blog. Il poursuit son analyse de la Refondation au travers de deux nouveaux billets, Fidèle aux postes ? et Est-ce que ça va mieux ?. En conclusion, Philippe nous appelle à confronter, au delà des imperfections et des insuffisances de ce qui a été réalisé, à mettre en parallèle avec ce qu’auraient pu faire (ou pourraient faire) d’autres majorités en matière de politique éducative.

A lire aussi, ce billet dans Mediapart, aux visées intellectuelles quelque peu confuses (pluralité de rédacteurs aidant, sans doute), qui présente le sujet sous un angle somme toutes intéressant : établir un parallèle entre les grandes ambitions affichées pour la jeunesse, dont la refondation serait le symbole, et le raidissement du pouvoir face à une jeunesse inquiète des évolutions que porte la Loi Travail, et de la répression policière consécutive. Un article dont on ne voit pas clairement le message, mais qui a le mérite de faire réfléchir au delà des simples constats du terrain.

Enfin, comment ne pas terminer sur cette annonce de Manuel Valls, qui clôture ces deux journées, et qui montre que s’il s’agissait effectivement de communication, elle s’accompagne de décisions concrètes, que les intéressés attendaient depuis des années : Manuel Valls annonce l’augmentation de 800 € de la prime professeurs des écoles à la rentrée 2016. "L’indemnité des professeurs des écoles sera revalorisée à la rentrée 2016 à hauteur de celle perçue par les enseignants du second degré, soit 1 200 euros annuels, contre 400 euros actuellement, a annoncé Manuel Valls, mardi 3 mai. Le premier ministre s’exprimait en clôture des Journées de la refondation de l’école de la République.
Cette hausse était attendue depuis plusieurs jours, mais le calendrier de la revalorisation restait en suspens.
Accusé de « clientélisme » par l’opposition, le premier ministre a déclaré mardi « assumer » ce choix d’augmenter la prime des enseignants, « dans un pays qui voit les rémunérations des patrons exploser », référence implicite au PDG de Renault, Carlos Ghosn, qui pourrait toucher plus de 7 millions d’euros pour 2015
".
L’article est plus exact que son titre, et c’est une nouvelle encore meilleure pour les professeurs concernés. Car c’est bien en effet une indemnité qui est augmentée, et non une prime. La différence est de taille puisque si les primes ne sont pas prises en compte dans le calcul de la retraite, les indemnité, elles, le sont.


Divers

Pêle-mêle, on retrouve également dans l’actualité des sujets dont la lecture pourra apporter quelque profit.

Sur le site de France Info, 10 phrases que les instits ne peuvent plus entendre.

Sur le même site, un article de désintox au sujet des propos tenus par Rama Yade : "1/4 des élèves des 6eme ne savent ni lire ni écrire". Un article qui montre que l’ancienne secrétaire d’état fait manifestement partie de cette proportion certaine de politiques qui ne savent pas lire des statistiques.

L’Express se pose une question existentielle :Pourquoi les profs ne voient pas les 47000 postes créés dans l’éducation ?

Lionel Jeanjeau, avec l’aide toujours aussi précieuse de Bernard Desclaux