Accueil > L’actualité vue par le CRAP > Les revues de presse > Revue de presse du lundi 3 novembre


JPEG - 26.3 ko

Revue de presse du lundi 3 novembre

IEP qui pleure - IEP qui rit - MOOC et Internet - Origine sociale des enseignants - Numen


Au retour des vacances, l’actualité éducative est essentiellement tournée vers l’enseignement supérieur, dont beaucoup d’organismes, eux, n’étaient pas (ou plus) en vacances ces dernières semaines. Les IEP, notamment, ont les honneurs de la presse en ce début de semaine. Nous ferons par ailleurs un très intéressant détour par la recherche universitaire en matière de sociologie des enseignants.


Les IEP au coeur de l’actualité

Rien ne va plus dans l’antenne aixoise de Sciences Po. A en croire Le Monde de ce week-end (le directeur de l’IEP d’Aix poussé vers la sortie), le directeur de l’établissement, Christian Duval, serait sur un siège éjectable : "Le maintien de Christian Duval à la tête de l’Institut d’études politiques (IEP) d’Aix-en-Provence apparaît de moins en moins probable" nous explique le quotidien du soir. En cause ? la politique de partenariats tous azimuts menés par cet IEP. Titrant Sciences Po Aix en pleine crise, Le figaro détaille les griefs faits à l’établissement par ses étudiants, et désormais également par ses partenaires du réseau des IEP "de Province" (si tant est que Saint-Germain en Laye soit en province !) : "Multiples partenariats avec des organismes de formation privés en France, mais aussi à l’étranger où seraient implantés des « Sciences Po île Maurice », « Arménie », « Réunion », « Chine »… Le master « management de l’information stratégique » (MIS) - l’une des 14 spécialités proposées en 2e année de master à Sciences Po Aix - a visiblement été mis à toutes les sauces. Des opérations rentables, qui interrogent à la fois sur la qualité de ces diplômes « externalisés » et l’utilisation du label « Sciences Po », commun au réseau des IEP de province". C’est désormais, selon Le Monde, l’appartenance de l’IEP d’aix à ce fameux concours commun qui serait en jeu, non sans conséquences fâcheuses sur ses étudiants. "Une sortie du concours commun « serait une catastrophe pour les étudiants  », s’inquiète Deborah Malzac, élue étudiante au conseil d’administration, qui suit le dossier depuis un an [...] Les responsables du réseau des IEP de province se sont fixé une date butoir, le 10 novembre – soit quelques jours avant le Salon des grandes écoles – pour trancher. « Notre objectif est de préserver l’intérêt des étudiants et du réseau, ainsi que l’image de Sciences Po, gravement atteinte dans cette affaire », explique Pierre Mathiot, directeur de l’IEP de Lille. En clair, l’exclusion de l’IEP d’Aix du concours commun est peu probable, car préjudiciable à tout le réseau.
La solution serait plutôt la démission, si possible volontaire, de Christian Duval, pour l’heure toujours soutenu par des membres éminents du conseil d’administration, comme sa présidente, la directrice du FMI Christine Lagarde, et Patrick Ollier, député (UMP) des Hauts-de-Seine
". Avec de tels soutiens, nul doute en effet que monsieur Duval peut envisager à moyen terme de faire ses cartons.

L’IEP de Lille et son directeur, Pierre Mathiot, on également ce week-end les honneurs du Monde, mais de façon nettement plus glorieuse. Dans un article intitulé A l’IEP de Lille, prépa gratuite pour lycéens méritants, Maryline Baumard présente une expérience déjà ancienne, qui s’inscrit dans la droite ligne des Cordées de la réussite (initiées à l’origine par l’ESSEC) ou des partinariats de Sciences Po Paris avec les lycées de banlieue. "Quand elle saisit le micro, ses mains tremblent et ses joues virent au cramoisi. Poser une question à une sociologue devant 220 lycéens inconnus… Un vrai challenge, rendu plus difficile à relever par la solennité du lieu. «  C’est impressionnant de se retrouver dans l’amphithéâtre de Sciences Po Lille, une grande école que j’aurais pas imaginé connaître il y a encore un an  », souligne une de ses voisines. Pourtant, les deux élèves s’y trouvent bel et bien, trois jours durant, pendant cette semaine de Toussaint, pour se familiariser avec l’enseignement supérieur [...] Tenter d’acquérir une once d’aisance, naturelle dans certains milieux sociaux, mais qu’aucune fée n’a déposée au pied de leur berceau à eux. C’est l’esprit du stage offert par l’Institut d’études politiques (IEP) de Lille à ces lycéens prometteurs, dont 8 sur 10 sont boursiers et qui n’auraient jamais pu s’offrir une prépa privée. L’initiative compte parmi les dispositifs d’égalité des chances les plus larges et les plus intéressants de France. Un article qui vaut vraiment le temps de s’y arrêter, tant il est à rebrousse poil des idées reçues à la fois sur les IEP et sur les jeunes qui, jusqu’à il a peu, n’avaient pas ce genre d’établissement comme horizon scolaire. Espérons désormais qu’une fois hissés dans la société , ces jeunes sauront se rappeler d’où ils viennent, et ce qu’ils doivent à l’école publique.


Le numérique dans l’enseignement supérieur : l’avenir est dans les MOOC

Dans L’Express de ce matin, Emmanuel Davidenkoff consacre à chronique à La Révolution MOOC, et se veut résolument optimiste sur ce dossier. Un an après son lancement en grande pompe gouvernementale, que reste-t-il de France université numérique (FUN), la plateforme française de Mooc (massive open online courses) ? On nous annonçait alors que ces cours massifs gratuits en ligne allaient révolutionner l’enseignement supérieur en permettant aux étudiants de suivre des formations à la carte et de faire valoir ces connaissances sur le marché de l’emploi : est-ce le cas ?

Le résultat paraît modeste. Quelques dizaines de cours ont été mis en ligne, qui attirent en majorité un public adulte et non des étudiants. Quant aux établissements qui les intègrent à leurs cursus, ils se comptent sur les doigts d’une main. Fermez le ban ? Pas forcément [...] Que l’Etat ait choisi, en France, de lancer cette conversation en créant une plateforme de Mooc, posant les bases d’une réponse en termes d’intérêt public, est une bonne nouvelle. L’histoire du numérique dans l’enseignement ne fait que commencer. Il est normal qu’elle balbutie".

Mais en matière de nouvelles technologies, les américains auront toujours un temps d’avance. Ainsi, l’université de Pennsylvanie dont L’Express, à nouveau, nous apprend qu’elle met en place des cours pour "perdre son temps sur Internet". En substance, ce module de trois heures hebdomadaires, tout à fait sérieux, sera destiné à montrer comment le temps perdu sur Internet (réseaux sociaux, tchat, achats en ligne) peut être une forme d’enrichissement. Très scientifique, cet enseignement qui se définit comme "académique" nécessitera de la part des étudiants qui le suivront une réelle capacité à analyser, par des protocoles rigoureux, la façon dont le temps perdu peut en réalité apporter des compétences inattendues. Une forme de procrastination 2.0 qui ne déplaira sans doute pas à tout le monde dans l’équipe de la Revue de presse !


L’origine sociale des enseignants : une donnée majeure pour cerner l’approche du métier

On s’en doutait, une thèse de sociologie vient le confirmer : les enseignants issus de l’immigration n’ont pas le même rapport à leur métier que les enseignants d’origine française. Ou plus exactement, ils ne lui assignent pas tout à fait les même finalités. Pascale Audebert l’établit en comparant les motivations de 10 enseignants "issus de l’immigration" et de 10 enseignants "d’origine française". Sa thèse fait ce matin l’objet d’un article de la revue en ligne touteduc (abonnés uniquement) : les enseignants issus de l’immigration davantage désireux de préparer leurs élèves au vivre-ensemble. "Plus souvent que leurs pairs d’origine française, ils ont choisi l’enseignement par vocation et ils y ont vu une promotion sociale importante. Ils ont également eu plus souvent "des expériences professionnelles d’activités para-éducatives ou d’enseignement avant d’intégrer l’IUFM". "Leur motivation professionnelle principale est la dimension utilité sociale du métier d’enseignant" : "leur fonction ne consiste pas seulement à transmettre aux élèves des savoirs et des connaissances, mais aussi à leur permettre d’intérioriser des savoir-être", ils "valorisent le fait d’apprendre à vivre ensemble et de préparer les élèves à devenir des citoyens responsables", ils "s’investissent particulièrement dans les relations avec les parents d’élèves". Leurs pairs d’origine française mettent plus volontiers l’accent "sur le savoir-faire pédagogique, la transmission de savoirs et de connaissances et le développement cognitif des élèves".
Il y a fort à parier que les mêmes conclusions se retrouveraient si l’étude portait sur des enseignants issus de milieux sociaux défavorisés, quelle que soit leur origine de nationalité. La thèse de Pascale Audebert, soutenue au CNAM, est très prometteuse pour qui a le temps de se pencher sur des travaux de cette nature. Elle est accessible grâce au site de l’OZP (Observatoire des Zones Prioritaires), qui la met en ligne sur cette page.


Il n’y a pas de petites victoires

On ne le dira jamais assez, les professeurs ont des conditions de travail souvent très pénibles. Aussi, l’exploit de ce professeur relaté par Edukactu le 21 avril dernier est-il tout à fait remarquable : un professeur parvient à mémoriser son Numen. La performance est d’autant plus notable qu’"il est peu utilisé. Un aspect que confirme Anne-Marie, professeure des écoles « On s’en sert tellement rarement que je dois le reporter tous les ans dans mon agenda  » Ils seraient ainsi des milliers à préférer écrire leur code personnel plutôt que d’essayer de le retenir.

Je vous souhaite une agréable lecture, notamment à tous ceux, je les vois, qui ont interrompu cette revue pour aller rechercher leur Numen dans leur agenda de l’année dernière.

Lionel Jeanjeau


JPEG - 20.3 ko

Dans la librairie des Cahiers Pédagogiques

Devenir lecteur
Revue n°516 - novembre 2014
Allons au-delà des controverses stériles et caricaturales : lire est une compétence complexe, apprendre à lire peut passer par bien des chemins, prend bien du temps, jusqu’à faire des élèves des lecteurs capables de comprendre et d’interpréter des textes de tous les genres, pour découvrir le monde comme les plaisirs esthétiques de la littérature

Mieux apprendre avec la coopération
Revue n°505 - mai 2013

Lorsque deux enfants, deux élèves ou deux adultes coopèrent, ils apprennent au travers des échanges. En même temps, ils se construisent des valeurs humanistes telles que la solidarité, le partage, le respect. Des témoignages pédagogiques, des repères précis pour oser l’aventure, dépasser les embûches.