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Revue de presse du mardi 24 mars 2015

Disciplines et enseignements thématiques - Front national - laïcité


De retour pour un passage exceptionnel dans la revue de presse, je vous propose de nous centrer sur les deux thèmes majeurs de la journée : l’éternelle question des rapports entre les enseignements disciplinaires et thématiques, et la question du programme scolaire du Front national


Enseignement disciplinaire ou enseignement thématique ?

La question, récurrente depuis des années, rebondit en ce début de semaine par l’intermédiaire de deux articles, qui semblent involontairement se compléter et se répondre.
Le premier est un entretien de Philippe Watrelot, chroniqueur du samedi de cette revue de presse, donné à la Lettre de l’Education de lundi. Le président du CRAP y précise, pour ceux qui ne la connaitraient pas ou auraient tendance à la caricaturer, la position du "camp pédagogique" vis à vis des enseignements disciplinaires. "je pense qu’on a parfois diabolisé les disciplines et que c’est une erreur commise par le camp pédagogique. Le socle a été perçu comme une remise en cause des disciplines, donc comme une menace identitaire pour de nombreux enseignants. Or, pour pratiquer efficacement l’interdisciplinarité, on a besoin d’enseignants bien formés à leur propre discipline et qui en maîtrisent la dimension épistémologique. « Comment, moi, enseignant de ma discipline, et fier de l’être, puis-je contribuer à construire des compétences en partie spécifiques et en partie partagées avec d’autres disciplines ? », telle est la question.
De leur côté, Les écoles finlandaises ne veulent plus de « matières » mais des « thèmes », nous apprend Libération. Si la France est la championne du monde du nombre des réformes, la Finlande, elle, est passée maître dans l’art de les réussir. Le secret ? Un renversement radical des paradigmes autour desquels se construit son école. Et c’est bien à nouveau ce qui est en jeu avec l’actuel débat sur la réforme du système d’enseignement. " La Finlande a décidé de révolutionner le système scolaire en ne dispensant plus les cours par « matières » mais par « thèmes » dans ses écoles, appliquant ainsi « l’un des programmes de réforme de l’éducation les plus radicaux jamais mis en place par un Etat-nation » , selon le quotidien britannique The Independent.
Fini les cours classiques de maths ou de littérature : désormais, place à la transversalité. Une leçon sur l’Union européenne, par exemple, permet aux élèves d’étudier l’histoire-géo, l’économie et la politique en même temps. Cette initiative représente un moyen de ne plus inclure de cours superflus dans les programmes sous prétexte qu’ils correspondent à une matière. Chaque sujet est choisi pour sa richesse et sa pertinence
." La clé de cette détermination ? Sans doute le fait de privilégier le temps long. Car les réticences au changement ne sont pas moindres qu’ailleurs, le poids des traditions disciplinaires tout aussi important que chez nous. Mais "Pour l’instant, la réforme n’est testée que dans certaines écoles de la capitale (...) elle devrait être étendue à l’ensemble du pays d’ici à 2020."


L’école, le Front national et la banalisation de l’exclusion

Il est déjà arrivé que cette chronique se fasse l’écho des mesures plus ou moins passéistes ou franchement réactionnaires que le parti d’extrême droite préconise pour refonder l’Ecole. Ce thème est à nouveau, actualité politique oblige, abordé par la presse d’éducation.
Dans un article des Cahiers pédagogiques, Jean-Michel Zakhartchouk se demande si le programme du FN est Plus indigent que sinistre ou plus sinistre qu’indigent ? Et de répondre, en substance, "En fait, si les aspects nationalistes sont un peu accentués par rapport à la doxa anti-pédagogique, on retrouve bien des thématiques qui justifient le soutien clairement exprimé du FN et du collectif Racine aux syndicats réactionnaires et anti-réformes aux élections professionnelles de l’Éducation nationale, ainsi que celles de ces intellectuels qui font honte à la pensée dès qu’ils parlent de l’école (les Finkielkraut, Julliard, Comte-Sponville). Je connais les sophismes de ces derniers : en gros, on a laissé l’autorité, la transmission, l’histoire nationale, etc. au FN, il faut les revendiquer. Or, on ne parle pas de la même chose quand on parle de tout cela, «  on  » n’a rien laissé à personne, les pédagogues qui se respectent sont les premiers à revendiquer la connaissance, la nécessaire autorité (mais pas celle qui diminue les pouvoirs de chacun, celle qui aide à se construire), mais aussi bien sûr les outils de la citoyenneté nécessaires pour s’opposer aux idées folles et plus que démagogiques du FN et de quelques autres. Il faut bien dire qu’on est loin d’avoir réussi à faire passer ces idées.
Plus que jamais, il faut démonter le discours de l’extrême-droite, même masquée et s’opposer à sa «  résistible ascension  »
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Quoi qu’il en soit de ce programme, pour le Café pédagogique, le mal est déjà fait, les structures scolaires sont déjà, et depuis longtemps, contaminées. "On a déjà pu le constater : bien peu d’enseignants du primaire ou du secondaire se sont laissés séduire par les thèses du Front national. Pour autant le vers est bien dans le fruit. Peut-être est-ce même dans l’Ecole que les idées extrémistes ont trouvé la grande force qu’on vient de constater dans le pays : leur banalisation (...) Avant même que la perspective d’une victoire électorale de l’extrême droite se profile, ses idées sont en action de façon courante, banale à l’intérieur de l’Education nationale. Il y a à cela bien des raisons (...) qui ne tiennent pas seulement aux discriminations urbaines mais aussi en partie aux mécanismes de l’Education nationale. En acceptant cette banalisation de l’éclatement nationale dans l’Education ethnique nous trahissons ses valeurs et nous faisons le lit de lendemains qui déchantent. Pour nous c’est le défi le plus urgent pour notre système éducatif. Un raisonnement anxiogène, mais malheureusement assez convaincant.

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le dessin de Jean-Marie Olaya

La Laïcité

Dans Le Monde, Auréile Colas nous propose un article intitulé Laïcité à l’école : du vivre-ensemble à l’exclusion. Elle y aborder, finalement, des thèmes assez proches de ce que nous venons d’évoquer. "Comme toujours quand la République est perçue comme menacée, c’est l’école qu’on appelle au secours. D’où, depuis les attentats de janvier, l’insistance sur le « sanctuaire laïque » que devrait être l’école. Un discours accentué par le contexte des élections et la tentation de séduire les électeurs du Front national". Un article qui revient, entre autres sujets, sur la question des repas uniques dans les cantines scolaires.

Lionel Jeanjeau