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Revue de presse du lundi 8 septembre

Extrême droite, Manif pour Tous, Gilets jaunes : une ministre face aux défis de l’obscurantisme et de l’hyper-individualisme - Santé financière des étudiants - Quelle école voulons-nous ?


La rentrée est hélas là pour nous rappeler qu’en matière d’idéologie et de sectarisme, la bêtise n’a pratiquement aucune limite. Incidieusement, l’extrême droite s’emploie à semer le trouble à l’école, en s’en prenant tantôt à la ministre, tantôt aux enseignants. Pendant ce temps, les "Gilets Jaunes" continuent d’exiger une école adaptée à leurs propres exigences individuelles. A signaler également aujourd’hui, le coup de pouce annoncé pour l’aide au logements des étudiants.


La ministre face à l’obscurantisme de l’extrême droite

Après les attaques ordurières et racistes d’une certain presse de caniveau la semaine dernière, Mme Vallaud-Belkacem est de nouveau victime d’une rumeur, propagée sur les réseaux sociaux. Rythmes scolaires : Najat Vallaud-Belkacem cible d’une nouvelle rumeur titre par exemple Le Parisien. De quoi s’agit-il ? La ministre aurait signé une lettre demandant aux directeurs d’école de mettre en place des cours d’arabe dans le cadre des TAP institués par la réforme des rythmes scolaires. Relativement bien écrit (ce qui est rare dans ce genre de cas), le faux tract trahit néanmoins ses auteurs par des approximations incompréhensibles (l’entête est tronquée à gauche (sic) ; ce n’est pas au ministère de fixer le contenu des TAP mais aux mairies !) et par son avant-dernière phrase, parlant des "barrières linguistiques que pourraient inévitablement rencontrer nos enfants dans un avenir proche". Cette obsession de la propagation de la culture arabe en France trahit les milieux d’extrême droite, qui n’ont toujours pas compris qu’une psychanalyse serait plus efficace, pour soigner leurs lubies, qu’un épanchement haineux sur les réseaux sociaux. "Depuis ce week-end, un faux courrier de la ministre de l’Education nationale circule où elle demanderait la mise en place d’une heure hebdomadaire de cours d’arabe. Le ministère va porter plainte", précise pour sa part Libération (Najat Vallaud-Belkacem à nouveau victime d’une rumeur sur les réseaux sociaux)

Le Figaro vole également au secours de la ministre et rétablit la vérité. Nouvelle rumeur sur Najat Vallaud-Belkacem. Le quotidien conservateur twittait ce matin "non, Najat Vallaud-Belkacem ne veut pas imposer l’arabe à l’école". A l’heure où ces lignes sont écrites, l’essentiel de la presse a relayé le démenti du ministère et le dépôt de plainte. Seul Valeurs Actuelles, sans surprise, hélas, oublie de traiter l’information.

Pendant ce temps là, le mouvement de la "Journée de Retrait de l’Ecole" avance ses pions. Ayant déjà annoncé son intention d’investir le terrain de la représentation des parents d’élèves (ce que L’Express évoque dans l’article Les tradis à l’assaut des associations de parents d’élèves), le mouvement d’extrême droite va en outre proposer aux parents et aux élèves des lectures collectives pour lutter contre "la théorie du genre" à l’école, nous apprend également L’Express. "C’est "Frérot et Sœurette", un conte des frères Grimm inspiré d’un récit populaire allemand, qui a été retenu pour inaugurer ces séances de lecture collective. Le conte évoque l’histoire de deux enfants, orphelins de père, partis dans la forêt pour échapper aux mauvais traitements que leur inflige leur belle-mère, "la marâtre". Après de nombreux rebondissements, la fillette devenue jeune fille épouse un roi, et son frère transformé en faon par la marâtre tendance sorcière reprend apparence humaine. Dans le questionnaire proposé aux organisateurs pour accompagner cette lecture, les questions classiques, destinées à s’assurer que les enfants ont bien écouté l’histoire, en côtoient d’autres beaucoup moins neutres -et ce d’autant moins que le dispositif prévoit des réponses toutes faites à certaines questions.
Exemple. A la question : "Pourquoi Frérot et Sœurette sont partis de chez eux au début de l’histoire ?", la réponse suggérée est "Leur mère est morte et la marâtre est méchante avec eux, car elle n’est pas leur vraie mère". Les familles recomposées apprécieront... Autre question : "Que devient Sœurette au cour du conte ?" Réponse : "Sœurette reste sœur (sic), mais devient reine et mère : être mère, c’est être une reine". Et aussi : "Dans les contes traditionnels, les marâtres sont souvent méchantes, pourquoi ?" Réponse : "Il s’agit d’une méchanceté symbolique. Elle représente la mère non biologique : la transmission est rompue"
". Édifiant !

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Le dessin de Fabien Crégut

Les enseignants face à l’obscurantisme de la Manif pour Tous

De son côté, le mouvement de la Manif Pour Tous, reprenant les méthodes de l’Inquisition, franchit un pas dans son piétinement des institutions républicaines et démocratiques. La Manif Pour Tous place des enseignants sous surveillance, nous alerte France Info. "A l’origine d’une forte mobilisation l’an dernier contre le projet de loi de mariage homosexuel, le collectif La Manif pour Tous ne lâche rien, et notamment dans les Pays de la Loire. Il multiplie les initiatives, contre ce qu’il appelle "la théorie du genre". Des principes qui seraient enseignés aux élèves pour nier les différences sexuelles entre filles et garçons. Dans la lettre adressée aux chefs d’établissements de Loire-Atlantique, il promet une vigilance "sur le choix des enseignants en matière de manuels scolaires ou encore d’éducation sexuelle".


L’institution face à l’hyper-individualisme des Gilets Jaunes

Entre cet obsurantisme là et celui de l’hyper-individualisme porté par les Gilets Jaunes, il n’y a qu’un pas, franchi par Le Monde ce week-end, reprenant les propos du président de la FCPE, Paul Raoult : "entre l’appel au boycott des Gilets Jaunes et les "Journées de Retrait de l’Ecole" de Farida Belghoul, on finit par faire l’amalgame". A lire, l’ensemble de cet article intitulé Qui sont les Gilets Jaunes, ces irréductibles opposants à la réforme des rythmes scolaires ?

Dans un article plus récent, Le Monde titre sur la Faible mobilisation des Gilets Jaunes contre la réforme des rythmes scolaires. "Les Gilets jaunes n’ont pas réussi à mobiliser les foules, samedi 6 septembre. Entre 100 et 300 personnes ont défilé à Paris, du Conseil d’Etat au ministère de l’éducation nationale, pour protester contre la réforme des rythmes scolaires, qui vise à faire passer la semaine de classe de quatre jours à quatre jours et demi.
Parmi elles, une vingtaine d’élus et les membres du collectif des Gilets jaunes, qui se présente comme un mouvement « apolitique » et « asyndical ». Tous étaient là pour crier leur opposition au décret.
[...] Mercredi prochain pourtant, les élèves devraient pouvoir retourner en cours. « Nous ne prendrons pas en otage les enfants face à l’intransigeance de la ministre de l’éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem, a déclaré le maire de Yerres. Ils retourneront en cours. » En fin de journée, une délégation a été reçue par le chef du cabinet de Najat Vallaud-Belkacem. Fin de partie ? On ose le croire.


Le gouvernement au chevet des étudiants

Du côté des étudiants c’est - semble-t-il - une bonne nouvelle qui marque cette journée. Pas de caution ? l’Etat se porte garant pour les étudiants, annonçait ce matin Le Parisien. Le Monde confirme : Logement. l’Etat va se porter garant pour tous les étudiants
Dans l’ensemble, la presse salue cette mesure de justice sociale. Seul Le Figaro se montre sceptique : Logement étudiant : la caution de l’état ne résout pas les vrais problèmes. Un article plus nuancé que le laisse entendre son titre, et qui s’appuie, comme le reste de la presse, sur la réponse en forme de "oui mais" des principales organisations étudiantes.

S’il y a des étudiants pour lesquels, au moins à moyen terme, on ne s’en fait pas trop, ce sont ceux des grandes écoles. Sur son blog hébergé par Libération, Véronique Soulé leur consacre un billet intitulé France-Angleterre : ces écoles de l’élite qui nous gouvernent. Le constat est simple : les élèves des grandes universités anglaises et des grandes écoles françaises trustent les places importantes des gouvernements actuels. Avec une différence de taille toutefois : le recrutement d’Oxford et de Cambridge, qui sont des universités, est infiniment plus large que celui de nos grandes écoles. "Si l’on tient compte du vivier beaucoup plus étroit des diplômés de grandes écoles, la France fait en réalité plus mal. Et bat l’Angleterre quant à l’entresoi régnant au sommet du pouvoir". Une prochaine idée de réforme pour la ministre ? Après tout, elle a l’air sensible aux idées progressistes, et à l’aise sur les dossiers minés.


Quelle école voulons-nous ?

Quelle école voulons-nous ? Vaste question autour de laquelle la réflexion et la polémique ne sont pas à la veille de s’éteindre. Pour autant, nous signalerons deux billets de blog qui chacun à sa façon, chacun avec ses arguments, apporte des éléments de réflexion, sinon de réponse.
Dans Honneur aux professeurs, Claude Lelièvre réalise un magistral coup de pied de l’âne à Charles Péguy et à tous les conservateurs scolaires, ceux là même qui n’ont pas compris que la modernité et le conservatisme sont avant tout affaire de contexte, et donc d’époque. "C’était il y a 110 ans. Et c’était déjà la faute à « la pédagogie » (sans Philippe Meirieu), à « la sociologie » (sans Pierre Bourdieu ou François Dubet), à « la démagogie » (sans ’’les’’ politiques actuels). Et tout l’honneur et la vertu pouvaient être dévolus aux professeurs qui n’hésitaient pas à noter - en toute innocence - au quart de point près (mais c’était avant « la docimologie », née durant l’entre-deux-guerres).
L’école, donc, n’est pas là pour classer, noter, hiéarchiser, dinstinguer. Ce à quoi elle devrait servir nous est expliqué par notre ami Jean-Michel Zakhartchouk dans le billet de blog de ce lundi : A quoi ça sert ?. Jean-Michel, qui sera, comme il le précise, "associé à la réflexion à venir sur les programmes dans les groupes de travail du Conseil supérieur des programmes", livre quelques pistes bien senties sur ce que devrait être notre école. A lire, et tout comme la mise au point de Claude Lelièvre, à méditer !

Lionel Jeanjeau


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Dans la librairie des Cahiers Pédagogiques

Enseigner en classes hétérogènes
Ouvrage - aout 2014
Jean-Michel Zakhartchouk - ESF 2014

Pour nombre d’enseignants, l’hétérogénéité du niveau scolaire des élèves représente un problème. Comment prendre en compte les différences de niveau ou de culture ?
Pas facile, sans doute. Pourtant, de nombreuses réponses existent qui peuvent même transformer la difficulté en une opportunité : celle de pouvoir donner plus de sens au métier d’enseignant, d’innover et d’être imaginatif. Dans cet ouvrage, constitué de contributions variées d’acteurs du terrain du premier et du second degré, de nombreuses pistes sont explorées, telles : varier et différencier les approches pédagogiques, les rythmes, l’organisation de la classe, accompagner les élèves les plus fragiles tout en gardant des exigences fortes pour tous.
Le lecteur trouvera ici du concret et du pragmatique, ainsi que des convictions étayées par des résultats de recherches et surtout par les effets produits sur les exemples analysés. Bref, loin de regretter une uniformité illusoire et, d’ailleurs, dangereuse, ce livre fait le pari réaliste d’une réussite maximale pour tous.