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Revue de presse du mardi 10 novembre

Mixité sociale/scolaire - Réponses féminines à Brighelli


La revue de presse de ce jour est presque exclusivement consacrée aux mesures de lutte pour la mixité sociale dans les établissements scolaires présentées aujourd’hui. Mais on ne boudera pas notre plaisir en lisant une deuxième partie sans doute moins essentielle.

Mixité sociale/scolaire

La ministre était l’invitée ce matin de J-F Achilli sur France Info pour présenter les grandes lignes de sa réforme pour améliorer la mixité sociale dans les collèges. « Il faut prendre son temps si on veut que les choses soient efficaces", a expliqué Najat Vallaud-Belkacem ce mardi matin sur France Info. L’expérimentation va commencer dans dix-sept départements volontaires avant de faire l’objet d’une évaluation scientifique. Mais pas question pour la ministre de l’Éducation d’obliger les familles à envoyer leurs enfants dans des collèges ghettos. Le principe de la réforme initiée par la ministre de l’Éducation, c’est le volontariat : "Je ne souhaite pas forcer les familles mais donner envie de mixité sociale. Il faut rendre les établissements plus attractifs. »
Ces annonces ont suscité bon nombre de titres et commentaires dans la presse, mêlant parfois deux notions voisines mais pas vraiment synonymes : mixité sociale et mixité scolaire. Pour Le Monde « le gouvernement s’en remet aux acteurs locaux », pour Libé, (qui réédite pour l’occasion l’entretien du 18 octobre avec Nathalie Mons que nous avions déjà évoqué et dans lequel elle rappelle que « la mixité sociale est un avantage pour tous les élèves sans exception ») « l’opération mixité est lancée », pour La Croix, (qui rappelle que la « ségrégation » a été aggravée par l’assouplissement de la carte scolaire, sous l’ère Sarkozy) « l’Éducation nationale entend ramener de la mixité sociale dans les collèges » et selon Les Échos « Najat Vallaud-Belkacem défend son plan pour renforcer la mixité sociale au collège ». Marie-Christine Corbier y donne la parole à Choukri Ben Ayed, professeur de sociologie à l’université de Limoges. Il explique comment « On tend la perche aux parents pour qu’ils n’aillent pas dans le collège de secteur »
« Je ne vois pas quel dispositif est en mesure de retenir les parents qui ont décidé d’aller dans l’enseignement privé. Quand le pas est franchi, c’est pour un tas de raisons. Et c’est peut-être illusoire de penser qu’un contre-feu avec un enseignement optionnel puisse les en empêcher. La question est : alors qu’en France on n’a pas proclamé officiellement le libre choix de l’école, on a de fait un libre choix insidieux. On est dans une sorte de sauve-qui-peut généralisé. Ce ne sont pas des filières d’excellence qui vont réhabiliter certains établissements. La question n’est pas de tirer par le haut, par l’excellence, mais de faire en sorte qu’on n’ait aucun établissement en situation de grande crise, et de comprendre comment ils en sont arrivés là. » A propos des classes bilangues, il précise notamment que « raisonner ainsi en termes de produit d’appel, c’est justement renforcer la différenciation des offres scolaires. En présentant aux parents une offre scolaire supposée de meilleure qualité, cela induit que les autres sont de qualité moindre. En créant ainsi une sorte de marché scolaire, il ne faut pas s’étonner ensuite que les familles cherchent sans cesse à circuler d’un établissement à l’autre et à aller vers celui qu’elles estiment être le meilleur. »
Sur Slate.fr, Louise Touret se pose la même et bonne question « Comment convaincre les parents des bienfaits de la mixité sociale ? » et va plus loin « L’école française fait globalement réussir les enfants de ceux qui les feraient réussir de toute façon. Il faut améliorer son efficacité pédagogique propre. Les enseignants doivent être en mesure (taille des classes, climat scolaire, formation, méthodes d’apprentissage) de faire monter le niveau de tous élèves. Quelle que soit la mixité des classes. Quand la ministre a expliqué lundi 9 novembre que la mixité sociale est un vrai sujet politique, elle s’adressait à nous, citoyens. Mais nous pouvons répondre à la ministre qu’il s’agit aussi d’une vraie question pédagogique. Et que trouver des solutions pédagogiques qui permettent à davantage d’élèves de réussir est aussi une question fondamentalement politique et démocratique. »
Une dépêche AFP et le Figaro s’intéressent davantage au rôle que peut jouer l’école privée dans cette recherche de mixité sociale. « L’enseignement privé veut lui aussi jouer un rôle » titre la première en s’appuyant sur les propos de Pierre Marsollier, délégué général à l’enseignement catholique. Toutefois le journal La Croix rappelait que « le privé, qui choisit ses élèves, accueille en moyenne bien plus d’élèves issus des catégories sociales favorisées que le public, et moins de jeunes issus des catégories défavorisées, selon les statistiques. » Aussi, « l’enseignement catholique pourrait être incité financièrement à la mixité scolaire »
A suivre...

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Le dessin du jour de Geneviève Brassaud

Réponses féminines à Brighelli

Interrogée sur les propos sexistes tenus à son encontre par J-P Brighelli dans Le point, Najat Vallaud-Belkacem l’a rhabillé pour l’hiver. « je ne m’encombre pas l’esprit avec quelqu’un qui, comme lui, se croit autorisé à donner des leçons sur l’école et commence par la qualifier de ’fabrique du crétin’, c’est vous dire la finesse légendaire du personnage" a déclaré la ministre qui ajoute : "Il ne m’intéresse pas et je vais beaucoup mieux depuis que je l’ai fait disparaître de mon champ de vision. » a-t-elle déclaré. Les ex-recteur et autres « humoristes » sont prévenus !
Sandrine Garcia et Anne-Claudine Oller sont, elles-aussi, en colère contre celui qui manifestait le 10 octobre dernier aux côtés de Nicolas Dupont-Aignan. Sur le site du CRAP/Cahiers Pédagogiques, elle ont souhaité apporter des précisions entre autres sur la récupération de leur livre. « Jean-Paul Brighelli fait l’éloge de notre livre, mais pour des raisons qui n’ont rien à voir avec son contenu. Il « récupère » notre propos en le détournant de son sens pour en faire une prise de position qui est la sienne en faveur des méthodes syllabiques, « alphabétiques » ou « à l’ancienne ». [...] Nous ne nous démarquons nullement de Bourdieu et nous ne prônons pas des méthodes « à l’ancienne ». » Dont acte, mais quand on utilise le mot « pédagogiste » même entre guillemets, il ne faut peut-être pas s’étonner d’être récupérées par les tenants d’une « certaine » école.

Bon repos à tous pour demain.

Laurent Fillion


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Dans la librairie des Cahiers Pédagogiques

Ecole et milieux populaires
Revue n°520 - mars 2015
Le mythe de l’égalité républicaine, nous n’y croyons plus trop, nous savons bien que certains élèves «  sont plus égaux que d’autres  ». Nous ne sommes pas naïfs. Mais pour la plupart, enseignants et acteurs de l’éducation, nous pensons travailler à la promotion de tous et souhaitons souvent pouvoir «  compenser  » les inégalités.

Egalité des chances ou école démocratique ?
Revue n°467 - novembre 2008
Au concept ambigu d’égalité des chances, préférons celui d’égalité effective d’accès à l’éducation, à la formation, à la culture et à la qualification : choisir la réussite de tous plutôt que la seule méritocratie, promouvoir le travail souvent méconnu des enseignants et des équipes qui s’efforcent, au quotidien, de rendre l’école un peu plus égalitaire.