Accueil > L’actualité vue par le CRAP > Les revues de presse > Revue de presse du lundi 30 mars 2015


JPEG - 26.3 ko

Revue de presse du lundi 30 mars 2015

Conséquences - Extrêmes - Latin (encore !) - Sanctions - En plus


Je m’étais promis de ne faire aucun commentaire sur les élections départementales dans la revue de presse du jour. D’ailleurs que pourrait-on dire du spectacle offert par certains politiques sur les plateaux TV les soirs d’élections ? Personne n’a perdu. Tout le monde a gagné : entre oubli total des bilans antérieurs, déni (pas ni-ni) partiel d’une défaite dans les urnes et montée d’une pensée dont on s’imaginait plus à l’abri... Voici l’école des fans dans une version où les acteurs ne sont pas (plus) des enfants ; où les spectateurs ont de plus en plus de mal à voter pour des idées ; où les spectateurs votent surtout contre des idées.

Et puis me voilà rattrapé par une partie de l’actu du jour.
Il sera donc question des conséquences des départementales sur l’éducation et notamment sur la réforme du collège, d’extrêmes (comment ne pas y faire allusion ?), du latin (oui, je sais... encore !), de sanctions (pour les profs) et de quelques infos en plus à la fin de la revue.


Conséquences

Tard dans la soirée électorale d’hier, Marie-Caroline Missir n’y allait pas par quatre chemins : elle publiait, sur son blog de l’Express, un billet au titre évocateur : "Départementales : la gauche prend une claque, c’est l’école qui trinque". Elle écrit : "il n’est plus permis d’en douter : le rapport de force politique défavorable au gouvernement, cette faille spatio-temporelle qui rend 2017 imminent, le ronron syndical, tout cela a jeté sur le ministère de l’Éducation un voile d’immobilité. La Rue de Grenelle c’est la Belle au Bois Dormant : les années passent, les ronces envahissent le château et rendent impossible l’assaut d’un quelconque sauveur. J’ai sans doute vu trop de Disney, mais je n’ai pas trouvé mieux comme parallèle". Elle va même plus loin : "Une fois de plus, les échéances électorales vont polluer le temps et les enjeux éducatifs. Rappelons que la ministre Najat Vallaud Belkacem a jusqu’au 10 avril pour négocier avec les organisations syndicales une réforme importante, celle du collège que l’on tente en vain de mettre à l’agenda politique depuis 15 ans. Au sein d’un gouvernement affaibli, aura-t-elle une assise suffisante pour imposer sa feuille de route originelle au Snes, le plus radical des syndicats, franchement moins proche du PS que ne l’est l’Unsa ? La réponse est non."

Le site Savoirs & Connaissances fait le point sur la nouvelle mouture de la réforme du collège présentée le 25 mars 2015 et indique qu’elle "continue de ne satisfaire véritablement personne". L’article a le mérite de proposer plusieurs regards syndicaux sur cette nouvelle version. Entre les aménagement déjà consentis (avancées pour les uns et reculs pour les autres) et les revendications syndicales, le "détricotage" annoncé fort justement par Philippe Watrelot dans son bloc-notes du week-end aurait-il déjà commencé ?

Plusieurs articles viennent aussi mettre en lumière les décalages entre discours politique et rigueur budgétaire. En ce qui concerne l’enseignement supérieur, on pouvait lire jeudi dernier sur le site de l’Etudiant que "Bercy cherche à prendre la main sur la politique de l’enseignement supérieur". Camille Stromboni interroge Pierre Mathiot, directeur de Sciences po Lille. Dans cet entretien, Pierre Mathiot affirme : "le pire actuellement, c’est la situation de ‘clair-obscur’ la plus totale dans laquelle on nous laisse. Cela révèle la dégradation de la place de l’enseignement supérieur et de la recherche dans les politiques publiques. J’espère qu’elle n’est que ponctuelle. C’est une trajectoire qui a commencé avec le passage d’un ministère à un secrétariat d’État, puis le non-remplacement de Geneviève Fioraso et la prise en charge du portefeuille par l’Éducation nationale, qui a franchement d’autres chats à fouetter. Résultat : c’est Bercy qui cherche à prendre la main sur la politique de l’enseignement supérieur, selon des critères purement comptables. Le contraste est de plus en plus fort entre le discours rappelant la priorité donnée à la jeunesse et l’éducation de ce gouvernement et la réalité.”

JPEG - 95.7 ko
Bercy lance une OPA sur l’enseignement supérieur et la recherche, par Jean-Marie Olaya

Toujours en ce qui concerne l’enseignement supérieur, on lit sur le site du Monde que les "bourses étudiantes" seront peut-être "bientôt plus sélectives". On y apprend que "le ministère de l’enseignement supérieur et le ministère de l’économie et des finances sont en train de réfléchir à de nouvelles modalités de calcul pour l’attribution des bourses. Une réforme qui permettrait de faire des économies budgétaires et dont l’arbitrage est en cours depuis plusieurs mois déjà. « Aujourd’hui, les barèmes prennent en compte le revenu brut global des familles, explique Alexandre Leroy. Mais Bercy aimerait bien voir cette modalité évoluer pour que ne soit considéré que le revenu fiscal de référence. Un revenu qui ne contient pas uniquement les ressources du salaire mais aussi le patrimoine financier et immobilier. Hors, dans 70 % des familles, le revenu fiscal de référence est plus élevé que le revenu brut global. »"


Extrêmes

Même si beaucoup cherchent à minimiser la portée du vote frontiste en France, il est difficile de nier sa progression. Pour le départementales, il est facile de vérifier que le mode de scrutin masque en partie la réalité.
Les lycéens se mobilisent et publiaient vendredi, entre deux tours, sur le site de Libération, une tribune intitulée : "Les élus lycéens disent non à l’extrémisme". Dans cette tribune, le message est très clair : "Contrairement aux idées reçues, les jeunes peuvent et savent s’engager. En tant qu’élus, nous pensons que l’engagement passe d’abord par les urnes et que la nouvelle génération doit s’approprier les élections pour faire entendre sa voix. Hélas, ce n’est pas le cas de tous puisque aujourd’hui, 61 % des 18-24 ans ne votent pas. Cette abstention peut s’expliquer par un désintérêt, regrettable mais certain, de la chose publique. Néanmoins, elle reflète avant tout le sentiment d’abandon de la classe politique qu’éprouve une certaine partie de la jeunesse aujourd’hui. Mais cet abandon peut parfois amener au choix malheureux de l’extrémisme, qu’il soit religieux ou politique. Tous deux dangereux, ils utilisent la peur et les doutes des peuples pour prendre le pouvoir en véhiculant la haine, ce que nous refusons pour le pays des droits de l’Homme".

A propos d’extrêmes, on pourra lire (ou relire) ce texte de Célestin Freinet, cible de l’extrême droite de son époque, qui constituait l’édito du numéro de L’Éducateur prolétarien d’octobre 1936 cité par Questionsdeclasses.org. Je vous en livre la conclusion : "nous ne comprenons pas davantage les éducateurs qui se passionnent, activement ou plus souvent passivement, hélas ! pour l’action militante, et restent dans leur classe de paisibles conservateurs, craignant la vie et l’élan, redoutant l’apparent désordre de la construction et de l’effort.
Quiconque voit la nécessité de changer la face du monde doit se mettre immédiatement et directement à la besogne et chaque éducateur doit, dans sa classe, (j’ajouterai dans sa famille, dans son quartier, dans son village) rechercher et appliquer les techniques constructives et libératrices qui permettront aux adolescents de demain de continuer l’œuvre nécessaire pour laquelle nous sommes prêts aujourd’hui, nous aussi, à sacrifier notre activité et notre vie. À la période actuelle devrait correspondre un grand renforcement de notre pédagogie.
" Bien qu’à replacer dans son contexte historique, il y a un "je ne sais quoi" de très actuel dans cet écrit.


Latin

Et dire qu’un temps, on nous a accusé de ne pas en causer aux Cahiers pédagogiques...
"L’association représentant les professeurs de latin et de grec sera reçue mardi 31 mars au ministère de l’éducation". Denis Peiron, pour La Croix, précise même que "latin et grec survivront à la réforme du collège".
Il revient sur la chronologie des événements : "Dans sa première version, dévoilée le 11 mars, la réforme du collège prévoyait de supprimer les options latin et grec pour intégrer ces matières dans le cadre d’un des huit « enseignements pratiques interdisciplinaires » (EPI) intitulé « Langues et cultures de l’Antiquité ». Sans surprise, cette disposition a suscité un tollé immédiat dans les rangs des professeurs de lettres anciennes. Mobilisation sur les réseaux sociaux. Pétition signée, selon ses initiateurs, par 16 000 personnes. Et indignation relayée par les syndicats, invités à discuter pendant un mois du projet de refonte du collège". "C’est précisément dans le cadre de ces négociations que le ministère a transmis aux organisations syndicales le 25 mars un document de travail proposant une nouvelle grille horaire dans laquelle latin et grec réapparaissent comme matières à part entière".

De son côté, Claude Lelièvre, sur son blog d’Educpros, nous décrit avec la rigueur et la précision qu’on lui connait, l’enchainement des décisions qui ont mené au "point de non retour".


Sanctions

J’ai relevé deux informations qui concernent les mesures prises à l’encontre d’enseignants dans l’actu de ces derniers jours.
Sur son site personnel, Najat Vallaud Belkacem publie l’entretien qu’elle accordé au Parisien concernant l’affaire du directeur d’école poursuivi pour des viols sur ses élèves. Elle y indique avoir, "avec la ministre de la Justice Christiane Taubira, immédiatement diligenté une enquête administrative conjointe. Elle devra interroger aussi bien le fonctionnement de l’Éducation nationale que de la Justice. On attend de premiers résultats d’ici un mois (...) Les manquements éventuels seront sanctionnés. Et les procédures aménagées pour écarter absolument et définitivement tout risque pour les enfants d’être confrontés en classe à un enseignant condamné parce qu’il est un prédateur sexuel". La ministre fait aussi référence à "une circulaire de la Chancellerie – la plus récente date du 11 janvier dernier – [qui] impose au parquet d’avertir les supérieurs hiérarchiques des fonctionnaires des poursuites et des condamnations prononcées contre eux. Ce texte existe depuis des années. Pourquoi n’a-t-il pas été respecté en 2008, c’est à l’enquête de nous le dire. Cette obligation est essentielle pour permettre à l’Éducation nationale de réagir de façon immédiate par la suspension puis, le cas échéant, la révocation de personnels qui auraient été condamnés pour prédation sexuelle.

Le site Francetvinfo.fr revient sur la sanction prise à l’égard du professeur de philosophie dans un lycée qui avait exprimé des opinions qui avaient choqué certains parents : "La justice l’avait mis hors de cause, mais l’Éducation nationale l’a sanctionné. Un professeur de philosophie de Poitiers (Vienne), mis à pied en janvier après avoir été soupçonné d’apologie du terrorisme en classe, a été muté dans le département voisin des Deux-Sèvres. Une sanction annoncée par le rectorat, vendredi 27 mars". Le professeur déclare ne pas comprendre la décision et la vit comme un acharnement. On notera que les services du Rectorat n’ont pas été interrogés sur cette sanction peu courante mais appliquée, parfois aussi, pour protéger un fonctionnaire mis en cause.


Cette revue étant déjà bien chargée, je ne vais pas trop en ajouter.

Je ne résiste cependant pas à l’envie de mentionner cet article du Monde intitulé : "les religions expliquées aux enfants". L’expérience est intéressante et ça me permet de glisser ce dessin bien trouvé de JiMo :

JPEG - 72.7 ko
Les fêtes religieuses expliquées aux enfants, par Jean-Marie Olaya

Parmi les faits peu importants qui peuvent agiter la toile, il y a ce livre d’un enseignant de Wormhout, Stéphane Furina, qui dénonce les pratiques de ces collègues : "Pire que les élèves".
Monsieur Samovar lui répond avec "bienveillance" et humour sur son blog. On s’éloigne de l’anecdote et de la caricature.

Enfin, @sacrecharlemagn publie son petit lexique des pédagogues. C’est frais, c’est léger. C’est pour détendre l’atmosphère un peu pesante de ces derniers jours.

Demain, vous retrouverez Laurent Fillion aux manettes de la revue de presse.

Pascal Thomas


JPEG - 20.3 ko

Dans la librairie des Cahiers Pédagogiques

La démocratie dans l’école
Revue n°433 - avril 2005

Ce dossier nous invite à nous interroger sur la manière dont les valeurs de la démocratie sont en œuvre dans la démarche d’apprentissage. On verra que, s’il faut se garder de laisser croire que la relation pédagogique est soumise aux règles de la démocratie, c’est la parole et l’esprit critique qui permettent à l’élève de se confronter au savoir, de se l’approprier et de devenir citoyen.

La laïcité à l’école aujourd’hui
Revue n°431 - mars 2007

Ce dossier affirme que l’école laïque doit à la fois faire vivre ensemble tout un monde de différences sans pour autant que chacun abdique ses valeurs essentielles, et travailler la capacité des élèves à distinguer le croire et le savoir, à développer une approche rationnelle du monde.