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Revue de presse du mardi 26 janvier 2016

Sidération - grève(s ?) - Inégalité(s ?) - Alerte(s)


Deux gros titres à la Une de la presse éducation en ce mardi : les suites de l’émission "Le Supplément" à laquelle participait hier soir Najat Vallaud-Belkacem et la grève des enseignants, peu suivie ce mardi. On retrouvera également quelques articles à propos des inégalités qui perdurent dans notre système scolaire, et d’une impressionnante série d’alertes à la bombe dans les lycées parisiens.


Sidération

La sidération. C’est par ce mot que la ministre de l’Education nationale a expliqué ce qui s’est passé hier soir à la télévision lors de l’émission "Le Supplément". Une situation sur laquelle la presse revient abondamment ce mardi.

"Le Supplément" : malaise de Vallaud-Belkacem face à un "musulman normal"… sexiste "Refusant de serrer la main aux femmes ou de condamner l’État islamique, le dirigeant de l’association humanitaire islamique Barakacity, Idriss Sihamedi, a livré ce dimanche midi sur Canal + une vision très personnelle de l’islam "normal". En présence d’une ministre de l’Education très gênée, jusqu’à en oublier de rappeler les fondamentaux de la République…"

Conséquence de cette séquence potentiellement dévastatrice en terme d’image : Vallaud-Belkacem se justifie après sa réaction a minima face au président d’une ONG musulmane nous apprend Le Figaro. "Interrogée sur l’opportunité de donner la parole à Idriss Sihamedi, la ministre a estimé qu’il fallait éviter « d’élever au rang d’interlocuteurs des gens qui se situent en dehors du champ républicain ». Quant à ses difficultés à condamner les atrocités de Daech, elle tranche : « Il ne peut y avoir aucune ambiguïté dans cette période où c’est la nation tout entière qui combat le terrorisme. »"

L’article du Figaro émane d’un entretien que la ministre a donné au Parisien : « Aurais-je dû aller au clash ? ». "L’interview a provoqué une espèce de sidération sur le plateau, explique Mme Vallaud-Belkacem, partagée par l’ensemble des participants et du public. Mon premier mouvement, quand on m’a demandé si je souhaitais poursuivre la discussion, a été de répondre « non » sèchement. Car je refuse de me prêter à ce petit jeu nauséabond consistant à inviter des gens infréquentables pour faire du buzz. J’étais indignée de la tribune qu’on venait de lui donner. Le reste de ma réponse a été un rejet en bloc des propos tenus".

"On ne débat pas contre les ennemis de la République, on les combat. On les combat !". La réponse orale, claire et argumentée, de la ministre, lors des question au gouvernement à l’Assemblée nationale, est également à retrouver sur sa page Facebook.


Grève(s ?)

Pourquoi les enseignants font grève ? demande Le Monde. "Mardi 26 janvier, c’est jour de grève dans l’éducation nationale. Le mouvement national couvre plusieurs revendications : les professeurs du secondaire demandent l’abrogation de la réforme du collège, qui doit entrer en vigueur à la rentrée scolaire 2016. Les professeurs des écoles réclament une revalorisation salariale, dans le cadre de la mobilisation de toute la fonction publique pour l’augmentation des salaires et la défense du service public".

Il y a en réalité, à nouveau, deux visions des choses dans la presse : l’une favorable aux opposants à la réforme, qui se centre sur ce seul motif de la grève, et l’autre, plus nuancée, qui rappelle bel et bien que la réforme du collège n’était pas le motif unique de cette grève, par ailleurs suivie dans l’ensemble de la fonction publique, bien au delà de l’éducation.

Réforme du collège : la fronde ne faiblit pas, observent les Echos. "Une intersyndicale appelle à la grève ce mardi contre une réforme dont elle demande toujours l’abrogation. Trois syndicats de l’enseignement privé se joignent pour la première fois à cette mobilisation".

Analyse plus étriquée encore (mais nous sommes habitués) dans Le Point, sous le clavier de Sophie Coignard, opposante ouverte et sans nuance à toutes les réformes entreprises depuis 2012 : Latin et grec au collège : l’heure de vérité. "Les dotations horaires des collèges pour la prochaine rentrée suscitent beaucoup d’émotion alors que les professeurs manifestent contre la réforme en cours". Ramener le mouvement de grève d’aujourd’hui à la seule réforme du collège est déjà réducteur, mais que dire d’une analyse qui se borne à la question des langues anciennes, et à leur place dans des dotations horaires pas encore finalisées dans la plupart des établissements ? L’idée même d’autonomie des équipes éducatives est totalement occultée par cet article réservé aux abonnés, mais sans doute largement à charge et sans nuance.

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L’heure de vérité, cette grève ! C’est ainsi que Sophie Coignard la décrit. La "vérité" serait-elle donc dans la réussite ou l’échec de ce mouvement ? Collège et primaire : près de 10% des enseignants participent à la grève Répond Le Monde. "La Rue de Grenelle a recensé 36 040 professeurs des écoles en grève, soit 12,24 %, et 41 069 professeurs de collège, soit 22,32 %, annonce-t-elle dans un communiqué.
Pour le second degré dans son ensemble (collèges et lycées), le taux de grévistes est de 13,66 %. Enfin, dans le personnel non enseignant, le taux est de 3,66 %. Des chiffres nettement inférieurs aux estimations locales brandies par des syndicats sur Twitter
". Lesquels chiffres sont introuvables dans la presse de ce jour, et sur les sites des syndicats mobilisés. Du moins sur celui du Snes, le seul à au moins évoquer aujourd’hui ce mouvement, totalement absent de la communication de la CGT, de FO, de Sud et du Snalc. La réalité des choses se voit parfois à ce qu’on omet de dire...

L’Obs fournit une analyse un peu plus poussée, et propose de réfléchir à cette journée sous un autre angle : Grève des enseignants : la fracture syndicale. Où l’on apprend au passage, quand on n’a pas été très attentif à cela, que la FSU n’a pas plus appelé à la grève que la CFDT ou l’UNSA. Cette dernière, par la voix de Christian Chevallier, estime que "La réforme est actée. Les textes réglementaires sont pris. La majorité des professeurs l’ont acceptée. Les stages de formation se terminent. Et les dotations pour la rentrée, qui commencent à arriver dans les établissements, montrent que le ministère met les moyens pour la faire réussir".


Inégalités

L’inégalité à l’école ciblée mais pas enrayée. C’est par ce titre que Libération tente un bilan (déjà ?) des engagements du président Hollande en matière d’éducation. Un bilan globalement plutôt à charge. Non pas sur les intentions mais plutôt sur les résultats et sur la méthode. Il en ressort que globalement, les chantiers ouverts sont les bons, que des résultats on été certes obtenus (recréation des postes supprimés par la droite, refondation de l’école, de l’éducation prioritaire, des écoles du professorat, etc. Mais un "terrain" déçu car il n’y en a pas encore assez. Un "jusqu’auboutisme" des acteurs de l’éducation qui interroge, une nouvelle fois, sur la possibilité de réformer, un jour, cette vaste et confraternelle maison qu’est l’Education nationale.

Il y a pourtant encore du travail, comme le rappelle par exemple le sociologue François Dubet, fin connaisseur de la problématique, dans Libération : « L’offre scolaire reste profondément inégale ». "Malgré l’ambition politique et l’importance des moyens financiers donnés à l’école, le système français est l’un des plus inégalitaires, selon le sociologue. Le poids des conservatismes empêche toute réforme ambitieuse". On ne saurait être plus clair !


Alerte(s)

En attendant, l’actualité générale rattrape à nouveau l’éducation : Des alertes à la bombe dans six lycées parisiens, titrait le Figaro en fin de matinée. " Les forces de l’ordre sont intervenues ce mardi matin dans six établissements scolaires prestigieux de la capitale suite à des appels anonymes faisant état de la présence de colis piégés, a indiqué le rectorat. Les lycées concernés - Charlemagne, Fénelon, Montaigne, Condorcet, Henri-IV et Louis-le-Grand - avaient tous reçus des appels quasiment identiques entre 10h20 et 11h20 indiquant « il y a une bombe, ça va exploser », selon une source policière. L’alerte à la bombe a été levée à la mi-journée dans cinq de ces établissements". Le sixième lycée, Charlemagne,était encore fouillé en fin d’après-midi, mais tout est désormais rentré dans l’ordre, comme l’indique la plus récente mise à jour de l’article du Parisien : Alertes à la bombe levées dans six lycées parisiens. Une belle frayeur rétrospective et un effet médiatique qui en disent long sur l’époque.

Lionel Jeanjeau