Accueil > L’actualité vue par le CRAP > Les revues de presse > Revue de presse du mardi 22 avril 2014


JPEG - 26.3 ko

Revue de presse du mardi 22 avril 2014

L’ex - L’académicien et le perroquet


Deux zones sur trois en vacances et l’actualité éducative sommeille. Entre un ex-ministre qui n’en finit pas de faire son bilan (et d’espérer la continuité après lui) et un philosophe qui radote...

L’ex

Ce matin, Vincent Peillon était l’invité de RMC-Info et BFM-TV. Au cours de son entretien, il est bien évidemment revenu sur les propos de Benoît Hamon concernant sa réforme des rythmes. Il rappelle que cette mesure n’est pas la sienne et qu’« elle a été voulue pour tout le monde, y compris la droite » et qu’elle fait partie d’un tout. Pour lui, « Il faut garder l’essentiel : premièrement, cinq matinées pour apprendre, deuxièmement, raccourcir les journées, et troisièmement rester dans le cadre de l’intérêt des élèves ». Il a mis ainsi en garde sur la tentation de libérer le vendredi après-midi car « c’est toujours une erreur de ne pas rechercher l’intérêt général ». C’est à ce prix selon lui que le choc PISA français aura lieu.
Vendredi sur RTL, il avait commenté son départ, le jugeant inévitable pour que les réformes ne soient pas inscrites « seulement dans l’action d’un homme » et était déjà revenu sur son bilan : « Je suis allé vite, c’est vrai, j’ai fait plus de réformes en 22 mois qu’il n’y en a jamais eu dans l’Education Nationale. [...] Il y a eu beaucoup de conflits sur les rythmes scolaires ou d’autres sujets, alors même que par exemple sur les rythmes, la droite avait préparé la réforme », précisant que « les parlementaires de droite venaient le voir en disant : « c’est exactement ce qu’il faut faire. » France Info revient sur ces déclarations dans Le vrai du faux. Pour Antoine Krempf, l’affirmation de l’ancien ministre est un peu péremptoire car «  pendant le ministère de Vincent Peillon, une seule loi a été votée : celle sur la refondation de l’école... promulguée en juillet dernier.  » mais «  si l’on regarde sur les 25 dernières années, les ministres de l’Education nationale successifs n’ont pas fait voter beaucoup de lois à l’Assemblée et au Sénat : seulement une dizaine sur le premier et le second degré. » Il rappelle également que « Vincent Peillon aura également réussi à trouver un accord pour redéfinir le statut des enseignants du second degré. Statut qui n’avait pas changé depuis un décret de 1950. »


L’Académicien et le perroquet

Les vacances, c’est aussi l’occasion de s’ouvrir, de faire preuve d’ouverture d’esprit (et il en faut !) en lisant par exemple le dernier numéro de Valeurs Actuelles qui donne la parole à Alain Finkielkraut, le tout nouvel académicien. Il y aborde ses deux thèmes de prédilection : l’immigration et l’école, s’efforçant de combiner les deux dans un cocktail plus que douteux. Interrogé sur le but de l’école, il répond « Si l’on en croit le tout nouveau ministre de l’Éducation, Benoît Hamon, l’école n’a qu’un but : la réduction des inégalités et ce but est si noble qu’on lui sacrifie allègrement la transmission de la culture ». Pour argumenter, il s’en prend alors à la thèse de Pierre Bourdieu selon laquelle « la transmission entérine et aggrave les inégalités ». Ainsi, « le programme de destruction de l’école est engagé ». Un académicien sait bien évidemment jouer avec les mots. En parlant de transmission plutôt que de mode traditionnel de transmission, il ne peut que susciter l’adhésion à ses propos. Or, si l’école ne réduit pas (assez) les inégalités sociales face à l’accès aux savoirs, ce n’est pas parce qu’elle tente de transmettre mais parce qu’elle utilise encore trop un modèle de transmission qui ne permet pas à des élèves de milieu populaire (sauf exceptions) d’accéder aux connaissances et à une culture dominantes. Mais cela, ni Finkielkraut ni les siens ne veulent l’admettre au prétexte que ce qui a fonctionné pour eux devrait fonctionner pour tous.
La faute en revient donc à ceux qui ne réussissent pas parce qu’ils ne veulent pas adhérer au modèle et sont, sous la plume de notre nouvel académicien, les enfants issus de l’immigration. « La France devrait s’engager sans tarder dans une politique de réduction des flux migratoires et de restauration d’un système éducatif digne de ce nom : il est plus difficile aujourd’hui d’échouer au baccalauréat que de réussir. » Elitisme, sélection, repli sur soi et sur le passé : le modèle de l’Académie appliqué à l’école.

JPEG - 82.8 ko
Le dessin de Fabien Crégut

Ce modèle transmissif si cher à Finkielkraut fait justement l’objet d’une critique sur le blog "Instit 90" dans un billet paru aujourd’hui sous le titre "La pédagogie du perroquet". « Il suffirait ainsi de transmettre si possible clairement, procédures mentales incluses, pour que les élèves réussissent !
Psittacisme, du latin psittacismus, dérivé de psittacus (perroquet)...
"Que l’on me donne 15 élèves, et je deviendrai un répétiteur efficace ! " répète sans cesse l’un de mes jeunes collègues adorateur d’une école qu’il n’a pas connue !
Système élitiste qui convient à quelques-uns... On n’apprend que si l’on mobilise sa pensée...
 »
L’auteur précise : « La pédagogie, c’est l’art de créer les conditions de la mobilisation de la pensée ! Force est de constater que c’est de plus en plus difficile de mobiliser les élèves sur des objets scolaires ! » et rappelle plus loin que «  la succession incessante de ministres a proposé ici ou là des initiatives intéressantes de ce point de vue : mathématiques incluses dans les activités scientifiques, main à la pâte » mais, regrette-t-il, « faute de formation et d’accompagnement, ces tentatives ne se sont jamais réellement inscrites dans le paysage pédagogique ! Tentatives avortées ! Est-ce que ça aurait marché ?
2008 nous a irrémédiablement renvoyé au psittacisme pédagogique et à l’émiettage des contenus !
 »

Demain, la revue de presse sera assurée par Géraldine Duboz.
Laurent Fillion


JPEG - 20.3 ko

Dans la librairie des Cahiers Pédagogiques

N° 513 Quelle éducation laïque à la morale ?
Coordonné par Élisabeth Bussienne et Michel Tozzi
avril 2014
Que s’agit-il d’enseigner, pour ce qui ne peut se réduire à une discipline scolaire ? Dans quel objectif, entre pacification des relations et formation du jugement moral ? Qui pour le faire, dans quel cadre ? Bien des questions, et ce dossier ose dès maintenant des réponses, dans la conviction que nous touchons là à un rôle fondamental de l’école.

Enseigner en classe hétérogène
Revue n°454 - juin 2007
Approfondir la réflexion, ouvrir des voies possibles pour prendre en charge réellement la diversité des élèves, à travers des témoignages venus de l’école primaire, des collèges, des lycées et même de l’université, et des analyses nées des derniers états de la recherche.