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Revue de presse du lundi 18 octobre 2004

Un texte très vigoureux de François Dubet dans Libération qui pose la question (déjà évoquée dans son dernier livre) « Qu’est-ce qu’une école juste ? » et défend la notion de socle commun comme garantie contre la relégation produite par l’école actuelle. Dans le même journal, Alain Lançon, nous invite à relire Alain.
Un autre membre de la commission Thélot, Alain-Gérard Slama, s’exprime dans le journal où il est éditorialiste pour prendre, lui aussi, la défense du rapport et de la notion de « socle commun  » prenant le contre-pied de la ligne éditoriale du Figaro Magazine de samedi dernier.
Bonne Lecture...


Libération du 18/10/04

Pour un « socle commun » par François Dubet
Imaginons que demain, par une sorte de miracle, les élèves des grandes écoles soient exactement à l’image de la société française, que les filles, les enfants d’ouvriers, d’employés, d’immigrés y soient proportionnellement aussi présents qu’ils le sont dans l’ensemble de la société. Cette école serait sans doute beaucoup plus juste qu’elle ne l’est aujourd’hui, le pur mérite des individus serait reconnu, les inégalités sociales neutralisées et l’arbitrage scolaire, parfaitement impartial. Rien ne nous invite à abandonner cet idéal. Mais cette école de rêve serait-elle parfaitement juste ? Elle ne serait meilleure que dans la mesure où les vaincus de cette sélection parfaitement équitable ne seraient pas abandonnés, relégués, humiliés et dépourvus de toutes ressources. Autrement dit, il ne faut pas se poser le problème de la justice scolaire uniquement du point de vue des « vainqueurs », mais aussi de celui des « vaincus », des plus faibles, des plus fragiles et peut-être des moins bons.
C’est là le véritable sens d’une culture commune, celui d’une exigence de justice consistant à garantir aux plus faibles des élèves ce à quoi ils ont droit pour mener une vie personnelle, civique, sociale, acceptable, pour faire que leur scolarité ne ferme pas bien plus de portes qu’elle ne leur en ouvre.
[...] Pourquoi, dès qu’il s’agit de l’école, un raisonnement aussi simple se heurte-t-il aujourd’hui à de telles oppositions, allant d’une partie de l’extrême gauche au Figaro Magazine, du Snes à « Sauver les lettres » ? Il existe un argument solide : celui de la difficulté de définir ce socle dû à tous afin qu’il soit, à la fois, exigeant, accessible et utile à tous. Autre crainte légitime, la définition d’une culture commune de base ne pourra pas se faire sans « sacrifices » puisque les élèves ne peuvent pas tout appendre.[...]
Cependant, les résistances qui se manifestent aujourd’hui sont aussi d’une tout autre nature car elles rejettent le principe même d’une culture commune au nom de l’excellence, de la grande culture et du droit de chaque élève de se préparer à l’Ecole polytechnique dès la classe de CP, même si l’écrasante majorité n’y parviendra jamais. Au fond, il y a là l’acceptation d’une sorte de darwinisme scolaire dans lequel l’immense majorité des élèves, confrontés aux ambitions les plus hautes, ne seront définis que par leurs lacunes, leurs faiblesses, leurs « orientations » successives.[...]
Le débat sur la culture commune n’oppose pas les « républicains » aux « pédagogues » _ je me sens assez républicain et fort peu pédagogue. Il oppose l’incantation méritocratique considérant que l’école juste est un vaste mécanisme de distillation fractionnée dans lequel l’excellence exigée de tous conduit pratiquement à la relégation du plus grand nombre (surtout des plus pauvres et des plus démunis) à ceux qui considèrent que si l’école doit, bien sûr, hiérarchiser les compétences et le mérite, cela ne peut se faire au prix du « massacre » des plus faibles. Ce sont là les véritables termes de l’alternative et celle-ci est lourde de conséquences car elle conduit, soit à accepter que l’école ne soit en fait que le lieu d’une concurrence brutale dans laquelle chacun vient chercher les diplômes qui garantissent une position sociale honorable, soit à considérer que ce jeu inévitable et peut-être nécessaire doit être neutralisé durant la scolarité obligatoire.
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Alain, sauveur des cancres
Dans cet interminable « grand débat » sur l’école _ il n’y a que des « grands débats », aujourd’hui en France ; aucun sujet ne semble mériter les petits _, bien des choses étonnent et d’abord celle-ci : la difficulté d’éviter Charybde, l’enflure de la démagogie, et Scylla, le suint de la nostalgie. La plupart des adultes qui « grand-débattent » sont de deux espèces. Les uns craignent tant leurs enfants et leur image répressive qu’ils préfèrent flatter une sorte de néant colérique. Les autres semblent regretter le temps d’une école dite républicaine, où autorité et intégration coulaient prétendument de source, comme des pis d’une vache hexagonale enchantée.[...]
Le philosophe Emile Chartier, dit Alain, était un républicain ; il fut aussi un grand pédagogue. Fils d’un vétérinaire normand et devenu philosophe, il n’oublia pas d’où il venait, ni ce qu’il avait vu : il se racontait assez peu d’histoires sur cette école de la République qu’il incarna, et peut-être pour cette raison, mieux que personne. Il forma à la philosophie des générations d’élèves reconnaissants jusqu’à sa retraite, en 1933. Lire ou relire ses Propos sur la pédagogie et l’éducation permet de dégonfler un peu « le grand débat », et d’abord de comprendre que, pas plus que l’islam, la place centrale de l’enfant n’est incompatible avec les virils principes de la République.
Alain vante la lenteur de la pensée, la discipline de soi, l’effort nécessaire, sa séparation d’avec le jeu, le fait qu’il faut « mériter ses plaisirs » ; il exige beaucoup, car il aime beaucoup : ce n’est pas un démagogue. Il rappelle aussi que l’école n’est pas la société, ni même une société : c’est un lieu d’expérience propre, où l’enfant apprend et devrait libérer ses forces. Alain est toujours du côté de l’élève : de son imagination concrète, de sa spontanéité pas encore réduite, de ses erreurs fertiles qu’il faut comprendre et corriger en sa compagnie. Il porte l’élève, et avant tout le cancre, car « la démocratie a pour devoir de revenir aux traînards », plutôt que d’enfler « scientifiquement les grenouilles ». Nourri de Montaigne, Alain accueille les impasses et les folies enfantines, car « avec quoi ferais-je ma sagesse, sinon avec ma folie redressée ? » Il est du côté des cancres car il se souvient qu’il eut la chance sociale de ne pas en être un. Ni démagogue, ni « nostalgogue ».
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Petits génies de la musique
« Les cours de musique améliorent le QI » est le titre d’une communication récemment publiée par la revue Psychological Science. Le chercheur canadien Glenn Schellenberg y rapporte que les enfants de 6 ans _ à qui l’on fait suivre une année d’enseignement de musique (en sus de l’école, bien sûr) _ voient leur QI progresser plus vite que ceux qui n’en suivent pas. Voilà du bon gros résultat spectaculaire, propre à remplir les conservatoires municipaux au-delà de leurs capacités.[...]
Résultat très discuté : pas moins d’une trentaine d’études sont revenues sur le sujet ces dix dernières années. La plus récente, qui date du printemps, soutient que l’« effet Mozart » possède une base moléculaire : des rats exposés à de hautes doses de Wolfgang Amadeus se seraient mis à produire plus de ces substances complexes qui, dans le ciboulot, favorisent l’interconnexion des neurones. Pour l’heure, on ignore tout des effets de Sheila sur ces mêmes rongeurs.
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Le Figaro du 18/10/04

Pour le rapport Thélot face à l’urgence par Alain-Gérard Slama
Un libéral a toutes les raisons de l’être en tout, sauf en matière d’éducation. Pour dispenser à tous les modes de raisonnement, les savoirs et les codes de civilité sans lesquels il n’est pas possible de faire société, l’éducation ne doit pas, ne peut pas être libérale. Les sociétés multiculturelles ont beau se réclamer du modèle libéral, elles ne tiennent ensemble que si elles sont unies par un patriotisme irrationnel et dangereux.
Cette conviction est au coeur de la laïcité à la française. Elle est confortée par le constat de la montée des intégrismes et des dérives du patriotisme constitutionnel américain. Elle réunit aujourd’hui, dans leur très grande majorité, les républicains de droite et de gauche. [...]
Il en va de même aujourd’hui de la commission du débat national sur l’avenir de l’école, présidée par Claude Thélot, qui a remis son rapport au premier ministre le 12 octobre dernier.[...] Il est normal que, durant plus d’un an de travail, des voix dissonantes se soient fait entendre. L’éthique de la conviction s’est parfois heurtée rudement à l’éthique de la responsabilité. Mais il est faux que, comme on l’a lu dans la presse, les « pédagogues » se soient heurtés aux « républicains ». C’est même une des surprises de cette commission que, à peu d’exceptions près, les adeptes du pédagogisme aient fait beaucoup plus de chemin en direction des tenants de la transmission républicaine que les seconds vers les premiers.[...] Le résultat de ce concours exceptionnel de bonnes volontés et de circonstances est un texte qui représente, par rapport à la doctrine jusqu’ici prévalente, et avec une légitimité sans précédent, une formidable avancée. Jusqu’ici, l’école a vécu dans la philosophie de l’obligation de moyens. Elle fournissait le bagage, et que le meilleur gagne. Notre modernité, à savoir l’ère des masses et les transformations de mentalités engendrées par la technique, lui font, comme aux autres institutions, une obligation de résultats. L’objectif de faire réussir tous les élèves est le titre qui a été retenu pour le rapport. [...]
Jamais on n’avait été aussi précis sur les moyens de garantir aux élèves la possession des savoirs qu’il n’est pas permis d’ignorer, à commencer par la langue : on ne le lâchera pas avant qu’il l’ait assimilée, et cela non pas à l’appui du sabir du préau ou des couplets des rappeurs, mais sur la base de textes littéraires ou historiques, en rendant au livre et à la chronologie leur dignité égarée. Jamais non plus on n’a autant mis l’accent sur la recherche de l’excellence, quel qu’en soit le domaine, dans une voie pour laquelle on se sera assuré, en individualisant les parcours, que l’élève possède une véritable vocation, grec ancien ou contrebasse. Quitte à abandonner, par le jeu des options, le mythe de l’école unique et à accepter, pour les matières de base, la prolongation des apprentissages, sinon leur redoublement. Cela exige moins un renforcement des moyens qu’un redéploiement, comme on disait naguère, des 104 Md d’euros, soit 7% de notre PIB que coûte notre système éducatif, avec jusqu’à présent les résultats que l’on sait.
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M6/ Le quotidien des lycéens
M 6 change de programme... et d’époque. Après avoir « décrit » le système éducatif des années 50 dans « Le pensionnat de Chavagnes », la chaîne se penche sur la vie des lycéens d’aujourd’hui dans « Ma terminale ». Un nouveau rendez-vous qui présente la particularité, selon la direction de M 6, d’avoir « les apparences du réel et la force d’une fiction ». Tournée dans un établissement de Rochefort (Charente-Maritime) en pleine période scolaire, cette saga en 26 épisodes sur le quotidien d’une classe mélange habilement deux genres : documentaire et sitcom haut de gamme. « C’est une fiction ! Toutes les séquences ont été écrites par des auteurs pour des comédiens », rectifie son réalisateur, Stéphane Meunier.
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L’Humanité du 18/10/04

Plus de violence à l’école ?
Les chiens de garde aboient et la caravane des violences scolaires continue d’avancer. En dépit des mesures sécuritaires impulsées à l’automne 2002 et fermement entretenues depuis, le nombre des agressions commises dans le cadre scolaire n’a pas diminué. C’est même l’inverse qui semble se produire. L’année 2003-2004 affiche une progression de 13 %, selon l’enquête SIGNA 2003, révélée vendredi par le ministère de l’Éducation nationale. Un recensement annuel qui permet de comptabiliser et de classer les actes de brutalité selon leur nature, à partir de données que les chefs d’établissement transmettent aux inspections académiques.[...] Reste à savoir quelle confiance accorder à l’enquête. Si les situations varient incontestablement d’une année à l’autre, la fluctuation s’explique, aussi, par les obstacles auxquels se heurte le recensement. Les chefs d’établissement ne font pas toujours remonter les données, et la qualification des violences en termes juridiques n’est pas simple à manier pour qui n’a pas bénéficié d’une formation en droit. Ce qui peut conduire à des erreurs d’appréciation. Sans parler de l’écueil majeur : le silence. Prof ou élève, une victime ne se signale pas systématiquement. Honte de n’avoir pu se défendre ou peur des représailles, les motifs de se taire sont nombreux, qui peuvent fausser les chiffres, concernant le racket, par exemple.
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Le Parisien du 18/10/04

Rien vu...


La Croix du 18/10/04

Rien vu...


20 minutes du 18/10/04

« L’âge d’or des mathématiques, c’est aujourd’hui »
Gilles Dowek Professeur à Polytechnique, il fait découvrir les maths à la Cité des sciences, à Paris

Est-ce bien scientifique d’aborder les mathématiques par des jeux d’esprit ?
A toutes les époques, les mathématiciens se sont envoyé des défis. Par exemple, au xvie siècle, un Hollandais avait proposé à ses collègues une équation du 45e degré. Il s’agissait d’un jeu gratuit, dont aucune théorie ne dépendait. C’est François Viète, grand mathématicien français de l’époque, qui l’a résolue. Et ce qui est amusant, c’est qu’à la cour d’Henri iv il a probablement été beaucoup plus célèbre pour ce fait d’arme que pour avoir, par exemple, déterminé les dix premières décimales de pi !
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Marche et vélo, le ramassage scolaire écolo
Des villes incitent les parents à ne plus utiliser leur voiture pour mener les enfants à l’école
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En file indienne avec le bus pédestre du Tremblay
A l’angle de l’avenue de la Poste et de la rue Louis-Dequet, un petit groupe d’enfants attend. « Il est 8 h 07, tant pis pour Emir ! » Le Pédibus doit arriver à l’heure à l’école élémentaire Victor-Hugo, but de cette marche matinale. Au Tremblay-en-France (93), on a opté pour le ramassage scolaire à pied. Celui-ci couvre en moyenne un périmètre de 1,5 kilomètre, quand celui à vélo, plus adapté à la campagne, va jusqu’à 3 kilomètres.
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Villeneuve-d’Ascq : les parents font corps avec les enseignants
Après le choc, les soutiens s’organisent à l’école Calmette de Villeneuve-d’Ascq. Dans la nuit de jeudi à vendredi, la maison du directeur, Jean-Luc Deletrez, et celle d’une enseignante à la retraite ont été incendiées, et les murs de l’école recouverts de tags taxant le directeur de « pédophilie ».
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Le Monde daté du 19/10/04

Chat : La réussite de tous les élèves est-elle possible ?
L’intégralité du débat avec Claude Thélot, président de la commission nationale du débat sur l’avenir de l’école, lundi 18 octobre.
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Étendre la discrimination positive "socio-économique" à toutes les grandes écoles, par Eric Keslassy
[...] L’ascenseur social, ralenti à bien des étages, est ici en panne. La dIVersification sociale du recrutement des grandes écoles ne sera pas spontanée. La discrimination positive "socio-économique" est aujourd’hui la seule solution qui puisse permettre de sortir de cette situation. L’expérience réussie de l’Institut d’études politiques de Paris (IEP) le démontre.[...]
Cette initiative prometteuse doit se généraliser. Par conséquent, nous appelons les grandes écoles, notamment Polytechnique, l’ENA (Ecole nationale d’administration), l’ENS (Ecole normale supérieure), l’ENM (Ecole nationale de la magistrature) et HEC (Hautes études commerciales), à suivre l’exemple de l’IEP en mettant en place une discrimination positive socio-économique, avec les modalités qu’elles considéreront les plus conformes à leurs spécificités, afin de diversifier socialement leur recrutement.
Notre demande exprime le désir de voir notre démocratie davantage inspirer confiance et notre République se renforcer.
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