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Revue de presse du mardi 12 novembre 2013

Un héros ordinaire ? - Le rythme des grèves - Manuels false ?


Cette revue de presse de lendemain du 11 novembre vous propose essentiellement des avis "tranchés" (© Philippe Watrelot pour le jeu de mot) sur les questions d’actualités.

Un héros ordinaire ?

Vous connaissez Thibaut Poirot ?
C’est un jeune prof d’histoire.
C’est un jeune citoyen.
La presse du jour en a fait son héros après sa juste colère sur les Champs Elysées lors de la cérémonie du 11 novembre. Non il n’a pas sifflé le président mais il s’est opposé à ceux qui le faisaient.
Le fait qu’il soit professeur et d’histoire : un hasard ? Sans doute pas.
Il ne pouvait pas ne pas réagir à des sifflets au cours d’une commémoration.
Il ne pouvait pas ne pas réagir au slogan "Hollande dictature". Derrière l’aberration de l’utilisation de ce qualificatif, il sait qu’une frange droitière de la société française a toujours refuser d’admettre la légitimité démocratique d’un gouvernement de gauche ; ça s’est déjà vu en 1981 et en 1936.
Il ne pouvait pas ne pas réagir à l’intolérance décomplexée ("un papa une maman", "la France aux Français") criée qui plus est lors d’une cérémonie qui doit réunir.
Interrogé dans le Grand Journal, , il insiste sur sa solitude face aux extrémistes et aux silencieux spectateurs. Une leçon à retenir pour tous ceux qui doutent de l’intérêt de développer une "culture" historique et des compétences sociales et civiques à l’école.
Si les médias ont largement fait écho de la réaction de notre collègue, ils ne sont toutefois pas allés jusqu’à l’autocritique. Pourtant, difficile de ne pas croire qu’ils ne sont pour rien devant les débordements de ces derniers jours : entre le hollandebashing, le fiscalbashing et les larges tribunes (voir la complaisance) envers les mouvements poujadistes, extrémistes et autres volatiles de toutes plumes à bonnet de toutes les couleurs... A force de semer, on récolte. Et si le coup de gueule de Thibaut Poirot servait aussi à alimenter une telle réflexion du côté des médias et des politiques ?

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Le rythme des grèves

Cette semaine sera marquée par une mobilisation contre la réforme des rythmes scolaires. « Une semaine difficile pour Vincent Peillon » selon le Figaro car pour Libération « les opposants accélèrent », et pour Le Monde « la mobilisation montera d’un cran cette semaine ».. Difficile toutefois de s’y retrouver entre ceux qui appellent à faire grève pour le retrait de la réforme et d’autres qui feront grève pour obtenir davantage de moyens pour la faire réussir. Si on y ajoute les appels au boycott de la journée de rattrapage de demain... Il faudrait peut-être prévoir de porter un bonnet de couleur différente selon les revendications, non ?
Dans La Croix, Denis Peiron rappelle que « la question des rythmes scolaires est vieille comme l’école. Enfin, presque… ». Il nous propose un rappel historique intéressant à la veille de mobilisations hétérogènes sur ce sujet.
RMC et Vousnousils nous apprennent quant à eux que 55 maires ont décidé de boycotter sa mise en place à la prochaine rentrée. Ce collectif dirigé par le maire d’Elancourt Jean-Michel Fourgous regroupe essentiellement des maires de droite (les mêmes qui boycottent aussi le mariage pour tous ?). C’est le coût engendré pour les communes qui les fait réagir. Pour le premier magistrat d’Elancourt, il y a bien d’autres solutions plus efficaces et plus économiques pour améliorer les résultats scolaires : « Premièrement, vous trans­for­mez la péda­go­gie, par exemple avec le numé­rique, deuxiè­me­ment vous ren­for­cez la for­ma­tion des profs et troi­siè­mement, vous don­nez enfin un peu de liberté, ça rend créa­tif ». J-M. Fourgous semble donc soutenir les autres aspects de la refondation.
Il sera donc rassuré en lisant l’interview de Vincent Peillon dans Le Monde. En effet ce dernier y affirme qu’il « déplore, bien sûr, que la question des rythmes occupe seule tout le champ médiatique, car elle n’a de sens que dans un ensemble. Mais si cette surexposition occulte provisoirement les autres chantiers, elle ne les remet pas en cause. » On entre donc dans la deuxième phase de la refondation de l’école selon le ministre.
L’école serait donc réformable ? Philippe Watrelot nous fera part de son avis demain dans l’émission du grain à moudre sur France Culture de 18h20 à 19h dans laquelle il est invité.


Manuels false ?

Le Figaro du jour s’intéresse doublement aux manuels scolaires.
Aux manuels français tout d’abord dont une récente étude alerte sur leur sexisme. Le quotidien commente une étude du centre Hubertine Auclert que s’était procuré Le Huffington Post d’hier. 17 manuels de Français de seconde générale, technologique et professionnelle ont été disséqués. Les écrivaines y sont sous représentées (3,7% des auteurs cités) et stéréotypées (« plusieurs images de figures féminines apparaissent régulièrement : la femme icône de beauté, la femme fatale, la femme animale, la femme muse et amante de l’auteur ou de l’artiste »).
Les futurs manuels russes d’histoire font également l’objet d’un article dans le Figaro du jour. Pierre Avril nous rappelle qu’« Après des mois de débats, un groupe d’experts remettra ce vendredi à Vladimir Poutine des propositions de refonte des manuels d’histoire. ». Problème : l’objectivité a été « formulée par le Kremlin ». La période stalinienne est bien évidemment celle qui suscite le plus de débats : « Les victimes de la terreur stalinienne, des campagnes de collectivisation forcée et des famines organisées, ne sont pas oubliées, même si aucun chiffre ne devrait être mentionné (entre 11 et 39 millions de morts, selon Memorial). L’existence du Goulag devrait faire l’objet d’un chapitre à part. Néanmoins, l’idée s’insinue que ce système ne peut être dissocié des « gigantesques » progrès industriels réalisés durant cette période. « S’agissant de Staline, on ne peut pas parler de réforme, mais de démolition » « Ce nouveau manuel est une tentative de se dérober aux évaluations historiques apparues dans les années 1990 et aboutit à une simplification et à une formalisation de l’histoire. », s’insurge Irina Chtcherbakova, responsable des programmes de formation au sein de l’Institut Memorial. »
Pas simple l’enseignement de l’histoire, ce n’est pas notre héros du jour qui nous contredira.

Pour terminer, souhaitons un JOYEUX ANNIVERSAIRE à Ostiane Mathon qui se chargera de la revue de presse de demain.

Laurent Fillion


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