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Revue de presse du mardi 17 janvier 2017

Pédagogie - présidentielles - SES ici et ailleurs - sexisme - Divers

Ce mardi, la presse parle beaucoup de l’articulation entre pédagogie et moyens ainsi que des propositions ou ambitions éducatives des différents candidats ou partis. Ce tour d’horizon de l’actualité abordera aussi la polémique persistante autour des SES et la question du sexisme à l’école, avant de s’achever par quelques informations diverses.

Pédagogie

Les questions pédagogiques abordées dans la presse aujourd’hui sont le plus souvent liées au sujet épineux des inégalités ( et pas seulement sociales).. Nous commencerons donc cette revue de presse en évoquant une information de l’ Observatoire des zones prioritaires (OZP), qui reprend une note de la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP), selon laquelle la majorité des élèves de SEGPA, donc parmi les plus fragiles sur le plan scolaire, sont majoritairement issus de milieux défavorisés.
Toujours au sujet des inégalités sociales, un collectif plaide dans un article réservé aux abonnés du Monde pour maintenir les lycées dans la carte de zone d’éducation prioritaire parce que « les inégalités sociales à l’école ne s’effacent pas une fois les élèves sortis du collège ».

Il est encore question d’inégalités, mais dans les rythmes d’apprentissage cette fois, avec l’annonce de la conférence de consensus sur la différenciation pédagogique, dont le Café pédagogique présente les enjeux : « Jean-François Chesnée (JFC) : " [...]Avant un enseignant devait être capable de construire un bon cours. Aujourd’hui on lui demande d’être capable de faire apprendre ses élèves. Il faut donc qu’il se demande comment adapter son enseignement à un public beaucoup plus hétérogène.
Jean-Marie de Ketele (JMDK) : Toutes les études montrent que la massification de l’enseignement a accru la diversité des élèves. On a d eplus en plus d’élèves qui ont du mal à vivre l’école et ses pratiques. S’ils sont satisfaits de l’école, ils ne le sont pas des pratiques de classe. La massification a aussi apporté ce malaise.
JFC : Le malaise est aussi ressenti par les enseignants. Car ils sont sous le feu de prescriptions de plus en plus difficiles à tenir. On leur demande à la fois de prendre en compte les différences entre les élèves et d’atteindre un objectif commun de réussite. Cette opposition est au coeur de la conférence de consensus. »

Enfin, dans son dernier billet de blog, et dans la continuité du débat autour de la nécessité d’adapter sa pédagogie pour réduire les inégalités, Jean-Michel Zakhartchouk insiste pour ne plus isoler la demande de moyens de la question purement pédagogique : « Certes, il est important de ne pas négliger cette taille des classes, objet de controverses au sein de la recherche pour savoir si elle a ou non un impact sur la réussite scolaire. Les militants pédagogiques peuvent avoir la tentation de négliger cette question, si sensible…
Mais il est ennuyeux de se polariser là-dessus, sans envisager le contenu de ce qu’on peut faire de différent si l’effectif baisse. Si certaines propositions ont le mérite de concerner avant tout les endroits difficiles et de ne pas être dans le saupoudrage (passer de 26 à 24, franchement, quelle incidence ?), mais elles restent paresseuses et simplistes. »
. Voilà qui devrait susciter le débat...


Présidentielles

Si tous les candidats ont forcément leurs ambitions pour l’éducation et permettent parfois de recentrer l’attention sur des problèmes persistants de notre système éducatif, les élections qui approchent sont aussi trop souvent l’occasion pour certains acteurs de se lancer dans un exercice de dénigrement du système aussi facile que caricatural, et qui leur garantit hélas trop souvent un quart d’heure warholien ; que pour ma part je trouve souvent fort long. C’est à cela que réagit Najat Vallaud Belkacem dans une tribune de Libération, également relayée ici par le Café pédagogique : « Contrairement à ce que l’on pouvait croire, la chasse au « mammouth » reste un hobby d’aujourd’hui. Une chasse facile, au fond. Il suffit d’un titre accrocheur - « Raser Grenelle », « Les assassins de l’école » ou « Achever le mammouth » - pour s’assurer un succès de librairie et surfer sans vergogne sur la vague de l’antisystème. Alors, je veux être précise : je ne refuse pas la critique. Il y a, évidemment, des choses à changer, à faire évoluer. Mais je trouve profondément injuste le procès récurrent fait à l’Education nationale, d’ignorer délibérément les résultats de la recherche scientifique, de préférer le confort des certitudes idéologiques et des fausses évidences à l’effort hardi de réforme qu’exige l’état de notre système scolaire. Les difficultés et les problèmes existent, oui. Mais au fil des pamphlets, revient un refrain lancinant : les difficultés dans la maîtrise des fondamentaux ? La faute au mammouth ! Les inégalités sociales et scolaires ? La faute au mammouth ! L’orthographe, la condition enseignante, les relations avec les familles ? Le mammouth, encore le mammouth, toujours le mammouth. Vraiment ? Rien sur la situation de la société dans son ensemble ? Rien sur la promotion délirante d’un discours consumériste et matérialiste ? Rien sur les crises auxquelles nous faisons face ? »
Les candidats à la primaire de la gauche se contentent, pour leur part, de s’emparer de la question des effectifs, qu’ils jugent trop lourds, surtout dans les petites classes et en ZEP. Les Echos en parlent ici.
Quant à Laurent Wauquiez, Le Figaro nous apprend qu’il rejoindra François Fillon dans l’Ain, notamment pour parler apprentissage, un des fers de lance de la droite en matière de politique éducative.


SES

Aujourd’hui, il est encore question des attaques subies par les sciences économiques et sociales. La lettre de l’éducation fait le point sur les nombreuses controverses qui ont émaillé cette discipline, et remarque que la proximité des élections contribue à relancer certains coups de boutoir contre la conception actuelle de cet enseignement : « Au fil des années, l’ex-PDG de la BNP, Michel Pébereau est devenu le leader des offensives contre les SES. Le dernier épisode de cette bataille éternelle vient de commencer. Il s’est noué en juin dernier lorsque plusieurs membres du Conseil national éducation économie (CNEE) ont démissionné pour protester contre le fait que le chapitre sur le marché dans le programme des SES avait été rendu facultatif. Les démissionnaires ont, depuis, été remplacés et, à des fins d’apaisement, une commission mixte a été constituée, comprenant des enseignants et des économistes de différents bords qui ont commencé à se réunir et doivent formuler des propositions de compromis d’ici au mois de mars.
Selon plusieurs sources fiables, la section économie de l’Académie des sciences morales et politiques (ASMP), dirigée par Michel Pébereau, préparerait pour la fin janvier un rapport comportant des préconisations pour tenter, à la faveur de la campagne électorale, de mettre à l’ordre du jour politique une révision des programmes de SES, voire une remise en cause de la discipline elle-même. Affaire à suivre... »
.
Pendant ce temps, au Canada, les enseignants se rebiffent contre l’introduction précipitée,d’un cours d’éducation financière.


Sexisme à l’école

Dans un article, dont la lecture ne peut que consterner et inquiéter, Le Figaro relaie quelques témoignages d’élèves recueillis sur la page Paye ton bahut :« « 50 centimes pour que je te baise, ça te va ? », « S’il te plaît, couche avec moi, stp, stp. Si tu veux, je te donne 20€ », « Plus courte la jupe, non ? »... Autant de propos de collégiens et de lycéens rapportés par celles qui en étaient les destinataires. Plus inquiétant, les remarques et comportements sexistes émanant parfois des professeurs et des personnels éducatifs. Une élève d’un lycée d’Angers explique ainsi que son professeur d’histoire de première « envoie régulièrement les filles en jupe au tableau ». « Une fois, une fille est entrée dans la classe en retard, il a regardé avec insistance ses fesses, puis lui a dit : « Tu devrais mettre un jean avec un trou plus grand la prochaine fois », raconte cette lycéenne. »
L’article de l’enseignant Thomas Messias sur Slate tombe alors à pic pour rappeler que les enseignants ont, eux aussi, un rôle à jouer pour prévenir les comportements sexistes en tous genre et pour clarifier la question, plus essentielle encore, du consentement.


Divers

Nous terminerons cette revue de presse avec deux informations, l’une plus réjouissante que l’autre. Le quotidien régional Paris-Normandie nous apprend que le musée national de l’éducation de Rouen a signé une charte pour faciliter aux enfants la visite du musée.
Et enfin, Marie-Estelle Pech et Caroline Beyer consacrent un article dans le Figaro aux polémiques qui opposent des professeurs sur les réseaux sociaux. Même si l’article est tout à fait sobre et mesuré, et a de toute évidence la volonté d’éclairer un phénomène particulier, on peut s’interroger sur la pertinence de publier un article sur le sujet maintenant (la polémique autour du prédicat étant davantage médiatique qu’une polémique à l’intérieur de la profession), se demander si la classification en différentes catégories n’est pas un peu artificielles (mais elles sont souvent utilisées par des enseignants, il est donc difficile d’en tenir rigueur à ses auteures) et surtout s’agacer une fois de plus devant l’usage malencontreux des termes « pédagogisme » et « pédagogiste », qui sont, à l’origine, utilisés par quelques individus pour en insulter d’autres, sous prétexte qu’ils n’ont pas les mêmes orientations en matière de méthodes pédagogiques. Rappelons que tous les enseignants sont par essence des pédagogues, que la pédagogie est plurielle, et qu’elle n’est l’apanage de personne (ou plutôt,de tout le monde).

Aurélie Gascon

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