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Revue de presse du lundi 15 décembre

Evaluation chiffrée - REP - Divers


Une revue de presse qui ouvre la semaine sur les mêmes thèmes qu’elle avait refermé la précédente : pendant que l’imminence de l’officialisation de la carte des REP continue d’agiter certains établissements, le débat s’approfondit à propos de l’évaluation des élèves, où la presse permet aujourd’hui de prendre des positions sans doute plus nuancées que ces dernières semaines.
Et pendant que Le Figaro insulte une ministre, l’école continue sont petit bonhomme de chemin, souvent sans bruit sans brouhaha médiatique excessif.


Evaluation chiffrée : le débat s’enrichit

La Lettre de l’éducation, le quatre-pages hebdomadaire spécialisé édité par Le Monde (uniquement sur abonnement) revient également ce lundi sur la question de l’évaluation des élèves. La France entre modèle ancien et innovation. "La France est "Au milieu du gué" en matière d’évaluation des élèves, hésitant entre deux modèles : l’un traditionnel, fondé sur la liberté pédagogique, des programmes scolaires cadrés, des examens pilotés pas l’Etat ; l’autre apportant de nouveaux ingrédients, comme le Socle commun et l’évaluation par compétences. "C’est cet assemblage d’ancien et de nouveau qu’il faudra mettre en cohérence à l’avenir." Telle est la conclusion de la réflexion menée par la Conseil national d’évaluation du système scolaire (Cnesco) dans le cadre de la Conférence nationale sur l’évaluation des élèves qui s’est tenue les 11 et 12 décembre à Paris." L’article résume les conclusions de l’étude du Cnesco (que l’on retrouvera dans sa version intégrale sur le site du Conseil), et termine par une intéressante réflexion à propos des comparaisons internationales : "S’agissant des systèmes de notation, le Cnesco a identifié trois groupes de pays : ceux qui ont éliminé les notes, surtout au primaire et dans les premières années du secondaire (c’est le cas au Danemark, en Suède ou en Finlande) ; ceux qui ont établi des échelles d’évaluation non numériques, le plus souvent sous forme de lettres, avec différents niveaux de compétences ; et enfin un troisième groupe, dont la France fait partie, attaché à la notation chiffrée. Sans prendre parti pour l’un ou l’autre des modèles, le Cnesco observe que "les projets politiques d’école compétitive, académique et élitiste sont davantage attachés à conserver des échelles numériques à l’ampleur étendue". En d’autres termes, le système français d’évaluation est cohérent avec une certaine forme d’objectif : sélectionner, hiérarchiser et dégager les plus méritants. C’est donc bien le système et ses finalités qu’il faut transformer. Les systèmes d’évaluation suivront tout naturellement.
Tout n’est pas noir, toutefois, au joli royaume de l’évaluation sélective. Car les biais bien connus de l’évaluation chiffrée peuvent parfois réserver quelques bonnes surprises. Ainsi de cette étude de l’Institut des Politiques Publiques (dépendant de l’Ecole d’Economie de Paris). Les biais de genre dans les notes des enseignants et leur effet sur le progrès des élèves : "À l’aide de notes attribuées de façon anonyme et non-anonyme à des élèves de sixième de l’académie de Créteil, l’analyse fait apparaître une discrimination positive envers les filles en mathématiques et une absence de biais en français : à niveau (mesuré anonymement) identique, une fille reçoit de meilleures notes de son enseignant de mathématiques qu’un garçon." Maigre consolation pour les garçons méritants en mathématiques ! Mais au royaume de la notation chiffrée, les bonnes nouvelles sont trop rares pour que nous boudions notre (espiègle) plaisir !

L’école peut-elle vraiment vivre sans notes ?. C’est la question que pose Le Monde ce dimanche/lundi. Reprenant l’étude déjà évoquée de l’Institut des Politiques Publiques, l’article du quotidien va un peu plus loin. "Le sociologue Pierre Merle, qui comptait, vendredi, parmi les invités de marque de la Conférence sur l’évaluation, préfère parler de «  prophétie autoréalisatrice  ». «  La notation est un levier psychologique et pédagogique terriblement puissant, explique-t-il. Si un bon usage favorise un cercle vertueux, un mauvais usage peut déboucher sur un désastre : le décrochage scolaire.  »."
L’article, qui est un rapide compte rendu de la conférence de ce week-end, se termine par une remarque avec laquelle, pour dérangeante qu’elle soit, nous ne pouvons qu’être d’accord : "Est-ce que deux journées de débats publics, durant lesquelles les voix discordantes ne se sont guère fait entendre, peuvent, au-delà du spectacle médiatique, relancer la réflexion sur le terrain ? Elles auront d’abord servi à légitimer des évolutions déjà inscrites dans la loi d’orientation sur l’école de juillet 2013. «  Les modalités de la notation des élèves doivent évoluer pour éviter une notation sanction à faible valeur pédagogique et privilégier une évaluation positive simple et lisible  », pouvait-on lire dans son annexe. La volonté de changement est affichée, la manière reste, elle, à préciser."

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Le dessin de Geneviève Brassaud

Turbulences autour de la carte des REP

Enormément d’articles dans Le Parisien à propos du mouvement de grève dans certains établissements de l’éducation prioritaire. La réfléxion est essentiellement locale, nous y renvoyons donc les lecteurs particulièrement concernés :
* Nouvelles grèves des enseignants pour rester en réseau prioritaire
* A Ivry, Romain-Rolland reste mobilisé
* Les écoles aussi mobilisées contre la suppression des ZEP
* Education prioritaire : les parents ne démordent pas


Divers

Titre tout en finesse (et dont Jean Rémi Girard n’est pas responsable) dans Le Figaro : Najat Vallaud-Belkacem, ou le degré zéro de l’éducation. Nous passerons sur la lâcheté que le titre révèle de son auteur : jamais à ma connaissance ce journal ne s’était permis une telle muflerie avec les ministres masculins de l’éducation, aussi déstestés qu’ils aient pu être de la part d’un lectorat volontiers revanchard et réactionnaire. Le contenu, en un peu plus courtois, est à l’avenant, catalogue plat de critiques non argumentées des politiques éducatives récentes. A lire par ceux qui aiment le style de Jean-Rémi Girard.

Le reste de l’actualité, heureusement, est de meilleure tenue intellectuelle.

L’école veut aider les familles à aider leurs enfants nous apprend par exemple Slate.fr. Il s’agit en fait d’un article très fouillé, très complet, sur un bilan de l’expérimentation du dispositif de "mallette des parents". Le bilan est dressé à partir de l’expérience du collège de Cesson, en Seine-et-Marne. Un dispositif jugé ici globalement satisfaisant, notamment auprès des parents de milieux sociaux généralement éloignés de l’école, mais dont il ne faut pas non plus sous-estimer les travers possibles. "Si on peut donc coacher les parents sur certaines règles essentielles et simples à appliquer comme l’heure du coucher, la prise systématique d’un petit déjeuner ou leur donner des conseils pour bannir les écrans de la chambre de leurs enfants après une certaine heure, ce « coaching » atteint ses limites lorsqu’il s’agit de contenus pédagogiques et que les parents sont peu diplômés.
La Mallette ne doit pas engendrer de dogmatisme ... ni faire oublier d’améliorer l’enseignement lui-même et de le rendre plus accessible aux enfants des classes populaires.
"

Emouvant et utile témoignage dans le Huffington Post : Quand mon professeur de maths m’a dit "vous n’arriverez jamais à rien faire dans la vie". Un témoignage qui devrait résonner de façon assez familière à pas mal de nos lecteurs ! "Intervenir auprès des lycéens pour casser les stéréotypes et encourager les jeunes filles à s’orienter vers les sciences ? Oui ! J’ai répondu oui, évidemment. Comment refuser si ces actions me touchent inévitablement.
C’est mon histoire : Lorsque j’ai eu 3 en maths quand j’étais en terminale (donc à 17 ans), mon professeur m’a clairement dit "Vous n’arriverez à rien faire dans la vie si vous ne faites pas de maths et si vous n’arrêtez pas le sport !". Aujourd’hui, à 31 ans, je travaille en physiologie de l’exercice et l’entrainement sportif. J’ai donc réussi à rassembler mes deux passions : la science et le sport.
"

Pour terminer, voici une note de TerraNova qui devrait faire du bruit, une fois de plus : La sélection à l’université : un engagement de réussite. "C’est sur la base de ces objectifs [(Augmenter le nombre de jeunes obtenant un diplôme d’enseignement supérieur, lutter contre les déterminismes sociaux de l’orientation, et diminuer le taux d’échec à l’université)] que nous proposons de généraliser la sélection à l’entrée dans l’enseignement supérieur, ceci n’ayant pas pour but d’éliminer, mais dans une perspective d’une orientation plus efficace et plus juste, sans remettre en cause le droit de chaque bachelier à poursuivre des études supérieures. Nous pensons que la sélection à l’entrée en Master serait seule à même d’apporter une véritable cohérence à ces cursus, leur permettant de sortir par le haut de la concurrence stérile et déséquilibrée entre universités et écoles." Une prise de position très claire en faveur de la sélection à l’entrée à l’université. Un texte qui à défaut d’être politiquement correct (notamment à gauche), a au moins le mérite de proposer une sortie de crise à l’effarant taux d’échec de nos premières années universitaires, au delà des imprécations convenues et jusqu’ici tout à fait inopérantes.

Lionel Jeanjeau