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Revue de presse du lundi 26 janvier 2015

Autorité - Mixité - Enseignements - Brèves


La victoire de Syriza aux élections législatives en Grèce occupe tout naturellement l’espace médiatique du jour. Pourtant, en cherchant un peu, on trouve encore de nombreuses réactions aux annonces du gouvernement et de la ministre pour l’éducation, l’autorité et la laïcité.

Autorité

Vendredi, on pouvait lire sur Francetvinfo.fr que Najat Vallaud-Belkacem souhaitait "rétablir l’autorité des maîtres et les rites républicains". La question de l’autorité reste sensible. Il suffit d’ailleurs souvent d’associer les termes "autorité" et "bienveillance" pour passer pour un dangereux démagogue.
Dans Le Point.fr, Michel Serres apporte un point de vue très intéressant. Il estime, en effet, que "la morale humaine augmente la valeur de l’autorité. Celui qui a autorité sur moi doit augmenter mes connaissances, mon bonheur, mon travail, ma sécurité, il a une fonction de croissance. La véritable autorité est celle qui grandit l’autre". Il explique comment les nouveaux moyens de communication viennent perturber les fonctionnements antérieurs : "Aujourd’hui, pour peu qu’il ait consulté un bon site, l’étudiant, le patient, le consommateur, ou même l’enfant peut en savoir autant sur le sujet traité que le maître, le médecin, le directeur, le journaliste ou l’élu. Nous disons que l’autorité est en crise parce que nous passons d’une société hiérarchique, verticale, à une société plus transversale, notamment grâce aux réseaux comme Internet. Tout ne coule plus du haut vers le bas, de celui qui sait vers l’ignorant. Les relations parent-enfant, maître-élève, État-citoyen... sont à reconstruire (...) Désormais, la seule autorité qui peut s’imposer est fondée sur la compétence".
En matière d’autorité toujours, les chefs d’établissement sont souvent en première ligne pour décider des mesures et des sanctions à prendre. Dans l’éventail des sanctions disciplinaires, seul le conseil de discipline peut prononcer l’exclusion définitive d’un élève. Cette décision intervient suite à des faits graves comme cet exemple cité dans le Monde.fr ou sur France Info. "Les trois lycéens de Châteauroux soupçonnés d’avoir violemment agressé un de leurs camarades qui avait pris fait et cause pour Charlie Hebdo sur Facebook après la fusillade du 7 janvier ont été exclus définitivement de l’établissement. Cette décision a été prise, vendredi 23 janvier, à l’issue d’un long conseil de discipline au sein du lycée technique et professionnel Blaise-Pascal".
De son côté, le quotidien de la Vienne, Centre Presse, mentionne la suspension, à titre conservatoire, d’un enseignant de philosophie du lycée Victor Hugo de Poitiers "pour avoir perturbé la minute de silence". La décision prise par le recteur est grave et assez rare pour être soulignée. Rappelons qu’une mesure conservatoire n’est pas une sanction disciplinaire. Elle vise à écarter l’agent du service pour une durée maximale de quatre mois et ne présume pas des suites données sur le plan disciplinaire.
Sandrine Chesnel de l’Express.fr revient, quant à elle, sur l’une des mesures disciplinaires que Najat Vallaud-Belkacem souhaiterait voir plus souvent appliquée : la mesure de réparation et de responsabilisation des élèves. Selon l’auteur, "la mesure de responsabilisation, c’est un peu la Haute-Couture de la sanction. Il s’agit de créer pour l’élève sanctionné une activité "sur-mesures", en dehors de ses heures de cours. Une activité à la fois contraignante, pour garder son caractère de sanction, mais aussi éducative, pour lui permettre de réfléchir sur la portée et les conséquences de ses actes". Si cette mesure parait très éducative, elle n’en reste pas moins difficile à mettre en œuvre comme en témoigne un principal du Nord dans cet article : "Sans un tissu associatif local riche, ou un maire concerné par ces questions, il peut être compliqué de trouver des interlocuteurs aptes et motivés pour recevoir un jeune en rupture".

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Le dessin de Geneviève Brassaud

Mixité

Parmi les mesures annoncées par le gouvernement, la réforme de la carte scolaire annoncée fait débat. Najat Vallaud-Belkacem a déjà affirmé sa volonté de favoriser la mixité sociale dans les collèges. Pour Marie-Estelle Pech du Figaro, la ministre a "compris que la question de la mixité sociale était la réforme sur laquelle l’attendaient tous les syndicats d’enseignants. Bien plus que sur ses incantations symboliques sur La Marseillaise ou sur le renforcement des cours d’instruction civique". Dans le même article, l’auteur cite Philippe Tournier du SNPDEN  : "Il faut arrêter de privilégier la proximité du domicile familial. Les élèves peuvent et doivent pouvoir se déplacer. Sinon, on les assigne définitivement à la ghettoïsation". Philippe Tournier donne "comme exemple le « busing », une organisation du transport scolaire déjà testée en France, après les émeutes de 2005. Il s’agissait d’extraire les élèves d’établissements ghettos, grâce à des cars de ramassage scolaires, et à les inscrire dans d’autres écoles de leur commune".
De ghettos, il est aussi question sur le site du Jdd.fr : "L’ancien maire d’Evry évalue entre 50 et 100 le nombre de quartiers-ghettos "où la pauvreté, l’insécurité et l’échec scolaire s’accumulent". "Des poudrières sociales" contre lesquels Manuel Valls veut lutter avec "la mise en place d’une politique de peuplement". Avec le titre "cette carte des 64 ghettos de France qui n’existe pas", le JDD publie une carte de 38 villes et 64 quartiers des secteurs sensibles.
Sur son blog, Claude Lelièvre revient sur l’article du 23 janvier 2015 de Lucie Delaporte sur Mediapart.fr intitulé "Après les attentats, le plan pour l’école néglige l’essentiel" réservé aux abonnés. Il y oppose le point de vue de la journaliste à celui de François Jarraud du Café pédagogique sur la question de la priorité donnée en faveur de la mixité sociale.
Claude Lelièvre rappelle le décret n° 2014-800 du 15 juillet 2014 et cite François Jarraud : "En clair, dans les départements où ce choix aura été fait, les parents ne pourront plus demander un collège précis mais un secteur où il y aura au moins 2 collèges. C’est donc le dasen qui affectera les élèves dans les établissements. Et il pourra le faire avec un souci de mixité sociale. Sa circulaire d’application est parue. Mais il faudra du courage politique aux élus locaux pour prendre la responsabilité de les appliquer"
Toujours sur cette thématique de la mixité, le Conseil national de l’évaluation du système scolaire (CNESCO) publie une étude intitulée "Ecole, immigration et mixité sociale et ethnique". sur le site de l’Esen on peut lire que "cette étude montre, à partir des résultats de recherche, que les résultats scolaires des élèves issus de l’immigration se sont dégradés durant la dernière décennie (...). Les filles issues de l’immigration réussissent cependant mieux que leurs alter-egos garçons. Un sentiment d’injustice dans l’univers scolaire est plus marqué chez les enfants issus de l’immigration notamment en matière d’orientation".


Enseignements

La consultation sur le futur enseignement moral et civique se déroule actuellement.
On peut lire sur l’Humanité.fr que "la philosophe Marie-Claude Blais a participé à l’élaboration du futur programme d’enseignement « moral 
et civique », dont elle défend une vision progressiste. La société tout entière doit relever le défi, insiste-t-elle". Dans cet article, elle présente divers contours de cet enseignement moral et civique et revient notamment sur la nécessité de développer l’esprit critique des élèves mais aussi sur leur capacité à discriminer le vrai du faux comme "un enjeu très fort face aux «  vérités  » diffusées sans garde-fous sur les réseaux sociaux".
"Comment penser l’enseignement du fait religieux à l’école ?" peut-on lire sur le site de La Croix. Dans cet article, il est rappelé "qu’un récent rapport sénatorial portant sur la lutte contre les discriminations préconisait de faire du fait religieux une matière d’enseignement à part entière". L’auteur précise quand même que "l’idée de créer une discipline autonome rencontre toutefois peu d’adhésion dans l’Éducation nationale". L’enseignement du fait religieux intégré à différentes disciplines repose l’épineuse question de la formation des professeurs déjà évoquée à plusieurs reprises la semaine dernière.

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Le dessin de Jean-Marie Olaya

Sur la question des enseignements, François Jarraud du Café pédagogique a recueilli les propos d’Alain Boissinot, ancien recteur et président du CSP, et pose la question en ces termes "Peut-on toucher aux disciplines". Il y remet en cause ce qu’il appelle "le fixisme disciplinaire, c’est à dire considérer qu’elles sont définies une fois pour toutes et qu’elles ne doivent plus évoluer". Il va plus loin en affirmant "qu’en se spécialisant les disciplines laissent échapper des champs savants et on invente des disciplines nouvelles pour les traiter. C’est dramatique. L’ECJS est née des carences du français, des SES, de la philosophie. Le futur EMC c’est un peu pareil. Agir ainsi c’est une forme d’échec d’un système éducatif qui n’arrive pas à gérer les évolutions nécessaires. Cela aboutit à l’inflation des horaires qui ne sont plus raisonnables".
L’outil numérique joue aussi un rôle de plus en plus important dans l’enseignement. La vidéo postée sur Dailymotion par les profs du collège Albert Samain de Roubaix montre un exemple de Fablab à travers les témoignages des élèves.
Dans le même ordre d’idée, j’ai trouvé amusant cet article sur Educavox intitulé "Enseigner en 2035". On y insiste sur le travail collaboratif et sur "la culture du partage" et on y présente "la collaboration entre les élèves de deux classes de troisième et des enseignants de cinq disciplines a abouti à la création d’un livre multimédia intitulé Les amis de papier, retraçant une correspondance imaginaire entre un poilu et sa marraine de guerre. Apprendre ensemble, c’est donc aussi enseigner ensemble : la collaboration entre enseignants, le partage et la mutualisation de projets, d’idées, semblent être une réponse possible aux questions et aux incertitudes soulevées par le numérique".

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Le dessin de Jean-Marie Olaya

Brèves

Vous rêvez de devenir professeur des écoles ? Alors voici une bonne nouvelle pour vous : on pouvait lire ce midi sur le site de L’Express que "le ministère de l’Education nationale" venait "d’annoncer, via le Journal Officiel, l’ouverture d’une session supplémentaire de recrutement en mai prochain. 500 postes sont à pourvoir dans l’académie de Créteil.
Dans le détail, les inscriptions au concours sont ouvertes dès le mardi 3 février à 12h et jusqu’au mardi 3 mars à 17h. Elles peuvent se faire en ligne, ou par papier"
.
Dans les autres annonces du jour, on apprend par Les Echos que "la mesure de suspension générale relative aux activités exceptionnelles, déplacements, excursions, sorties culturelles, voyages en France et à l’étranger est assouplie. Mais la direction de l’académie laissait à chaque directeur d’établissement le soin de juger « avec discernement » d’autoriser ou non les sorties". Le chef d’établissement se trouve là encore en première ligne.

Pascal Thomas


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Dans la librairie des Cahiers Pédagogiques

Une petite sélection pour mettre en place un parcours citoyen (mesure n°3)

Éduquer à la citoyenneté. Construire des compétences sociales et civiques
Laurent Fillion, collection Repères pour agir, Scéren-CNDP et CRAP-Cahiers pédagogiques, 2012.
Comment offrir aux élèves un parcours qui mobilise les valeurs, pratiques civiques et comportements sociaux ? Quelles actions mener pour favoriser leur participation à la vie sociale et professionnelle ?
Comment évaluer ensuite ces compétences si particulières ?
Cet ouvrage rassemble des propositions très diverses, basées sur des situations expérimentées en classe. Toutes visent les mêmes objectifs : aider les élèves à vivre en société et construire de futurs citoyens. Enseignants, éducateurs et chercheurs témoignent et livrent leur point de vue sur la mise en place de cette compétence emblématique du socle commun.
Avec un chapitre d’actualité : comment éduquer à une « morale laïque » sans faire de leçons de morale !
Préface de François Audigier
Interpellations de Bernard Rey : comment évaluer ces compétences ?

Travailler sur la presse écrite à l’école
Hors-série n°15 - decembre 2008

La presse écrite a-t-elle encore sa place dans la société ? Comment travailler avec la presse, en comprendre les langages, contribue-t-il effectivement à former l’esprit critique ?

Faire vivre une morale laïque
Hors-série n°30 - avril 2013
Publication disponible uniquement au format numérique (PDF - epub), en téléchargement depuis notre site.
Une compilation d’articles parus ces dernières années sur l’éducation à la citoyenneté, le droit, la laïcité, les débats et les « questions sensibles » à l’école , en contribution à la réflexion en cours sur une « morale laïque ».

L’actualité du monde et la classe
Revue n°434 - mai 2005
Ce dossier interroge toutes les facettes de la problématique en donnant la parole aussi bien à des théoriciens de l’image qu’à des enseignants qui analysent comment ils prennent en compte l’actualité dans la classe.

Débattre en classe
Revue n°401 - fevrier 2002
Pourquoi débattre en classe ? Comment le faire ? Ce dossier montre les liens entre le débat et la démocratie, défend l’idée que débattre s’apprend et que cet apprentissage doit se faire dès l’école.

Esprit critique, es-tu là ?
Revue n°386 - septembre 2000
Comment s’y prend-on pour favoriser l’émergence de l’esprit critique chez les élèves ? Comment l’esprit critique convoque-t-il, transversalement, les savoirs pour porter un regard averti sur le monde d’aujourd’hui ? Ce dossier aborde aussi bien des aspects théoriques, politiques que pédagogiques.