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Revue de presse du lundi 24 novembre

Pédagogies alternatives - décrochage - apprentissage - élèves "moyens" - gaffe


La presse de ce lundi nous conduit une nouvelle fois sur la piste du décrochage, mais revient aussi sur les pédagogies alternatives et les élèves. Peu de choses par ailleurs, ce qui nous permet un petit retour sur une sorte de fixation passagère : le sort des élèves moyens.

Pédagogies alternatives

Madame Figaro découvre à son tour les pédagogies alternatives. Revue de détail dans un article intitulé Montessori, Steiner, Freinet : le boom des écoles alternatives. "Rythme scolaire et système de notes inadaptés, baisse de niveau, problèmes de discipline, formations insuffisantes, concurrence anxiogène, créativité ignorée… L’école de la République ne fait plus rêver. Parmi les choix possibles : faire la classe à la maison ou inscrire Junior dans un établissement alternatif [...] Montessori, Freinet, Steiner, Decroly… L’Hexagone compte 352 écoles et 1457 collèges engagés dans des démarches d’innovation ou d’expérimentation (1) et accompagnés par le ministère de l’Éducation nationale. Il est assez amusant de constater à quel point la presse est prompte à changer son point de vue dominant. Car de façon un peu surprenante, vous apprendrez à la fin de cet article qu’on peut réussir à devenir architecte même "sans passer par les bancs de Freinet". La pédagogie Freinet comme pédagogie de référence dans Le Figaro ? J’en connais, du côté de l’ICEM, qui n’ont pas fini de s’étrangler !

C’est à une autre forme de "pédagogie alternative" que s’attache Maryline Baumard dans son édito du Monde en s’intéressant aux Maîtres d’œuvre de l’école du futur. "Les 900 000 enseignants français avancent. Ils savent bien que le modèle, qui s’est massifié mais n’a pas vraiment changé de visage depuis plus d’un siècle, vit ses dernières heures. Ils mesurent chaque jour que le travail en classe, conception jésuite plus économique que pédagogique, va faire sa mue. Les MOOC, ces massive open online courses, ne demandent qu’à bousculer les méthodes classiques d’enseignement. Nous adorerions adhérer à ça. Mais n’est-ce pas quand même un peu de la méthode coué, Maryline ? Faisons donc le pari que non ...

Dernier exemple de ce "brain storming" innovateur qui semble gagner la presse, toute tendance confondues : l’évaluation fait l’objet d’un édito dans Les Echos, sobrement intitulé Une école sans notes ?. Un article que l’on attendrait à charge, mais qui ne l’est pas, bien au contraire. "Le problème est que toute évaluation suppose une échelle et implique la comparaison, sinon le classement. Existe-t-il des solutions intermédiaires ? Certaines sont proposées ou expérimentées par des équipes pédagogiques innovantes (voir le site de la conférence sur l’évaluation) : il s’agirait, par exemple, de faire durer les moments d’entraînement (sans notation) jusqu’à ce que l’élève soit prêt pour l’évaluation ; ou d’accorder un brevet pour chaque étape franchie avec succès, le nombre des brevets témoignant des progrès accomplis. Le débat, en tout cas, ne fait que commencer. On aurait tort de n’y voir qu’une nouvelle occasion de couper les cheveux en quatre : en matière d’éducation, le diable est dans les détails".


Décrochage

Pour ceux qui n’auraient pas encore tout retenu, cession de rattrapage dans Les Echos (Des fonds européens pour lutter contre le décrochage scolaire), mais aussi dans L’Humanité, La Croix ou Le Monde.

Annoncé lors d’un déplacement dans le Nord-Pas-de-Calais vendredi, le plan de lutte contre le décrochage scolaire suscite des réactions mitigées du côté des acteurs de l’éducation nationale.". C’est pour le moins dans la demi-mesure que s’enthousiasme L’Humanité dans son article consacré à l’annonce du plan contre le décrochage scolaire, vendredi (voir la revue de presse de vendredi et le bloc note de la semaine passée).
Dans un tout autre style, La Croix propose un article intéressant sur un aspect peu traité ce week-end dans la grande presse nationale : Le décrochage scolaire s’accentue en milieu rural titre en effet le quotidien catholique. Au travers d’un exemple précis en Sarthe du Sud, on découvre ici le quotidien de ces décrocheurs ruraux, qu’une Mission Locale tente courageusement de raccrocher.

Le Monde aborde la question sous un angle un peu différent, celui de la localisation du risque de décrochage. Décrochage scolaire : les cursus et classes à risque. "Le profil qui présente le plus de risques de décrochage ? Un élève qui a déjà des difficultés scolaires à l’entrée en 6e puis redouble au moins une fois au collège [...] On rencontre aussi des profils plus atypiques chez les décrocheurs , tels ces 11 % qui étaient de bons élèves à l’entrée en 6e. Beaucoup ont préparé un baccalauréat général ou technologique, et n’ont quitté l’école qu’en classe de terminale, à la suite d’un événement difficile : problèmes de santé (un cinquième), séparation de leurs parents (un quart), maladie grave ou décès de ceux-ci (un quart)... Les filles représentent 52 % des jeunes de ce profil, contre 40 % de l’ensemble des décrocheurs.


Divers

La tendance est à la valorisation des élèves "moyens", ce qui n’est pas pour déplaire. Le Figaro s’en est même fait une spécialité depuis quelques jours. Vous retrouverez une défense et illustration des moyens, des "médiocres", au sens étymologique du terme (devenu horrible dans son acception courante) ici, ou encore .

L’école est-elle libre ? Pas partout, à en croire la FCPE et cet article, que l’on trouve curieusement dans La Croix : La FCPE dénonce l’absence d’écoles publiques dans de nombreuses communes. "D’un côté, « l’insuffisance » des moyens accordés à l’école de la République. De l’autre, un « détournement de fonds publics » (sic) au profit de l’enseignement privé. C’est en ces termes que la FCPE a dénoncé, lundi 24 novembre, le fait que les établissements privés sous contrat d’association avec l’État jouissent d’un monopole dans nombre de communes. Il est devenu « impossible pour les parents de défendre l’école publique, laïque et gratuite », affirme la première fédération de parents d’élèves.

« Les familles qui tiennent à ce que leurs enfants fréquentent l’école publique sont souvent obligées de leur infliger trente ou quarante-cinq minutes de déplacement », déplore Claire Herlic, présidente FCPE dans le Morbihan, où 52 communes ne proposent pas d’alternative à l’école catholique. Tout comme 72 villes ou villages d’Ille-et-Vilaine et 34 dans le Finistère". Un débat fondamental, mais qu’on imagine mal le ministère rouvrir ces prochains mois !

Enfin, terminons par une initiative pour le moins maladroite de l’équipe mobile se sécurité (selon Médiapart) de l’académie de Poitiers. Vienne : une circulaire du rectorat sur la radicalisation religieuse critiquée. "Une circulaire du rectorat de l’académie de Poitiers visant à aider les enseignants à détecter les élèves en phase de radicalisation religieuse est critiquée par des syndicats qui y voient au mieux une « maladresse », au pire du « racisme », seul l’islam étant visé.
Dans ce document de 14 pages, intitulé « Prévention de la radicalisation en milieu scolaire » et révélé par le site d’information Mediapart, les enseignants sont appelés à prendre en compte plusieurs critères. Parmi ceux-là figurent une « barbe longue non taillée (moustache rasée) », des « cheveux rasés », un « habillement musulman », le « refus du tatouage », une « perte de poids liée à des jeûnes fréquents »
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Bonne lecture à tous, et au plaisir de retrouver demain la revue de Bernard Desclaux

Lionel Jeanjeau