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Revue de presse du mardi 24 juin 2014

Un ministre qui dénote ? - Un faux rebond


Où il est question de référentiels ... d’évaluation (en devenir ?) ... bondissant (en déperdition)


Un ministre qui dénote ?

« Imaginez un restaurant gastronomique réputé dont les clients exigeraient d’être informés de manière continue de la manière dont progresse la préparation du plat qu’ils ont commandé. Du coup, la moitié du temps de travail des cuisiniers consisterait à informer les clients, au détriment de la qualité de la cuisine...
Absurde ? Oui. Mais c’est ainsi que fonctionne l’école. Une institution qui passe plus de temps à dire ce que savent les élèves qu’à les faire progresser. Pire, une institution qui s’habitue à ne savoir des élèves que ce qu’il faut en dire à leurs parents. Comme une médecine dont le principal objectif serait de produire des bulletins de santé.
Comment en sommes-nous arrivés là ? En donnant au système éducatif un pouvoir de sélection, donc, croit-on, à tort ou à raison, de décision sur la vie des enfants et des adolescents.
[...] L’enjeu est ailleurs : faire de l’évaluation un véritable instrument de pilotage des apprentissages. Faire en sorte qu’au fil des décennies, les enseignants soient de mieux en mieux armés pour comprendre les obstacles et les résistances aux apprentissages, évaluer de manière plus pointue tant les acquis que les manières d’apprendre. Ne pas y parvenir serait la véritable défaite de la démocratisation des savoirs scolaires. »

C’est ce qu’écrivait Philippe Perrenoud en 2005 dans un article intitulé “L’évaluation des élèves, outil de pilotage ou pare-angoisse ?” pour le n° 438 des Cahiers pédagogiques.
Ces phrases sont en phase avec l’actualité du jour.
En effet, avec l’ouverture ce jour de la conférence nationale sur l’évaluation des élèves par Benoît Hamon, les notes à l’école sont donc à la une de nos journaux. Le débat y est parfois bien mal posé. Un carton rouge au Parisien avec son titre à la Une pour (bien mal) annoncer l’interview du ministre. On y lit de nouveau un couplet stigmatisant les notes comme un moyen malveillant et décourageant. C’est bien mal défendre les autres pratiques d’évaluation. Les notes ont suffisamment de défauts pour ne pas mettre en avant celui-là qui est le moins convaincant. Benoit Hamon ne s’en contente pas, et c’est heureux quand il répond : «  L’évaluation doit permettre aux enseignants et aux enfants de mesurer les progrès accomplis et ceux qui restent à accomplir. Il faut qu’elle soit plus exigeante, qu’elle en dise plus ; qu’elle soit bienveillante et qu’elle stimule au lieu de décourager. » et quand il précise qu’il « ne prône pas l’évaluation à la carte, mais une évaluation au service des apprentissages », on ne peut que se réjouir.
Véronique Radier dans LeNouvelObs.fr nous dresse une liste non exhaustive des problèmes que pose la notation sur 20 à l’école, « une illusion de justice ». On y trouve des arguments démontrant que c’est « un outil obsolète, aléatoire, inefficace et nuisible. » Je vous prédis un débat plus que chaud dans les jours et les mois qui viennent (et je sais de quoi je parle ...)
Marie-Caroline Missir également puisqu’elle se demande pour l’Express.fr ce que Benoit Hamon est allé faire dans ce guêpier. « Repenser l’évaluation, c’est repenser l’identité du professeur » écrit-elle très justement. Le débat sera chaud, je vous dis !
Dans son blog sur Mediapart, Claude Lelièvre nous dresse un rappel historique des évolutions de la notation et de l’évaluation. Un rappel historique qui nous montre combien c’est difficile. « Les enseignants, dans leur ensemble, se sont montrés très partagés sur les évolutions, leur ampleur et leur rapidité. Nombre de réformes se sont heurtées à de sérieuses résistances, en particulier celle de la notation ( notamment dans l’enseignement secondaire ). » Chaud je vous prédis !
Pourtant des enseignants se sont déjà engagés dans des pratiques d’évaluation différentes (j’en connais au moins un !). Thomas Baïetto pour France Tv Info nous expose ainsi quatre substituts aux notes mis en place ici où là.
On ne sait pas où va la préférence du ministre. Peut-être veut-il remplacer les notes par un système bienveillant de lettres. ça pourrait s’appeler les ABCD de l’égalité ...

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Le dessin de Fabien Crégut

Un faux rebond

On évoquait hier le mythe de la blouse grise républicaine et égalitaire. Claude Lelièvre, décidément prolifique ces jours-ci, revient pour l’Express.fr sur un autre mythe qui a lui aussi la peau dure : celui du référentiel bondissant. Récemment c’est le secrétaire général de Force Ouvrière qui
n’a pu s’empêcher d’en faire référence, mondial oblige. Claude Lelièvre s’appuie sur « l’enquête serrée qui a été menée par le journaliste du Monde Luc Cédelle » pour démonter cette vraie fausse expression.
On y apprend (pour ceux qui ne connaissaient pasl’excellent travail du journaliste du monde sur ce sujet) qu’on doit l’invention de ce mot à un membre du Front National qui l’a confondu avec "référentiel exocentré" tiré d’un rapport publié par l’INRP : "On y apprend que la reprise basse en volley-ball [...] exige la construction d’un référentiel exocentré". Voilà qui peinera les antipédagogues qui tentent de se convaincre que leurs constats et idées de "bon sens" ont été récupérés il y a peu par l’extrême-droite.
Claude Lelièvre en profite pour égratigner certaines forces syndicales.
« On pourrait s’étonner qu’il revienne comme métaphore sociopolitique dans le contexte actuel par l’entremise du secrétaire général de Force ouvrière. Mais ce serait oublier que l’un des ses syndicats (celui de la branche "éducation") est constamment au premier plan pour dénoncer ce qui lui apparaît comme des dérives pédagogiques, et qu’il a été partie prenante de ce faux procès récurrent. »

Demain, c’est au tour du bondissant Bernard Desclaux de vous proposer la revue de presse
Laurent Fillion


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Dans la librairie des Cahiers Pédagogiques

L’évaluation des élèves
Revue n°438 - decembre 2005
L’évaluation peut être au premier chef un facteur d’aggravation des inégalités scolaires, produisant sélection et tri. Elle peut aussi être autre chose, essentiellement formative : reconsidérer l’erreur, utiliser des outils comme les « ceintures », se mettre au portfolio né de l’enseignement des langues vivantes, évaluer des tâches complexes sans les réduire à des listes d’items.

Évaluer à l’heure des compétences
Revue n° 491 - octobre 2011
Quoi de neuf du côté de l’évaluation ? Au-delà de la question inévitable des notes, une idée forte : évaluer les apprentissages des élèves dans le cadre d’une approche par compétences amène à reconsidérer bien des dimensions du métier, dans la mise en activité des élèves, les dispositifs d’aide, le travail en équipes.