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Revue de presse du lundi 22 septembre

Flottements - avancées - reculades - apprentissage


Entre flottements institutionnels, avancées sur le terrain et reculades dans la réflexion, l’école est décidément à la croisée des chemins, même à l’échelle de l’actualité d’une seule journée.
Et même l’apprentissage, dont la revalorisation pourrait faire consensus, pose questions.


Flottements

Egalité filles-garçons, le ministère prend son temps pour concrétiser son plan. Le Monde nous apprend que le plan d’action en faveur de l’égalité entre filles et garçons, initialement prévu à la rentrée, sera finalement prêt en novembre. "Ses principaux volets – ressources, formation des enseignants et information aux parents – avaient été dévoilés avant l’été. Depuis, Najat Vallaud-Belkacem, qui avait fait de l’expérimentation polémique l’une de ses priorités en tant que ministre des droits des femmes, semble jouer la prudence. Il faut dire que les lobbys traditionalistes ne l’ont pas épargnée, en l’accusant d’être l’«  égérie de la théorie du genre » ".

Farida Belghoul poursuivie par son recteur, tous les profs touchés ?. Puisque c’est d’elle qu’il était question dans l’article précédent, précisons que l’annonce par le rectorat de Versailles d’une procédure discplinaire à l’encontre de Farida Belghoul a suscité une certaine effervescence sur les réseaux sociaux ce week-end. Le Café pédagogique reprend cette information et la replace dans un contexte plus large, celui de la liberté d’expression des personnels de l’éducation nationale. Sujet qui ne laisse pas insensibles les Cahiers pédagogiques dont la grande majorité des rédacteurs de la revue de presse sont par ailleurs blogueurs. Dans l’article, François Jarraud, se montre assez négatif, et n’oublie pas au passage de lancer quelques piques à une hiérarchie qui va à nouveau se demander ce qu’elle vient faire là : "Finalement le choix de la poursuite administrative fait peser un risque qui va bien au-delà de F. Belghoul. Il pourrait aboutir à une nouvelle jurisprudence défavorable aux nombreux enseignants qui animent un blog et renforcer le caporalisme déjà trop présent dans l’Education nationale".
Fallait-il, dès lors et par suspicion systématique, laisser les intégristes insulter la ministre et répandre leur venin ? Chacun jugera. Et chacun, en bonne rigueur, attendra surtout la décision du rectorat de Versailles avant de commenter une décision qui n’est pas encore prise.

Autre sujet sur lequel l’institution semble un peu velléitaire : les accompagnantes voilées des sorties scolaires. Sorties scolaires : des décisions au cas par cas pour les mères voilées. Reportage dérangeant d’Aurélie Colas dans Le Monde. "En Seine-Saint-Denis, comme ailleurs, la situation est kafkaïenne : chaque école fait comme elle l’entend. Ici, on invoque tel règlement, là, telle loi ou telle circulaire. Si bien qu’au Blanc-Mesnil, 28 écoles – sur 33 – interdisent aux mères voilées d’accompagner les sorties scolaires. A Aulnay-sous-Bois, toutes les écoles les acceptent ; à Montreuil, 3 les refusent". C’est au terrain, le plus souvent, de se débrouiller, et il en va de même dans le second degré. "Ce flou a conduit le SNPDEN, principal syndicat des chefs d’établissement, à exiger des directives précises : « Nous n’apprécions pas la façon dont les responsables politiques fuient la question pour ne pas faire de vagues. Les établissements n’ont pas à prendre des décisions qui ne leur appartiennent pas », s’agace Philippe Tournier, son secrétaire général".


Ceux qui avancent, et les autres

Ce midi, Jean-Michel Blanquer, actuel directeur de l’ESSEC, ancien universitaire, ancien recteur, ancien directeur au ministère, etc., était l’invité de France culture à propos de la sortie d’un livre qu’il vient de rédiger : L’Ecole de la vie. Il a dressé un tableau peu surprenant de notre système, qu’il estime bloqué par les rivalités surannées entre "gauche et droite" ou entre "traditionnalistes et pédagogistes" (sic). Opposant les uns aux autres, ou plutôt les renvoyant dos à dos, il considère que l’Ecole ne pourra pas progresser si l’on ne sort pas de ces dialectiques (que d’autres au contraire considèrent comme étant le carburant des évolutions du système). L’actualité ne l’aidera sans doute pas à clarifier son propos. Qu’on en juge :

Au collège Olivier-de-Serres, les bienfaits de l’évaluation par les compétences Maryline Baumard s’attarde sur la mise en place non pas seulement d’une évaluation par compétences, comme le titre pourrait le laisser entendre, mais d’un travail par compétences, bien plus large que la seule évaluation. L’article permet de partir à la découverte d’une équipe soudée, motivée, et qui obtient des résultats, sans angélisme ni caricature.

Ailleurs, on teste déjà l’école sans notes. C’est ce que claironne fièrement La Dépêche du midi samedi, dressant un bilan enthousiaste et motivant des expérimentations en cours dans les collèges du département de Haute-Garonne. "Certes, dans l’académie, l’évaluation des acquis des élèves sans système de notation en est à ses balbutiements, « mais tout le monde s’agite » sur la question, concède Annie Bousquet. L’inspectrice du second degré chargée de ce lourd dossier de « l’innovation et de l’expérimentation » confirme que les équipes pédagogiques (les profs) planchent actuellement sur le sujet à Toulouse, en Haute-Garonne et dans la région. « Dans l’académie, il y a une vingtaine d’établissements, surtout des collèges, où l’on estime que la réflexion est effervescente, ajoute Annie Bousquet. On peut citer le collège de Balma, mais aussi à Montastruc-la-Conseillère, Muret, et d’autres qui le font sans vraiment le déclarer officiellement. cela fait aussi longtemps que la réflexion est menée dans le premier degré (élémentaire)".

Mais comme le rappelait vendredi la ministre (voir la revue de presse de vendredi signée Mila Saint Anne), "l’éducation est un temps long", et la patience est donc de rigueur.

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ToutEduc se fait l’écho des propositions d’Alain Juppé pour l’école. En campagne pour la primaire UMP en vue de la présidentielle de 2017, le maire de Bordeaux et ancien Premier ministre a longuement développé sa vision de l’école. Une vision résolument conservatrice. : Alain Juppé définit son projet "pour une nouvelle Education nationale". On y découvre qu’il faut individualiser les parcours des élèves, que le développement des technologies nouvelles doit être "maîtrisé" et qu’il faut donner au terrain de plus larges responsabilités. Des thèmes développés sur le blog de M. Juppé, indiqué dans l’article, et qu’il a par ailleurs développé hier devant Le Monde, Europe 1 et LCI. Où l’on découvre que derrière l’autonomie laissée au terrain, il entend surtout renforcer les pouvoirs des chefs d’établissement, et que derrière l’individualisation des parcours, il remet nettement en cause l’existence du collège unique.

A des années lumière du collège Olivier de Serres et de sa volonté d’aller de l’avant, il y a cet article du Nouvel Observateur évoquant la nouvelle saillie de Jean-Paul Brighelli : Ecole : un "Tableau noir" pour apprendre à penser de travers

"Jean-Paul Brighelli taille donc, souvent à tort et à travers. Il pourfend la réforme des voies technologiques au lycée, les tentatives de rapprochement des classes prépas et de l’université, les ABCD de l’éducation, l’informatique à l’école, le collège unique... et mélange les critiques fondées et les extrapolations tendancieuses. Remettre en cause, par exemple, le fonctionnement du collège unique à partir d’un faits divers cruel, le suicide d’une adolescente harcelée parce qu’elle était bonne élève, est un procédé abusif". Sans blague ?

On se permettra au passage une petite remarque concernant les prudences de langage de la presse d’éducation : un rapprochement ignoble et intellectuellement lamentable devient un "procédé abusif", accuser un recteur de procéder à des manœuvres diaboliques, au sens étymologique du terme, serait "peut-être un peu exagéré". Il n’y a pas que dans l’institution que la langue de bois est pratiquée ! Mais ces euphémismes sont de nature, nous semble-t-il, à banaliser les faits qu’ils dénoncent. Prenons garde, à force de nous payer de mots, aux conséquences non pas de ce que l’on écrit, mais bien de ce que l’on n’ose pas écrire.


L’apprentissage : une bonne solution, mais pour qui ?

ToutEduc est revenu ce week-end sur le discours de François Hollande aux assises de l’apprentissage, dans un article intitulé Apprentissage : le discours de F. Hollande. Les premières mesures de l’Education nationale. Peu de réactions syndicales. Un article qui reprend les points forts du discours du président. Un article qui précise par ailleurs "Pour sa part, Najat Vallaud-Belkacem indique qu’elle a "d’ores et déjà" demandé aux recteurs de "mettre en place dans les établissements, avant les choix d’orientation, une journée d’information sur les métiers, en réservant une place particulière pour l’apprentissage" dont les formations doivent être intégrées dans les logiciels d’Admission Post-Bac (APB) et AFFELNET".

Vendredi, L’Express dressait pour sa part un état des lieux de ce qu’est l’apprentissage et des clichés qui sont véhiculés à son sujet. Ce sujet était très dithyrambique, et ne trouvait finalement à l’apprentissage, victime d’une mauvaise réputation qui serait injustifiée, que des avantages.

Najat Vallaud-Belkacem : "L’apprentissage est une voie aussi noble que les autres" surenchérit Metronews, citant la ministre de l’Education nationale.

La réalité est sans doute bien plus nuancée. Car l’apprentissage est une excellente formation... surtout pour les autres. Quelle est la part d’enfants d’enseignants en apprentissage (entendez "d’enfants d’enseignants en réussite scolaire", car les enfants d’ouvriers en réussite scolaire se retrouvent régulièrement, eux, en apprentissage) ? Quelle est la proportion d’enfants en échec à l’école et qui se retrouvent en apprentissage, car orientés trop jeunes pour attendre la fin du collège (cette proportion tend sans doute à décroître ces dernières années, du fait d’une politique volontariste de limitation des apprentissages avant la fin de la classe de 3ème) ? C’est à ces questions qu’il faudrait pouvoir répondre pour dépassionner le débat et le recentrer sur l’essentiel : la place de l’apprentissage dans un système où il n’est qu’une possibilité d’orientation parmi d’autres, et où il serait le fruit d’un projet d’orientation construit par l’élève et sa famille. Là-dessus, la presse est muette.

A noter toutefois que sur le site d’Alternatives économiques, Michel Abhervé, grand connaisseur du dossier en sa qualité d’ancien élu régional et de professeur d’économie à l’université Paris-Est, nous propose ses Réactions au discours présidentiel sur l’apprentissage

"C’est une évidence que tous les chiffres mettent en exergue : le recul de l’apprentissage au niveau V est masqué par sa progression aux niveaux supérieurs (voir Apprentissage : poursuite de la baisse au niveau V et de l’augmentation aux niveaux supérieurs). La concentration des moyens sur les premiers niveaux de qualification n’est pas une évidence, loin s’en faut. Mais de là à penser que l’apprentissage est la solution pour les jeunes qui sont sortis du système scolaire sans aucune formation, il y a un pas que nous ne garderons de franchir, d’autant plus que cela risque d’affirmer que c’est surtout une voie de recours pour ceux qui ont échoué à l’école".

Lionel Jeanjeau