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Revue de presse du mardi 10 juin 2014

Démission(s)


L’actualité éducative est marquée par la démission d’Alain Boissinot qui présidait le CSP / CSP qui remettait aujourd’hui sa copie sur le projet de nouveau socle / Projet de nouveau socle qui ne fait pas consensus / Consensus qui est impossible à trouver.


Démission(s)

C’est l’AEF qui a lancé une petite bombe hier soir dans le milieu de l’Education Nationale en informant de la démission du CSP de son président Alain Boissinot. « Je n’ai pas le sentiment d’être toujours compris au sein du conseil dans [l’] ambition" de "dépasser les polémiques". "J’ai donc décidé, au terme de cette phase de lancement des travaux, de cesser mes fonctions avec la remise du socle tel qu’il a été approuvé unanimement le 5 juin et de demander au ministre de me remplacer dans les responsabilités de président du CSP » a déclaré Alain Boissinot à l’AEF.
La presse spécialisée a essayé de comprendre cette décision. Touteduc s’est procurée la lettre qu’il a adressée aux autres membres du CSP. Le démissionnaire y « évoque sa "perplexité" face à une situation "confuse" alors qu’elle "paraissait claire la semaine dernière : un projet de socle commun validé le 5 juin, un débat sur l’évaluation à prolonger sur la base des principes posés dans ce projet".
Mais Alain Boissinot va plus loin. Pour lui "la qualité d’un programme est très liée à son acceptabilité, ce qui n’empêche nullement de rechercher des évolutions", et il n’a pas "le sentiment d’être toujours compris au sein du conseil dans cette ambition". Certains ont entretenu "les polémiques" au lieu de les dépasser. S’y ajoutent, pour un travail "à marche forcée", des "problèmes de méthode", "certains" ayant "du mal à accepter les contraintes d’un calendrier et de cahiers des charges exigeants".
 »
Maryline Baumard, dans Le Monde.fr complète cette citation par « Certains ont aussi du mal à entrer dans une logique de recherche d’un consensus suffisant ». Selon la journaliste, les divergences au sein du CSP à propos du socle commun ont sans doute eu raison de la patience d’Alain Boissinot. Elle s’en explique :« le socle cristallise toutes les oppositions que connaît l’école, et l’idée d’un socle fort rencontre de nombreuses oppositions parmi les partisans d’un collège qui ressemble déjà au lycée. Cette opposition était notamment marquée chez certains membres du CSP qui ont poussé pour que le « socle » finalement adopté reste bien à l’ombre des programmes disciplinaires (comme c’est le cas depuis 2005). M. Boissinot s’est trouvé pris entre les deux camps, en quête d’un difficile consensus [...] Le consensus, c’est ce que ce recteur, grand serviteur de l’Etat a toujours recherché. Sur son sujet du moment, atteindre ce point était difficile. Le texte [publié aujourd’hui] ne contient pas les modalités d’évaluation de la maîtrise du socle. Un manque important comme Le Monde le soulignait, vendredi.. »

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Le dessin de Fabien Crégut

Comment en effet répondre aux attentes d’une refondation en recherchant un consensus parmi des organisations et acteurs qui ont des visions opposées ? A force de ne vouloir heurter personne, on finit surtout par ne satisfaire personne et décevoir ceux qui étaient partants pour cette refondation. On a préféré la recherche du consensus au courage politique. On en voit aujourd’hui les résultats.
Interrogé par Maryline Baumard, l’intéressé réfute l’idée que les fuites d’un des membres influent du CSP concernant la suppression du brevet l’ont poussé à ce geste et préfère mettre en avant les questions de méthode : « Ce sont des raisons de fond. J’ai observé à l’usage que la structure de conseil, mise en place par la loi de refondation de l’école de juillet 2013, n’est peut-être pas en capacité de répondre à une commande aussi lourde que celle qui lui est faite dans le temps qui lui est imparti. » Le titre de l’interview résume cette impression par « un conseil des programmes trop fragile et non adapté »
Pour Caroline Missir dans L’Express.fr, avec cette démission « le bizutage de Benoit Hamon continue. ». Elle s’interroge sur « la capacité de ce ministère à produire du consensus, et à se défaire des pesanteurs de toutes sortes, administratives, syndicales ou politiques.
Syndicales, parce que depuis des mois, le débat sur le travail du Conseil national des programmes est pollué par les débats syndicaux entre les pros et les anti socle commun, les partisans du tout disciplinaire et ceux qui prônent l’évaluation par les compétences. Illisible pour l’opinion publique.
Administratives parce que, comme le rappelle un recteur, le travail du Conseil a été saboté par l’Inspection générale et la Dgesco qui considèrent que les arbitrages leur appartiennent.
Politiques enfin parce qu’on voit mal comment le ministre Benoît Hamon et son cabinet, peu sensibilisés à ces débats d’experts, et dont l’agenda personnel relève plus de l’ascension politique, pourraient trancher en toute connaissance de cause le "noeud gordien" du socle commun.
 » Elle termine par une question qu’on est en droit de se poser « L’ambition de réformer les programmes et d’évaluer le socle commun survivra-t-elle à cette crise ? ». On n’ose même plus parler de refondation de l’école...

En ce mardi 10 juin, il y a finalement plus de chance que la France gagne la coupe du monde qu’elle ne réussisse à refonder son école.

A demain, avec Bernard Desclaux

Laurent Fillion


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Dans la librairie des Cahiers Pédagogiques

- Deprofundis -

Réussir l’école du socle - En faisant dialoguer et coopérer les disciplines
Ouvrage - 2013
Francis Blanquart, Céline Walkowiak - ESF, 2013