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Revue de presse du mardi 15 avril 2014

Dictée - Illettrisme et Innumérisme - Hamon


Il est beaucoup question de la dictée dans la presse aujourd’hui. La méthode de notation expérimentale du ministère engendre de nombreux commentaires sur un exercice qui suscite toujours un débat vif et souvent disproportionné.
Et comme il n’y a pas que la dictée dans la vie (scolaire), quelques articles sur l’illettrisme (des lettres comme des nombres) et sur le nouveau ministre Benoît Hamon.


Dictée

L’emballement médiatique autour de la dictée est un phénomène assez curieux. Comment un exercice bien précis peut provoquer autant de crispation ? Des dizaines d’articles, de points de vue ont fleuri ces dernières heures sur un nouveau barème testé par le ministère.
Est-il obligatoire d’apprendre l’orthographe par la sanction ? La question est posée dans L’Express. La dictée, cette « pratique "décourageante pour l’élève [et qui] ne permet pas pour autant de bien cerner quelles sont ses difficultés orthographiques et quels remèdes y apporter", dénonce le ministère. Pourtant, une autre dictée est possible !
Un logiciel place tous les mots d’un texte dans des colonnes thématiques recouvrant tout ce qu’un écolier doit savoir faire (bien accorder un verbe, ne pas oublier le pluriel, ne pas écorcher le lexique…). Dans chaque thématique, c’est l’enseignant qui note la performance et in fine, le logiciel transforme le tout en points.
 »
On n’échappe pas aux caricatures grossières. La palme ne revient même pas à Jean-Paul Brighelli, qui souligne quand même dans une interview accordée à Marianne que « si l’on supprime les notes, les gosses ne sauront plus où ils vont ». C’est Pierre Duriot, enseignant en primaire, sur le site Atlantico qui berce dans le réactionnaire. Le titre de l’article vaut son pesant d’or : « Horreur, enfer et damnation orthographiques ! L’école invente un nouveau système plus laxiste de notation des dictées ». Ce professeur des écoles nous apprend donc que des enseignants se font régulièrement agresser à cause des mauvaises notes en dictée : “Le professeur agressé par un élève pour une mauvaise note et nous savons tous que c’est devenu monnaie courante, pourra toujours se défausser sur le logiciel.” Le reste de l’interview est du même niveau.
Toujours dans l’Express, et beaucoup plus mesuré, Anthony Lozac’h argumenteLa principale qualité de cet outil, c’est de permettre de catégoriser les fautes, de repérer facilement où sont les difficultés de l’élève : a t-il plutôt des problèmes lexicaux, de grammaire, de conjugaison, ou les trois ? C’est intéressant dans le cadre de l’évaluation formative, pour travailler les points à améliorer. Mais les professeurs travaillent déjà de cette manière, sans avoir besoin d’un outil autre que leur cerveau ! ». Il dénonce tout de même une « usine à gaz » et relativise l’importance et la pertinance de l’exercice : « il faut rappeler que la dictée telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui n’est pas un outil qui permet d’apprendre l’orthographe, mais de l’évaluer, ce qui est différent. La dictée a des vertus, comme celle de permettre à l’élève de ne se concentrer que sur un seul objectif -ne pas commettre de fautes. Mais pour travailler l’orthographe avec les élèves il y a bien d’autres supports que la dictée : la rédaction de textes libres, l’étude textes littéraires, le travail sur l’étymologie, etc. »


Illettrisme et Innumérisme

La dictée ne saurait être le seul indicateur du niveau de maîtrise de la langue. Ainsi La Croix nous informe que l’illettrisme est en recul chez les jeunes. "Selon les évaluations effectuées lors des Journées de défense et de citoyenneté (ex-Journées d’appel), la part des jeunes fâchés avec la lecture a reculé entre 2009 et 2013." "« Ces nouvelles données montrent en tout cas que l’effort de prévention (repérage dès le plus jeune âge, actions destinées à donner le goût de la lecture, travail mené auprès des décrocheurs, etc.) porte ses fruits », commente Hervé Fernandez, directeur de l’Agence nationale de lutte contre l’illettrisme. Elles vont aussi dans le sens d’une étude de l’Insee, selon laquelle le taux d’illettrisme chez les personnes de 18 à 65 ans est passé de 9 % en 2004 à 7 % en 2011."
L’Est Républicain est moins optimiste concernant les performances en calcul et parle d’innumémisre. "Michel Vigier, ingénieur et professeur de mathématiques, nous entraîne sur un terrain moins connu, et pourtant bien plus étendu que celui de l’illettrisme : le terrain de l’innumérisme. « La notion est tout à fait récente », reconnaît-il. Fondateur de l’Association pour la prévention de l’innumérisme, il se félicite d’autant plus qu’elle est aujourd’hui inscrite dans la loi de refondation de l’école. Illettrisme et innumérisme s’y trouvent aujourd’hui à égalité de priorités."

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Le dessin de Fabien Crégut

Hamon

Dans Libération, Véronique Soulé se pose la question de la pertinence du remaniement en ce qui concerne l’éducation : “rue de Grenelle, Vincent Peillon a lancé les réformes promises dans le programme présidentiel, notamment celle des rythmes scolaires et le rétablissement de la formation des enseignants. Il a aussi mis en place des mesures en faveur du primaire - la priorité du moment - et a commencé à réformer l’éducation prioritaire", soulignant toutefois qu’ "il n’a pas toujours été habile.
Le nouveau ministre Benoît Hamon est, quant à lui, interpellé par le Crap dans une lettre. Le mouvement pédagogique prend aux mots le nouveau locataire de la rue de Grenelle : "Vous avez déclaré à plusieurs reprises : « je cognerai à la porte des salles de classe j’irai en salle des profs, et d’abord là où c’est difficile. C’est l’une de mes priorités. »
Nous vous invitons bien volontiers dans les établissements novateurs, là où on « refonde » vraiment l’école, dans la pratique, en évaluant différemment les élèves (classes dites « sans notes »), en mettant en place un accompagnement conséquent des élèves, en remettant en cause la rigidité de l’emploi du temps traditionnel ou encore en travaillant en partenariat avec d’autres acteurs, sans esprit de concurrence, et en particulier avec les collectivités territoriales. C’est de ces actions concrètes dont vous devez vous inspirer, nous semble-t-il.
"
A défaut de refondation plus profonde, le site humoristique Bilboquet magazine, ironise à sa manière sur les difficultés des réformes en matière d’éducation en annonçant : Benoît Hamon frappe fort et interdit les épinards à la cantine.

Guillaume Caron


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