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Revue de presse du mardi 3 décembre 2013

PISA reine - télescopage


Dans la presse du jour, rien ou presque sur l’éducation.
Ah si ! on y a parlé un peu de PISA.

PISA reine

Les jours de publication de PISA il y a autant de spécialistes de l’école que de sélectionneurs les jours de match de l’équipe de France. (Sur BFM C’est Jacques Séguéla qui a commenté le rapport et a fait connaître ses solutions. (Je prie les lecteurs de la revue de presse de m’excuser de ne pas leur proposer le lien).
Contentons-nous donc des commentaires des journalistes spécialisés :
« Classement PISA : la France championne des inégalités scolaires » (Le Monde) « La France, toujours championne des inégalités scolaires » (Libé), « PISA : pourquoi les mauvais résultats sont une aubaine pour Vincent Peillon » (Le Huffington Post), « Pisa : une école à trois vitesses » (France Info), « Pisa entérine le recul de l’éducation française » (L’Express), « Pisa 2012 : à l’école des inégalités sociales françaises » (Le Nouvel Obs), « Éducation : "Une fracture scolaire très dangereuse pour l’avenir démocratique du pays" » (L’Huma),« Rapport Pisa sur l’éducation : la France championne… des inégalités scolaires » (Les Echos), « La France délaisse ses élèves les plus faibles » (Le Figaro)
D’habitude, l’enquête PISA a ceci de commode qu’elle permet à chacun d’y trouver ce qu’il y cherche. Certes, Laurent Wauquiez y a cru lire l’échec de Vincent Peillon Certes, quelques conservateurs y verront l’échec du collège unique (alors que le rapport montre le contraire). Mais cette fois-ci, le constat semble plus unanime : notre système réussit très bien pour les très bons tout en étant l’un des plus inégalitaires. Heureux de constater d’ailleurs que l’on s’attache davantage aux résultats bruts qu’au classement. Classement qui comme le rappelle Daniel Schneiderman dans Arrêts sur Images est sujet à cautions.
Reste à en comprendre les causes et à proposer des pistes d’améliorations. Peu se hasardent à les avancer aujourd’hui. C’est le cas de Jean-Pierre Terrail dans l’Humanité qui fait à juste titre le parallèle avec « la dégradation de la situation sociale dans son ensemble, avec de plus en plus de familles en difficulté dans les milieux populaires. » Mais il va plus loin en remettant en cause « la conception d’ensemble de notre système éducatif » La mise en concurrence systématique des élèves, que l’école organise depuis les années 1960, se fait toujours au détriment des classes populaires. La culture de l’échec domine avec, à la disposition des enseignants, tout une série de moyens institutionnels pour «  régler  » la difficulté intellectuelle par des solutions administratives : la mauvaise note, le redoublement, les classes Segpa… » Il avance même une solution : « Si on veut démocratiser l’école, il faut, me semble-t-il, mettre en place un tronc commun sans redoublement au long duquel les difficultés intellectuelles seront réglées par des solutions intellectuelles. »
Dans son blog sur Educpros.fr, Claude Lelièvre parle de schizophrénie de notre système scolaire qui fait que « la France est l’un des rares pays qui proclame que l’Ecole a un rôle à jouer dans la réduction des inégalités, alors même qu’il apparaît qu’elle est l’un des pays où il y a les plus fortes inégalités scolaires ». Difficile de ne pas voir en effet une opposition entre les objectifs affichés et les pratiques et habitudes du système. Aussi pour Claude Lelièvre, « on ne pourra pas faire l’économie d’une profonde interrogation à propos de nos représentations dominantes et de nos fonctionnements réels si l’on veut vraiment sortir de ce "cercle vicieux" »
Dans un autre blog Educpros.fr, Jean-Michel Zakhartchouk liste les points qui ont retenu son attention, « et qui devraient avoir des effets sur la politique éducative et sur les pratiques enseignantes ». Comme moi il a retenu, entre autres, de ce rapport le passage consacré au manque de confiance de nos élèves ( « La France, un système où se mêlent plaisir d’apprendre et anxiété d’être évalué [...] La France est le pays qui demande le moins de retour d’information de la part de ses élèves sur les cours et les enseignants ».) Jean-Michel Zakhartchouk se veut optimiste : « rien de tout cela ne doit être source de déploration et de lamentations. Mais plutôt motivation à faire évoluer l’école, vers plus d’équité, vers plus d’accompagnement, vers plus d’écoute des élèves, sachant que ce sera aussi un facteur de réussite accrue des meilleurs qui seront aussi plus nombreux, chose très nécessaire pour l’honneur de notre école comme pour la réussite de notre pays. Un peu plus d’énergie coréenne, avec un peu plus de confiance scandinave ou alpine… »


Télescopage

Notre école réussit donc toujours très bien pour les élites tout en délaissant de plus en plus les autres.
Or c’est la défense de cette école (et de ces professeurs) pour les élites qui a mobilisé hier. Mobilisation des politiques : François Bayrou demandant le retrait du projet du ministre sur les classes préparatoire / Alain Juppé dénonçant le dénigrement des élites.. Mobilisation des professeurs et des élèves de prépa qui selon l’Express ont obtenu des avancées à savoir « une prime annuelle de 3000 euros pour les professeurs exerçant au moins 6 heures dans des classes de plus de 35 élèves ainsi que la possibilité pour les professeurs en sous-service de compléter leur service à hauteur de deux heures par des heures de colle ». A la lumière des éditoriaux du jour cette mobilisation médiatique, politique et professionnelle a un écho particulier.
D’autant plus que dans le même temps, un mouvement de défense des rased n’a pas obtenu le même soutien (en guise d’illustration : deux pétitions créées en même temps, l’une obtient plus de 30000 signatures contre 800 pour la seconde). De mauvais esprits feraient remarquer que les enfants de journalistes, de politiques et de professeurs sont certes plus concernés par les classes prépa que par les rased.

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Le dessin de Fabien Crégut

Pas simple d’allier démocratisation et élitisme.
Derrière les volontés affichées aujourd’hui, est-on prêt à oublier nos réflexes d’hier ?

La réponse dans les prochaines revues de presse. Dès demain qui sait avec Ostiane Mathon.

Laurent Fillion

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Dans la librairie des Cahiers Pédagogiques

Décrocheurs : comment raccrocher ?
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