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Revue de presse du mardi 03 février 2015

Après Charlie - Laïcité - Harcèlement - Grève - Justice pénale - Emploi des docteurs

De nombreux sujets, dont la laïcité, le harcèlement, la grève, la justice et l’emploi des docteurs. Une revue pas très réjouissante mais heureusement ensoleillée par les illustrations de nos irrésistibles dessinateurs.

Après Charlie

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Le dessin de Jean-Marie Olaya

Un nouvel article ce matin, publié sur Nice Matin concernant une fillette de 10 ans, convoquée par les gendarmes à la suite d’une rédaction rendue en classe. « Pour avoir « soutenu » les auteurs de l’attentat dans un devoir, une élève de CM2 a été entendue, à la demande du parquet, par la gendarmerie de Valbonne. Est-ce la répétition de l’affaire niçoise du petit Medhi ? Un autre enfant des Alpes-Maritimes, dont les propos ont été jugés « inquiétants », a été entendu il y a deux semaines, à la demande du parquet, par les gendarmes de Valbonne. La raison ? Une phrase écrite à la fin d’un devoir en classe de CM2 : « Je suis d’accord avec les terroristes d’avoir tué les journalistes, car ils se sont moqués de notre religion. » Une rédaction qui a mené la fillette du banc de l’école primaire de Garbejaïre au bureau de la gendarmerie. De la feuille de classe au procès-verbal. À seulement 10 ans. »

Sur le site Centre-Presse, on revient sur l’affaire Chazerans, concernant la mise à pied d’un professeur de philosophie. « Le conseil local FCPE du lycée Victor-Hugo de Poitiers qui n’avait pas souhaité s’exprimer depuis la mise à pied d’un professeur de philosophie a publié une lettre ouverte adressée au recteur de l’académie de Poitiers, hier. « Nous nous interrogeons autour des proportions prises par cet événement alors qu’un dialogue dans la transparence dès les premiers questionnements aurait pu apporter des explications et ainsi apaiser un climat devenu très lourd », écrivent les représentants des parents d’élèves. « Nous apprenons maintenant que l’accusation "d’apologie d’actes de terrorisme" se réduit à celle de "propos déplacés". Les élèves étaient-ils à ce point en danger qu’il fallût, de toute urgence, prendre une mesure conservatoire en suspendant l’enseignant ? Une telle décision, loin de calmer les esprits, n’est-elle pas de nature à inquiéter l’ensemble de la communauté et, en premier lieu, les lycéens eux-mêmes ? » »

En qualité de rédactrice de cette revue, je m’octroie le droit ce soir, d’y faire passer un message personnel, adressé à Najat Belkacem, un message en forme de prière laïque et de supplique républicaine : Madame la Ministre, il faut que cesse de toute urgence cette chasse aux sorcières ; faire porter aux jeunes le poids de notre impuissance est une posture maltraitante, à la limite du respect des principes fondamentaux des droits de l’enfant. C’est effroyable ce qu’il se passe là, sous nos yeux. Je vous le dis, droit dans les yeux et dans le coeur, en vingt-cinq ans d’enseignement, je n’ai jamais ressenti pareil sentiment d’effroi. Cet appel officiel de la part des plus hautes instances politiques de notre pays, à la plus grande fermeté dans les écoles vis-à-vis de tout propos susceptible d’être débordant de la part de nos jeunes signe un aveu total d’impuissance à éduquer et ouvre une porte à la pire des dérives qu’on ait eu à faire face dans le monde de l’éducation, à savoir la dénonciation à tout va rendue légitime au sein même de nos propres classes, et avec la dénonciation, sa soeur jumelle la calomnie et son cortège de courtisanes dont la peur, la méfiance, le mensonge, la dissimulation, toutes complices de l’impossibilité de penser, de comprendre et d’apprendre. Madame la Ministre, un monstre affreux est en train de naître sous couvert de Liberté, Egalité, Fraternité. Alors, oui, je suis effrayée et je crois bien n’être pas la seule. Ne l’êtes-vous pas un peu vous-même ? Je ne suis pas aujourd’hui dans le défilé des grévistes, je n’en ai jamais été ; je préfère l’action militante au quotidien auprès des élèves et des enseignants ; je préfère aussi le discours direct. J’espère ainsi avec sans doute beaucoup de naïveté que vous me lirez peut-être ; et si vous pensez également qu’un engrenage sournois s’est mis en branle, alors je vous souhaite toute la force et le courage nécessaires pour y mettre un terme, ou tout du moins pour faire entendre de votre voix qu’un autre choix est possible pour éradiquer la barbarie, celui d’éduquer, toujours et encore, inlassablement ; avec fermeté mais avec discernement, avec courage mais avec raison, avec tendresse aussi. Madame la Ministre, pour travailler dans nos écoles, et faire face à cet après Charlie, nous avons besoin d’un souffle qui ré-anime, pas d’une main vengeresse. Nous avons besoin de davantage de coopération et de sentiment d’appartenance scolaire, pas de pénalisation outrancière envers les plus jeunes, qui risquent, un jour ou l’autre, ne nous le cachons pas, de nous le faire payer. Et s’ils auront tort de le faire, nous aurions tort également de nier la part que nous avons joué, ou que justement nous avons négligé de jouer...


Laïcité en question

Concernant les mesures annoncées par la ministre de l’Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem, les acteurs locaux réagissent, comme en témoigne cet article publié sur la Gazette des communes « Laïcité et valeurs républicaines, apprentissage de la citoyenneté, réduction des inégalités : le gouvernement veut tirer les leçons des attentats des 7, 8 et 9 janvier dernier et déployer une série de mesures en direction des jeunes et des quartiers populaires. Sur le terrain, le plan gouvernemental suscite autant de satisfaction que d’interrogations. »

Laïcité et valeurs républicaine, Quelle formation pour les enseignants ? Un sujet à écouter sur France Inter « Quelques semaines après l’attentat contre Charlie Hebdo, les jeunes professeurs stagiaires sont-ils suffisamment formés à l’enseignement de la laïcité et des valeurs républicaines ? Comment partager ces principes et les transmettre aux plus jeunes ? En réalité, la formation concernant la laïcité et les valeurs républicaines représente très peu d’heures. Thibault Leroy est à l’Ecole supérieure du Professorat et de l’éducation de Créteil et professeur stagiaire à Vitry sur Seine : "Il faudrait que formation sur la laïcité ne se limite pas à des photocopies ou à un powerpoint" »

Au sujet de la laïcité toujours, à signaler, cet article de La Croix qui fait part de la mise en oeuvre de l’enseignement moral et civique dans les établissements catholiques. Pour Pascal Balmand, secrétaire général de l’enseignement catholique, « Le discernement moral se construit plus qu’il ne s’apprend. Il suppose la contribution de tous les acteurs, dans tous les moments de la vie d’un établissement. L’école doit être un témoignage de ce en quoi nous croyons », souligne-t-il, en appelant à dépasser la simple notion de « vivre ensemble » pour atteindre « l’horizon plus large d’une fraternité républicaine et chrétienne ». Pour l’école catholique, il s’agit en effet de « s’inscrire loyalement dans le cadre des politiques publiques, tout en étant en cohérence avec son projet et son origine. »


Harcèlement scolaire

1 élève sur 10 en souffre dans nos écoles, collèges et lycée. Ouvrons les yeux, il n’y a pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Pour nous y aider, on pourra se référer au documentaire et campagne de sensibilisation relayées ce matin sur France Inter « Le harcèlement scolaire est un phénomène longtemps nié en France où la première campagne nationale de sensibilisation n’a vu le jour qu’en 2011, alors que certains pays anglo-saxons et scandinaves le combattent depuis près de 20 ou 30 ans. Un phénomène méconnu ou banalisé dans notre pays où pourtant 10% des élèves s’en disent officiellement victimes. Soit 1 200 000 enfants et adolescents.  »

Sur le même sujet, le Figaro annonce la diffusion le mardi 10 février d’un documentaire d’Andrea Rawlins-Gaston, « où six jeunes de 15 à 23 ans racontent l’enfer qu’ils ont vécu au collège ou au lycée. La sortie du film est accompagnée de la mise en place d’une plate-forme anonyme où chacun peut témoigner et la publication d’un manifeste. « Je déclare être ou avoir été harcelé à l’école. Je déclare être le parent d’un enfant victime de harcèlement scolaire, indique ce texte que chacun peut signer en ligne. Parce qu’il ne faut plus avoir honte, parce que qu’il ne faut plus avoir peur des représailles, parce que les solutions mises en place dans la plupart des établissements scolaires sont encore insuffisantes pour assurer la sécurité, parce que les écoles, les collèges et les lycées doivent demeurer des lieux d’apprentissage où tous souhaitent s’épanouir dans la tolérance et le respect de chacun, parce que les lieux d’enseignement ne doivent pas être des lieux de souffrance, parce que c’est l’affaire de tous. Ensemble, par ce manifeste, nous interpellons les pouvoirs publics et la société toute entière, pour dénoncer et faire reculer le harcèlement à l’école ici et maintenant. » »


Grève

Pourquoi une grève des enseignants ce mardi 3 février ? C’est le sujet traité par Mattea Battaglia et Aurélie Collas pour Le Monde « Il y a encore dix jours, l’heure était à l’unité. Toute la communauté éducative était réunie autour de la ministre de l’éducation nationale pour une « grande mobilisation de l’école pour les valeurs de la République ». Le 3 février se place, lui, sous le signe des revendications. La principale fédération de l’éducation, la FSU (Fédération syndicale unitaire), a appelé à la grève nationale autour de trois mots d’ordre fédérateurs : conditions de travail, formation, revalorisation des salaires. » La grogne semble multi-factorielle, pour autant, « parmi les justifications de la grève, les responsables syndicaux n’hésitent pas à faire le lien avec la période « post Charlie Hebdo » et les injonctions faites à l’école après les attentats de janvier : faire plus et mieux en matière de transmission de la laïcité, du vivre-ensemble, de la liberté. « Mais quelle traduction en termes de moyens ? », s’interroge Frédérique Rolet, du SNES-FSU, principal syndicat des professeurs de collège et de lycée. « Il y a eu beaucoup de mots, mais peu de concret », estime-t-elle, sans cacher sa « déception ». »

Cette actualité est également relayée dans le Le Nouvel Obs Education « Cette grève intervient deux mois après des mobilisations contre des sorties de collèges de l’éducation prioritaire et alors que les rectorats dévoilent en ce début d’année les moyens (classes pour le primaire, nombre d’heures de cours pour le secondaire) attribués aux établissements pour la rentrée 2015, explique Bernadette Groison, secrétaire général de la FSU. Mais elle intervient aussi près d’un mois après les attentats parisiens, et les incidents survenus dans plusieurs établissements au cours de la minute de silence en hommage aux victimes. La mobilisation a été décidée en janvier "avant les attentats", souligne Bernadette Groison. »


Justice pénale des mineurs

Hier, lundi 2 février, la garde des Sceaux a lancé les débats sur la justice pénale des enfants et des adolescents. Une équipe de France 3 s’est penchée sur le sujet. « En 2013, plus de 176 000 affaires transmises à la justice concernaient des mineurs, essentiellement pour des affaires de vols. "Il y a des actes qui sont particulièrement révélateurs d’une défiance vis-à-vis des institutions, et que l’institution judiciaire ne peut pas laisser passer. C’est une question de crédibilité. Si on n’a pas cette crédibilité-là, quand on voudra travailler en éducatif, on y arrivera pas", explique au micro de France 3, Julie Fergane, substitut du procureur en charge des mineurs. »

Toujours à propos des jeunes et de la justice, cette information qui doit faire retourner Coluche dans sa tombe...Trois jeunes, face à la justice pour avoir pris de la nourriture dans des poubelles, selon France Inter. « Dans la nuit du 27 mai dernier, trois jeunes, Adrien, Léa et Mike, récupèrent des sacs de nourriture dans les poubelles d’un supermarché de Frontignan pour se nourrir. Ces denrées étaient destinées à être jetées. Les aliments avaient été jetés par l’Intermarché, mais laissés dans la cour intérieure du supermarché. Et c’est pour cela que c’est considéré comme un vol . En sortant du parking ils sont arrêtés par la Brigade Anti-Criminalité (BAC) et passent douze heures en garde à vue au commissariat de Sète. Le procureur décide ensuite de lancer des poursuites contre eux pour avoir "frauduleusement soustrait des denrées périssables avec date dépassée". »


L’emploi des docteurs

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Le dessin de Jean-Marie Olaya

Les docteurs peinent à s’insérer dans le monde du travail, tel est le titre de ce délicat sujet évoqué sur le site du Monde « Les entreprises préfèrent souvent les ingénieurs (bac + 5), dont ils connaissent mieux les profils, aux docteurs. «  Les docteurs sont réputés pour être plus formatés et plus âgés. Les entreprises veulent pouvoir les adapter à leur modèle et à leur culture », analyse John Murat, directeur du cabinet de ­recrutement Approach People. « Le docteur a l’image d’un étudiant attardé, resté trop longtemps sur les bancs de l’école, spécialiste d’un sujet mais qui ne connaît que lui, ironise Yves Louët. Tout s’est joué après Mai 68, quand les universités ont ouvert leurs portes au plus grand nombre, contrairement aux écoles d’ingénieurs. Celles-ci sont alors devenues des établissements d’élite », ­estime-t-il. D’où la moins bonne réputation des docteurs, qui n’ont pas été sélectionnés à l’issue d’un concours. »


En bref

« Testé actuellement par l’éducation nationale, Qwant Junior devrait être mis à disposition des établissements scolaires et du grand public à partir de la rentrée 2015. » A lire sur La Croix

Une parution à signaler : "Sciences pour les 8-13 ans " , sous la direction de Laurent Dubois - Directeur du Laboratoire de Didactique et d’Épistémologie des Sciences

Envie, besoin surtout de terminer cette revue par cette belle pensée offerte ce jour par Edgar Morin sur twitter. Un twitt, comme un souffle bienfaisant, généreux, nourricier et salvateur « Plus nous sommes capables de nous émerveiller des beautés de la vie, plus nous sommes capables de résister aux horreurs de la vie ».

Merci aux dessinateurs de cette revue d’ensoleiller jour après jour, chacune de nos revues ; ils participent par leur talent et leur humour de cet émerveillement quotidien.

Demain une autre revue, servie par Bernard Desclaux, comme à son habitude.

Ostiane Mathon