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Revue de presse du lundi 4 mars 2019

La réforme du Bac et plus largement le projet de l’école de la confiance suscitent de vraies inquiétudes. Mais de nombreux sujets sont l’occasion d’indignation, de petites polémiques sur les réseaux sociaux. On en retrouve quelques uns aujourd’hui : le premier est la mini-polémique sur l’enseignement du colonialisme à l’école, relancée par la publication d’un exercice scolaire sur “les bienfaits du colonialisme”. Les fautes d’orthographe constituent un tel sujet d’indignation qu’une application vient vous proposer des cours d’orthographe en ligne. Sur les dangers des fake news véhiculées par internet, je vous propose la lecture intégrale de l’article d’un enseignant en SEGPA qui travaille sur ce sujet avec ses élèves. Pour ceux qui en prennent le temps, vous pouvez vous plonger dans la lecture de deux études, celle de Benoit Galand contre la réhabilitation du redoublement et celle de David Guilbaud intitulée l’illusion méritocratique.


Enseigner le colonialisme

Le colonialisme a-t-il été présenté comme une « œuvre civilisatrice » à l’école publique ?

« Le journaliste Marc de Boni a relayé hier sur Twitter une image d’un devoir scolaire ayant pour titre « le colonialisme, une œuvre civilisatrice ». Il s’agit d’un texte à trou qui commence par : « Sans pour autant oublier les aspects négatifs de la colonisation, il ne faut pas oublier les bienfaits que cela a eu pour les populations colonisées. » Parmi ces « bienfaits » : « l’instruction », « une langue commune » ou encore « des trains et des routes ».
Contacté par Vincent Coquaz, Marc de Boni indique avoir trouvé l’image sur la page Facebook des Cemea Pays-de-la-Loire, une association locale d’éducation populaire. Cette page indique qu’il s’agit bien d’un travail donné dans une « école de l’agglomération nantaise, dans une classe de CM2 » et qu’elle a été alertée par un parent d’élève, Alassane Guisse. Ce dernier, élu nantais, a témoigné auprès de Ouest France : « Je sais bien que la maîtresse a aussi fait visiter le Mémorial de l’abolition de l’esclavage à ses élèves. Qu’elle leur a expliqué cette réalité historique terrible. Mais là, je n’ai pas compris. Comment peut-on soumettre à des enfants de CM2 un devoir qui parle des bienfaits de la colonisation ? »
La colonisation est « un des contenus d’enseignement qui est le plus "sous surveillance" dans l’espace public » estime l’historienne Laurence de Cock, qui a consacré sa thèse au fait colonial à l’école. « Cette question est devenue si tendue que la moindre virgule est soupesée tant on craint que ne se déclenchent les foudres. On sent bien les hésitations, les euphémismes, les allers-retours [dans les programmes] », explique-t-elle. »

A propos de l’enseignement de l’histoire coloniale à l’école primaire

“Un enseignant a donné un exercice à ses élèves de CM2 sur les aspects positifs de la colonisation. L’affaire a fait le tour des grands médias. Au-delà d’une colère compréhensible, que révèle cet exercice sur l’enseignement de l’histoire à l’école aujourd’hui ?” questionne Laurence De Cock :
“Que dire de tout ce gâchis ? Que l’indigence de la formation des enseignants est un pan de la maltraitance actuelle de cette profession acculée à appliquer à la lettre des directives de plus en plus intenables qui les dépossèdent de toute liberté pédagogique et vident les enseignements de leur potentiel critique, surtout en histoire. Que ce qui s’est passé hier sur le fait colonial se reproduira immanquablement ailleurs si rien n’est fait pour améliorer la formation initiale et continue des enseignants. Que les réseaux sociaux et les emballements autour de séquences tronquées ajoutent un palier supplémentaire de surveillance et de pression qui ne va pas faciliter la tâche des enseignants déjà en prise avec une hiérarchie de plus en plus pesante.”


La loi Blanquer

Cauchemar des parents, lassitude des profs... La réforme du bac, terrain glissant pour Blanquer

Par Alice Mérieux
“Lancée précipitamment, la réforme du bac oblige le ministre de l’Education nationale à se démultiplier pour rassurer enseignants, parents et élèves.”
Le nouveau bac, simplifié, doit mettre fin à un « monstre organisationnel ». L’examen absorbe, en effet, 8 % du temps de travail des profs et élèves au lycée et coûte 100 millions d’euros. Mais pour éviter les procès en inégalités entre établissements, Jean-Michel Blanquer a lâché du lest : le bulletin de notes, vrai contrôle continu, ne pèsera que 10 % de la note finale. Pour maintenir l’esprit de la réforme tout en ménageant les susceptibilités, 30 % reposeront sur un contrôle continu partiel : trois sessions d’évaluations organisées dans les établissements, mais « communes » et « anonymes ». Des « mini-bacs » à chaque trimestre ! « Un mauvais compromis, selon le think tank Terra Nova, qui revient à alléger les épreuves finales tout en inventant un contrôle continu à l’échelle nationale sous la forme improbable d’épreuves communes de contrôle continu. » Alexis Torchet, du syndicat SGEN, a calculé : « On parle de quatre épreuves terminales, mais c’est faux ! Avec le français et les partiels, on est à neuf ! » Le monstre du bac n’est pas près de disparaître.
Voir l’article complet dans Challenge.

Débat : La loi « Blanquer », riche de promesses, mais lourde d’ambiguïtés
« L’Assemblée nationale vient d’adopter le projet de loi « pour une école de la confiance », présenté par le ministre Jean‑Michel Blanquer. Toutefois, un rapide examen de trois de ses mesures phares montre que cette issue est loin d’être assurée, car chacune des belles promesses de la loi s’accompagne de préoccupantes ambiguïtés.
Un nouveau système d’évaluation ?
Une nouvelle formation des profs ?
Quels bénéfices pour le prérecrutement ? »

Je vous invite à aller lire en entier la belle analyse de Charles Hadji pour The Conversation.
Ou à jeter un coup d’œil à ce que font nos voisins Belges ou s’intéresser de plus près au lycée professionnel :
Europe : en Belgique aussi, la formation des enseignants se transforme
« En France, le recrutement et la préparation des enseignants à leur métier ont été au cœur des discussions du projet de loi sur l’école qui vient d’être adopté à l’Assemblée nationale. En Belgique, en ce début 2019, de telles questions sont aussi à l’ordre du jour, à travers un texte approuvé par le Parlement de la Communauté française de Belgique, prévoyant une profonde réforme de la formation des profs. Zoom sur ses principales lignes de force, enjeux et difficultés. »

Lycée pro, l’éternel mépris de classe
Article d’Anthony Cortes pour Marianne, malheureusement réservé aux abonnés.

« Parent pauvre de l’Education nationale, le lycée professionnel fait l’objet d’une nouvelle réforme qui entre en vigueur à la rentrée. Les changements apportés par Jean-Michel Blanquer risquent d’empirer la situation et de fabriquer toujours plus de chômeurs. »

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Divers

POINT DE VUE. Que peut l’école face aux fake news

« Le droit à l’information, un des piliers de toute démocratie, est aujourd’hui abîmé par les fake news qui circulent sur internet. L’école doit armer contre ce fléau.
Professeur en Section d’enseignement général et professionnel adapté (Segpa) dans un collège public à Marseille, Rachid Zerrouki est aussi chroniqueur de plusieurs publications sur le web, Libération, Slate.

Rachid Zerrouki propose dans Ouest France un point de vue sur le droit à l’information, la place des fake news et le rôle de l’école pour les contrer.
Rappelant que : “ Ceux qui nécessitent toute notre attention ne s’attardent que trop rarement sur les bancs de l’Ecole, et lorsqu’ils apprennent à lire, non plus seulement à déchiffrer, il est déjà l’heure pour eux de partir et de rejoindre une société de l’information dans laquelle ils sont si vulnérables. Plus tard, on soulignera leur bêtise quand ils tomberont dans des pièges tendus par les sites parodiques, et on demandera à l’École de rendre des comptes lorsqu’ils adhéreront à des théories complotistes.
C’est pourquoi Rachid Zerrouki propose de s’appuyer sur des travaux de chercheurs pour faire travailler nos élèves sur les fake news
“Laurence Corroy par exemple, enseignante-chercheure à l’université de la Sorbonne Nouvelle travaille depuis une quinzaine d’années sur le sujet. Dans Éducation aux médias à l’heure des réseaux (2015), elle dégage trois approches différentes : protectionniste, critique, et politique. La première, née à l’École de Francfort dans les années 40, repose sur la conviction que les publics sont passifs et victimes des médias de masse. Cultiver l’esprit critique consiste donc, si on suit cette approche, à mener les élèves à limiter sinon proscrire leurs temps d’exposition à ces médias. La seconde encourage l’analyse critique du contenu des médias tandis que l’approche politique, quant à elle, amène l’élève à se mettre à la place du journaliste, à suivre le chemin de l’information de sa recherche à sa transmission.”
“Au fond, l’éducation aux médias n’est plus séparable de l’éducation. Et à ce titre, l’École n’a pas d’autres choix que de porter le lourd fardeau du combat contre les fake news en s’inspirant de ce que Célestin Freinet voulait faire d’elle : un lieu où l’éducation à la citoyenneté est une colonne vertébrale autour de laquelle gravitent les disciplines traditionnelles. Cette prise de responsabilité impose aux observateurs d’admettre que le spectre des savoirs et des savoir-faire transmis à l’école est plus important que jamais, et qu’il n’est donc aucunement pertinent de comparer le niveau en dictée des écoliers d’aujourd’hui avec celui de leurs aînées pour conclure à une certaine faillite de l’Ecole.” »

"Projet Voltaire", l’appli d’orthographe aux 5 millions d’utilisateurs
« En dix ans, plus de 5 millions d’utilisateurs ont été séduits par le Projet Voltaire qui dispense des cours d’orthographe en ligne.
Dans le bus, pendant sa pause déjeuner, dans la salle d’attente du médecin, bref, dès qu’elle a un peu de temps libre, Claire plonge le nez dans son smartphone. Une énième intoxiquée à Instagram ? Une utilisatrice compulsive de Twitter ? Une accro à Candy Crush ? Gare aux apparences ! Cette commerciale de 44 ans saisit toutes les occasions pour... peaufiner sa maîtrise du français, grâce à une application spécialisée, payante, appelée "le Projet Voltaire". »
Par Amandine Hirou, dans l’Express.

Une licence universitaire sponsorisée par BNP Paribas fait polémique
“L’université PSL ouvrira, le 6 mars, les inscriptions pour la première licence soutenue par une entreprise, BNP Paribas en l’occurrence. Le mécénat n’est toutefois pas une première dans l’enseignement supérieur.”

Redoublement : Une réhabilitation jugée négative par une nouvelle étude

“Alors que JM Blanquer a invité les chefs d’établissement à recourir pleinement au redoublement, une nouvelle étude belge vient démontrer la nocivité et du redoublement et de la tentative de réhabilitation. Alors que deux articles de Hugues Draelants (Girsef) ont récemment réévalué les effets positifs du redoublement, une nouvelle synthèse dirigée par Benoît Galand, Dominique Lafontaine, Ariane Baye, Dylan Dachet et Christian Monseur (université catholique de Louvain et Université de Liège) apporte un jugement final sans appel. En dehors de la maternelle, le redoublement est une pratique négative aussi bien au niveau d’un système éducatif que pour les individus. Malgré sa popularité, la décision de le réhabiliter freine le recours à une aide efficace pour les élèves.” Voir le texte entier ci-dessous.


Ressources

Dans Les Cahiers des Sciences de l’Éducation N° 38 Le redoublement est inefficace, socialement injuste, et favorise le décrochage scolaire par Benoît Galand.

L’illusion méritocratique, livre de David Guilbaud. Odile Jacob, 2018
présenté par Jean-michel Zakhartchouk qui pose quelques Questions à David Guilbaud sur le site des Cahiers pédagogiques
Bonne lecture
Catherine Rossignol



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Dans la librairie des Cahiers Pédagogiques

Hors-série numérique n° 50 - Le bac, hier et aujourd’hui

septembre 2018
Dans le contexte de la réforme du baccalauréat et de la mise en place des nouvelles procédures d’accès aux études supérieures, ce hors-série revient sur de nombreuses tentatives de réformes plus ou moins fructueuses. Bac + 3, bac - 3, orientation, bac pro… quels leviers pour offrir une école plus démocratique ?

N° 513 - Quelle éducation laïque à la morale ?
Dossier coordonné par Elisabeth Bussienne et Michel Tozzi
mai 2014
Que s’agit-il d’enseigner, pour ce qui ne peut se réduire à une discipline scolaire ? Dans quel objectif, entre pacification des relations et formation du jugement moral ? Qui pour le faire, dans quel cadre ? Bien des questions, et ce dossier ose dès maintenant des réponses, dans la conviction que nous touchons là à un rôle fondamental de l’école.