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Revue de presse du mardi 2 juillet

Espés - Enseignement supérieur - Niveau - Base élèves

Aujourd’hui, la revue de presse nous conduit des rives désormais familières des Espés jusqu’aux rivages tout aussi familiers des polémiques stériles. En route, tentons donc, malgré quelques difficultés prévisibles, de ne pas trop nous désorienter !

Des Espés toujours aussi rances ? pas sûr !

Le séminaire de Lyon consacré au lancement des Espés continue à intéresser la presse ce mardi (voir le dossier, consistant, proposé hier par Mila Saint Anne).
Pas grand-chose de bien neuf sur les contenus, l’essentiel des journaux se contentant, comme hier, de reprendre les éléments de langage du dossier de presse des ministères sur la question. Le gratuit 20minutes poursuit son exploration du sujet avec aujourd’hui deux articles consacrés aux écoles du professorat. « Coup d’envoi des Espés, les nouvelles écoles pour les profs », un article qui reprend pour l’essentiel les informations parues dans la presse d’hier. Et « Les écoles du professorat, mode d’emploi », sorte de vademecum de la réforme, sur le modèle de celui que Philippe Watrelot propose depuis plusieurs jours sur son blog (lequel est , au passage, nettement plus complet). Sur le même sujet, on pourra également se référer au Nouvel Observateur, pour qui les nouvelles Espés « ne font pas l’unanimité » (« Espés : quand les profs retournent à l’école »). Enfin, Libération parle d’une « Épreuve de pédagogie pour les écoles du professorat »

L’analyse la plus intéressante, et la moins lue hier, vient sans doute des Echos, pour qui « Peillon met la pression sur les retardataires ». C’est une réponse, indiscutablement, à l’inquiétude qui sourd sur le terrain, entre autre dans les milieux réformateurs, sur le devenir des Espés. En effet, comme le relève le quotidien économique, « Les maquettes des futures Espé ne collent pas toujours aux exigences ministérielles. Mi-juin, certaines futures écoles ont ainsi été contraintes de revoir leur copie. ». Explication du ministère : certaines universités auraient fait l’inverse de ce qui leur était demandé dans le cahier des charges, et n’auraient par exemple pas respecté des durées de stage. D’autres auraient trop « disciplinarisé » la première année de formation, en la bourrant d’heures théoriques, au-delà, là aussi, de ce que demandait le ministère. Vincent Peillon entend manifestement faire acte d’autorité, et ne semble pas s’inquiéter outre mesure du retard que tout cela pourrait engendrer. « Des difficultés qui, à entendre Vincent Peillon, ne sont pas une surprise. Début février, devant les inspecteurs de l’Education nationale, il avait lancé : " Les Espé ne seront pas absolument parfaites pour 2013 ? Je m’en doutais. Et bien nous améliorerons pour 2014, puis pour 2015 ! " »

Méthode Coué, ou volontarisme politique ? On osera, dans cette revue de presse, parier sur la deuxième version. Pour plus de détails, on consultera le très complet dossier proposé par le Café pédagogique sur la question des Espés.


Orientation

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Le dessin de Fabien Crégut

"Cher gamin désorienté, n’attends rien de moi, ton conseiller d’orientation". C’est sous ce titre, un rien provocateur, que le site Rue89.fr poursuit sa série de témoignages de gens de terrain. Nous avons aujourd’hui droit à la chronique savoureuse, parfois drôle, toujours crue et réaliste, du quotidien d’un CO-Psy. Chronique qui se termine par cette note fataliste : « "On est en juin, j’ai pas de lycée pour la rentrée, je fais quoi maintenant ? Viens au CIO !" […] Profite, parce qu’à la rentrée prochaine, tu risques de trouver porte close : beaucoup de départements refusent désormais de financer les CIO, et l’Etat ne les reprend pas à sa charge. Du coup … on ferme. C’est le comble pour un conseiller d’orientation que de se retrouver dans une impasse. J’ai été mal orienté, je vous disais. »

Une fois qu’on a trouvé un lycée, et qu’on y a obtenu un bac, on n’en n’a pas pour autant terminé avec l’orientation et il faut se confronter à l’inénarrable procédure Admissions Post-Bac (APB pour les intimes). Et là aussi, la désillusion est quelques fois au rendez vous. Ainsi, L’Express nous apprend qu’ « un étudiant sur six [est] orienté à l’université par défaut ». Chiffre effarant, mais qu’il convient tout de même de relativiser "51,59 % des élèves ont reçu une proposition d’inscription en Licence 1, selon les premiers chiffres communiqués par le ministère ce mardi. Mais seuls 34,01 % en avaient fait leur premier vœu ». On retrouve ici la question des bacheliers professionnels et technologiques, qui n’obtiennent pas les filières courtes pour lesquelles ils sont préparés et qui se retrouvent, de fait, à l’université. Mais pour le reste, il n’est pas certain qu’un élève qui avait demandé une filière très sélective, ne l’ayant pas obtenue et se retrouvant à l’université, y soit "par défaut".

Il convient, d’ailleurs, de se méfier de ces "filières très sélectives" qui ne sont pas toujours ce que l’on croit qu’elles sont ou ce que nous serions en droit d’attendre qu’elles soient.

Ainsi par exemple, Le Monde nous apprend que « HEC veut faire redoubler ses étudiants « passables » ». On ne reviendra pas ici sur la querelle du redoublement et de sa pertinence. Les choses sont sans doute un peu différentes dans les grandes écoles, pour lesquelles les enjeux ne rencontrent pas nécessairement ceux de l’enseignement secondaire. Mais il est intéressant, dans cet article, de découvrir, au hasard de la lecture, que des étudiants entrent à HEC « pour ne rien faire ». Au-delà de la question du redoublement, cette découvert en pose une autre : celle de la pertinence des procédures de recrutement de nos grandes écoles, manifestement pas si au point que cela. Un bel exemple de ce qui se passe lorsque la culture de la performance l’emporte sur la réalité des compétences des étudiants.


Les polémiques du jour

« Le fichage des élèves toujours contesté », selon L’Humanité. « Le tribunal administratif de Paris se penche aujourd’hui sur plusieurs demandes de retrait du fameux fichier Base élèves. ». Le quotidien communiste rappelle que les contestations contre la présence des enfants dans cette base remontent à 2010, à l’occasion de la création d’un « collectif national de résistance à Base élèves. Ce collectif a obtenu que des noms puissent être effectivement retirés, lorsque la demande présente un caractère « légitime ». Victoire symbolique car « depuis 2010 […] aucun « motif légitime » n’a jamais été reconnu par l’administration ». Et la justice n’admet des refus que très exceptionnellement. Comme si le fait de ne pas mentionner la nationalité et l’état de santé suffisaient à dédouaner Base élèves de toute suspicion.

L’historien Claude Lelièvre revient quant à lui, sur son blog, sur la sempiternelle question du niveau, « en plein moment « déclinologique » qui voit certains « anti-pédagogistes » relever la tête ». Sa clé d’entrée dans le débat, c’est le livre récent de Rémi Brissiaud, « Apprendre à calculer à l’école », et une étude conduite par Thierry Rocher qui a, dans le cadre des travaux de la DEPP, comparé les performances des élèves sur la même épreuve de mathématiques passée par des élèves de CM2 respectivement en 1987, 1999 et 2007. La conclusion en est que « Les performances en calcul se sont fortement dégradées entre 1987 et 1999, puis sont restées relativement stables, à ce bas niveau, en 2007 ». L’article, dans un clin d’oeil amusé à l’un des maîtres à penser des tenants des méthodes "traditionnelles", établit que le basculement dans les résultats s’est fait à partir de 1986, soit lors du passage de Jean-Pierre Chevènement au ministère. Ravi de revenir, croyait-il, aux fondamentaux de l’apprentissage du calcul, le ministre aurait fait la part belle, sans le vouloir, à des pratiques bien différentes, cause possible des difficultés rencontrées par un nombre croissant d’élèves.

Lionel Jeanjeau

Bonne lecture à tous, en attendant la revue de demain, concoctée par Laurent Fillion.