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Revue de presse du mardi 28 mai 2013

Bivalence - 8ème compétence - Entrepreneuriat - Classes prépas - Inépuisable bac -

Bivalence

Le Figaro titre « Peillon n’exclut pas qu’un prof enseigne deux matières » et ré-attise les braises encore chaudes du rapport de la Cour des Comptes. « Je n’ai pas de tabou », affirme le ministre de l’Éducation nationale, interrogé sur ­cette éventualité par Le Parisien, dimanche dernier. Dans son rapport sur la gestion des enseignants, paru la semaine dernière, la Cour des comptes recommande en effet d’instituer, dès la formation initiale, la bivalence - l’enseignement de deux matières - ou la polyvalence de l’ensemble des enseignants intervenant au collège. « Attention à ne pas poser les problèmes de telle sorte qu’ils ne trouveront jamais de solution. On peut parler de tout à condition de considérer que les enseignants sont au cœur du système », précise Vincent Peillon, rappelant qu’une discussion sur le métier d’enseignant devait s’ouvrir à l’automne. Un discours à la fois audacieux et prudent car, on le sait, la question de la polyvalence est un point chaud sur le plan syndical avec le SNES très attaché à la référence disciplinaire.
Il faut cependant rappeler qu’historiquement, dans le secondaire, la bivalence a déjà existé avec les PEGC qui enseignaient deux matières au collège. Les professeurs de lycée professionnel dans les disciplines générales sont statutairement bivalents. Et d’ores et déjà des professeurs certifiés et agrégés sont habilités à enseigner deux matières (système des mentions complémentaires). Le débat est récurrent et a, à chaque fois été évité par crainte des levées de bouclier syndicales. Le problème est de dépasser la simple dimension de la gestion des ressources humaines (la polyvalence offre plus de souplesse et coûte moins cher) pour poser la question de manière pédagogique. Dans le cadre de la continuité école-collège et de la construction d’une “école du socle” par exemple…


A la recherche de la 8ème compétence perdue

Le Parti Communiste au Sénat a conditionné son vote de la loi sur la refondation de l’École à l’abandon des références aux compétences clés pour l’éducation issues de la recommandation du Parlement Européen. Ces compétences étaient au nombre de huit et une d’entre elles n’avait pas été retenue par le Haut Conseil de l’Éducation et ensuite par la loi Fillon de 2005.
Laquelle ? “Apprendre à apprendre”. Qu’on refuse de nouveau d’y faire référence c’est dommage, vraiment dommage... C’est ce que nous dit Claude Lelièvre, dans l’Express dans ce rappel historique qui fait réfléchir sur l’avenir.
Il rappelle que cette expression n’est pas née récemment dans le cerveau fumeux d’un pédagogue fou ou d’un technocrate bruxellois mais est ancienne et renvoie à une tradition pédagogique très intéressante. Claude Lelièvre cite le rapport annuel de l’inspecteur d’académie de la Somme adressé au Conseil général et au préfet, il y a plus de 120 ans : "Aucun de nos maîtres n’ignore que le but de l’enseignement primaire est double. On veut d’abord, dans nos écoles, donner aux enfants les connaissances nécessaires à la vie moderne ; on veut ensuite cultiver l’intelligence de l’enfant de façon à la rendre forte, souple, capable de réflexions et d’efforts, apte à se gouverner, à travailler, à produire d’elle-même. En deux mots : on veut apprendre, et apprendre à apprendre. De ces deux tâches-là, la seconde est la plus importante" -ce qui est en gras l’est aussi dans le texte original. Claude Lelièvre en citant Marcel Gauchet rappelle qu’on trouve cette dimension chez Pestalozzi [l’une des références majeures de Jules Ferry lui-même]. Mais pour Gauchet “C’est un but à atteindre et ça n’est pas une condition initiale. Personne n’apprend à apprendre. En apprenant, on apprend à apprendre".
Certes, mais encore faut-il mettre des mots sur cet apprentissage, c’est ce que la pédagogie appelle la métacognition. Si pour certains élèves c’est une évidence, pour beaucoup d’autres, il ne suffit pas d’apprendre, il faut aussi leur faire prendre conscience qu’ils ont appris…
Comme souvent, les rappels historiques de Claude Lelièvre ont une dimension prospective. Notre historien préféré s’interroge : « La réécriture annoncée du "socle commun de connaissances, de compétences et de culture" sera-t-elle l’occasion d’une clarification nette en la matière (en dépit de son ’’effacement’’ dans le corps même de la "loi de refondation de l’Ecole") ?  »


Enseigner l’entrepreunariat

Toujours dans l’Express, mais aussi sur le Monde.fr on pourra lire un reportage dans un collège de Clichy-sous-bois sur le projet d’élèves de 3ème durant les cours de “Découverte professionnelle 3h” (DP3). Cette option propose "une première connaissance du monde professionnel par une découverte des métiers, du milieu professionnel et de l’environnement économique et social", selon le programme officiel.

Ici, les élèves ont monté un projet (fictif) d’entreprise. "Tower Shoes", leur entreprise de fabrication de "chaussures à talons interchangeables", est prête à voir le jour : la clientèle est ciblée, le prix de vente fixé. Il présente à des adultes un diaporama avec leur “business plan”.
D’autres ont monté un projet de vente de stylos. "On s’est pas mal embrouillé pour savoir qui serait le patron", avoue Quentin, 15 ans. "Du coup, on a opté pour une coopérative", complète Nicolas, co-concepteur de ce "projet révolutionnaire de stylo à couleurs multiples électronique".
Ce cours de DP3 a bénéficié de l’assistance d’une association de patrons nommée “Entreprise et progrès”. Tout cela n’est pas sans rappeler le souhait de François Hollande il y a quelques semaines de créer un programme sur la création d’entreprise, de la sixième à la terminale. Un projet qui avait suscité de nombreuses critiques (dont celle du rédacteur de cette chronique).
On notera que le projet pédagogique présenté dans ce reportage navigue entre les écueils dénoncés dans ces critiques. Le professeur de français qui a accompagné les élèves avec son collègue de techno, précise que “ entreprise” ne signifie pas forcément libéralisme à tout crin. "Elle a précédé les systèmes idéologiques, elle peut être capitaliste comme socialiste", explique l’enseignant, qui a défendu, auprès des apprentis patrons, les vertus du modèle mutualiste ou la juste répartition des salaires. L’éducation nationale doit-elle déjà fabriquer des travailleurs ? "L’école doit bien sûr former l’homme et le citoyen. Mais elle a tendance à tirer vers l’abstraction, alors que nos élèves ont aussi besoin de pragmatisme", juge ce professeur. "L’intérêt, c’est surtout de leur apprendre à s’insérer dans un groupe, à s’ouvrir sur leur environnement et à trouver une forme de reconnaissance, surtout pour ceux en difficulté scolaire. Certains élèves sont méconnaissables. Au-delà du débat actuel, c’est tout ce qui intéresse un pédagogue comme moi." ajoute le principal du collège.
Pédagogie de projet, développement de compétences transférables dans de nombreux domaines, réflexion sur la finalité de l’entreprise… On est bien dans une démarche pédagogique et loin de “l’amour” de l’entreprise prôné par certains éditorialistes et lobbys patronaux.


Classes prépas

Parallèlement à la loi sur la Refondation de l’École (qui va repasser du Sénat à l’Assemblée Nationale), on discute à la chambre des députés de la loi Fioraso sur l’enseignement supérieur. Deux amendements au projet de loi Fioraso concernent les classes prépa. Le premier institue un droit à l’information et à l’accès à tous pour les classes prépa. "Nous savons que 150 lycées, sur les 2 200 de France, n’envoient aucun élève en classes préparatoires, où il y a pourtant 7 000 places non pourvues. Nous voulons combattre l’autocensure qui fait que de bons lycéens ne s’autorisent pas à postuler à des cursus sélectifs et lutter contre la ségrégation sociale et spatiale", a plaidé Jérôme Guedj, un des deux députés à l’origine de cet amendement. Il s’agit donc de la création d’un quota réservé pour les meilleurs élèves dans chaque lycée pour une inscription en prépa. On peut y voir aussi une sorte de “droit opposable”. Un autre amendement met fin à la gratuité des études en classes préparatoires en demandant des droits d’inscription d’un montant symbolique.
Dans Rue89, on pourra lire une tribune d’une étudiante de prépa qui s’insurge contre ces mesures. “Pourquoi cette animosité contre nous” demande-t-elle dans un texte plein de contradictions. Elle reconnaît par exemple elle-même venir d’un milieu privilégié et admettre que la mixité sociale y est peu présente. Mais on y lit aussi des questions qui méritent d’être posées. Notamment lorsqu’elle s’interroge « On dit que la loi a pour but de lever les inhibitions des élèves venant des ZEP (« c’est pas pour moi »), et d’éviter l’évaporation des élèves issus des classes populaires lors du choix des filières. Il est vrai que ces frontières sociales intérieures existent mais je ne suis pas certaine que des quotas règleront un problème global, complexe, reconduit par tout un système scolaire.  ». Et plus largement c’est la question de la sélection au cœur du système et du maintien d’un échec important qui est insuffisamment prise en compte. « Alors ce qui compte, c’est d’élargir l’accès aux sacro-saintes grandes écoles, prestigieuses par leur sélectivité. On veut promouvoir l’accès des élèves défavorisés aux classes prépas. Classes qui semblent être la seule façon de réussir aujourd’hui aux yeux des élites qui nous dirigent et sont passées par l’Ecole nationale d’administration (ENA) avant de s’éloigner de la réalité des études.  »


L’inépuisable sujet du Bac

C’est le “marronnier” de l’actualité éducative du mois de juin : le baccalauréat. C’est immuable, on trouvera toujours les sujets sur le plus jeune et le plus vieux candidat, la triche, les sujets de philo traités par les philosophes et les hommes politiques. Toutefois, les journalistes essaient de varier les angles pour traiter de ce même sujet. Mais en oubliant souvent que le bac ne se limite pas au bac général mais qu’il y a aussi les bacs pros et technos…
Dans Le Figaro, on s’interroge Comment passe t-on le bac en Europe ?En fait, le bac “à la française” fait figure d’exception et il y a bien des pays où un examen terminal à la fin du cycle secondaire-supérieur n’existe même pas. En Europe, bon nombre de pays ont opté pour un système mixte mêlant contrôle continu et examen de fin d’études. C’est le cas en Allemagne, au Danemark ou en Italie. Obligatoire en Espagne, le « bachillerato » est le certificat qui conclut les années d’enseignement secondaire. Mais pour entrer à l’université, les jeunes espagnols doivent également passer un second examen appelé « selectividad ». Les lycéens grecs ne passent pas de diplôme spécifique à la fin de leur cursus secondaire, mais plutôt un examen d’entrée à l’université similaire au modèle espagnol. En Suède, il n’y a tout simplement pas d’examen. Les lycées délivrent toutefois un certificat qui prend en compte les notes obtenus au cours de leur scolarité. L’entrée à l’université se base sur les résultats de la dernière année du « gymnasieskola ».

Bonne nouvelle : 50% des futurs bacheliers proviendront de familles dans lesquelles aucun des parents n’est titulaire du bac. On les appelle les bacheliers de première génération nous dit le Figaro-étudianten s’appuyant sur une enquête de l’INSEE. Mauvaise nouvelle : ils ne feront finalement pas la carrière scolaire que promettaient leurs résultats au lycée.
Et cette étude éclaire aussi fortement l’information précédente. A niveau scolaire comparable, les bacheliers « de première génération » intègrent moins souvent une classe préparatoire aux grandes écoles et ils poursuivent aussi moins fréquemment leurs études dans une grande école au terme des trois premières années d’enseignement supérieur nous dit l’INSEE. Les bacheliers de première génération ne s’imaginent pas en classe prépa ni dans les grandes écoles. Ce n’est « pas pour eux ». Seuls 6% d’entre eux s’inscriront en prépa alors que près d’un cinquième des autres bacheliers le font. Environ 14% iront jusqu’au master, soit deux fois moins que les autres. Tout juste quatre petits pourcents des bacheliers de première génération passeront les portes d’une grande école contre 17% des bacheliers de père en fils.
Il y a un vrai problème de maintenance dans l’ascenseur social...

Philippe Watrelot