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Revue de presse du lundi 10 novembre

Vieille école - Nouvelle école - Peur sur la ville


C’était mieux avant ! L’indécrottable retour de la vieille école, sur lequel titre Libé, nous servira de fil rouge pour une revue dense, pleine de raisons de désespérer de notre école. Et pleine aussi de raisons de ne pas se résigner, et de ne pas laisser le terrain aux fâcheux, aux passéistes et aux nostalgiques d’une époque qu’ils ont d’autant moins connu qu’elle n’a jamais existé.


Vieille école

Libération nous par de L’indécrottable retour de la vieille école. "La craie qui crisse. Les plumes Sergent-Major qui glissent de l’encrier au cahier ; les leçons de choses à observer les cotylédons d’un haricot ; les fleuves et les montagnes qui se détachent sur les cartes de Paul Vidal de La Blache ; et puis aussi les bons points, l’instituteur, ce « combattant du savoir » façonné par Jules Ferry, qui pose, fier, avec sa classe de garçons.
Comme un jet de sépia lancé sur des centaines de pages, les ouvrages qui revisitent l’école d’hier défilent
. Les livres, seulement ? Voir !

Et le têtard se transformait, sous nos yeux, en grenouille. Avec ce titre assez étrange, L’Obs fait dans la nostalgie facile avec la présentation d’un libre de Daniel Picouly, Leçons d’observation. Une recension des célèbres (mais désuètes et socialement affligeantes) planches des éditions Deyrolle, spécialisées dans l’édition scolaire au début du XXème siècle. "C’était l’époque où les tableaux noirs des écoles étaient bien noirs, et pas interactifs pour un sou. L’époque où l’on ne songeait pas à introduire des ordinateurs dans les classes et encore moins à demander aux enfants d’alimenter un blog. Un temps pré-tablettes numériques, pré-smartphones, mais où l’Education nationale avait tout de même conscience qu’une bonne image accompagne bien une leçon. Et le même hebdo de titre un autre article Apprendre à "coder" à l’école : pourquoi ce n’est pas encore gagné. Oui, vraiment, on se demande bien pourquoi !

C’est l’école des années 1940 (avant 1945) qui est de retour à Orléans. L’Humanité aborde à ce sujet une affaire à vômir : privés d’ordi pour excès de solidarité. "ils n’ont pas honte ! Une 
école d’Orléans 
se mobilise en faveur d’un enfant sans papiers. Résultat : La mairie lui supprime 
son matériel informatique". Sans commentaire.

Il y a quelques jours, un certain "France-Examen" publiait un Palmarès des collèges 2014, sorte de récupération sans valeur ajoutée d’informations publiques. Sauf que pour les consulter là, il faut supporter de la publicité, ce qui n’est pas le cas sur le site du ministère. Encore faudrait-il bien sûr que ce genre de statistiques serve à quelque chose. D’ailleurs, Le Monde pose clairement la question : Que vaut le Palmarès des collèges 2014 ?. Réponse : pas grand chose. " « Il n’est ni fait ni à faire : le critère retenu ne mesure pas la valeur d’un collège », tranche Catherine Moisan, directrice de la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DREE) à l’éducation nationale". Au moins, c’est clair.

"Baisse du niveau, égalité et mixité, manque de discipline… moult ouvrages revisitent les enseignements d’autrefois. Et si c’était mieux maintenant ?" se demande l’article de Libération cité en ouverture de cette revue.


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Le dessin de Stéphane du Crest (en référence à une actualité de la semaine passée)


Nouvelle école

On sait depuis le Wise de ce week-end qu’il nous reste, par exemple, la créativité, pour progresser. Jean-Michel Zakhartchouk y revient aujourd’hui sur son blog avec un article sobrement intitulé De la créativité."La créativité, c’est bien une vertu que l’on doit développer chez tous. Quelle définition donner à cette notion qui en même temps devrait nous éloigner d’une logique de définition, justement ? Il s’agit surtout d’autoriser des pensées « divergentes » par opposition à la convergence.

Surprise dans Le Figaro à propos du numérique : les lecteurs du grand quotidien conservateur plébiscitent l’utilisation des tablettes à l’école. Numérique à l’école : « La tablette évite à nos enfants de porter un sac de 15 kg », titre le journal. Et la quasi totalité des témoignages de lecteurs sont de ce tonneau : aide aux élèves en difficulté, attractivité plus grande des formes d’enseignement, conscience que si le numérique est un bel outil, il ne dispense pas d’un travail de fond sur l’acquisition des contenus enseignés, tout y passe. Tout juste un témoin note-t-il le risque de dispersion inhérent à l’outil si on n’y prend pas garde.

Le Monde nous présente Des familles de Saint-Denis contre l’école au rabais. "La Seine-Saint-Denis est un territoire hors-norme à plus d’un titre, avec un taux de réussite aux examens inférieur de 4 points au taux national, un tiers d’enseignants de moins de 35 ans, autant cherchant chaque année à quitter le « 93 », et quelque 450 postes restés vacants, selon ce syndicat. Au ministère, les calculs sont un peu différents : on évoque une « situation qui s’améliore d’année en année », et une cinquantaine de postes non pourvus, après recours, il est vrai, à 300 contractuels". Alors les parents s’organisent. Et pas que pour eux. Ceux qui le peuvent aident les familles pour lesquelles l’école est un univers peu familier. "C’est un peu pour eux [que Nicolas] a passé la soirée de jeudi 6 novembre sur le site du « ministère des bonnets d’âne », une installation montée, avec l’aide de trois collectifs d’artistes, sur une friche mitoyenne de l’école Jules-Vallès. La première pierre a été posée le 2 novembre. Depuis, la quinzaine de parents d’élèves sans étiquette politique ni syndicale à l’origine de ce « ministère alternatif » se relaient pour éviter d’être délogés ; un peu surpris, disent-ils, du succès de leur mobilisation.
Quand ils ne veillent pas la nuit pour éviter l’expulsion, ils proposent le jour aux Dyonisiens concerts festifs et ateliers artistico-éducatifs. Parmi eux, il y a Saskia l’anthropologue, Pauline l’enseignante, Sébastien, médiateur scientifique, Mach-Houd, expert sur les questions de santé
. Ces gens sont sans doute l’avenir de l’Ecole dans ce département.


Peur sur la ville

Dans le même temps, Libération affirme que Les ZEP craignent de se faire zapper. En cause, la nouvelle carte de l’éducation prioritaire (actuellement en cours d’élaboration dans les académies suite à la répartition des moyens réalisée par le ministère le 22 septembre dernier. "La révision, en cours, de la carte de l’éducation prioritaire se fait dans la douleur. L’objectif du ministère est de mieux cibler les établissements classés en ZEP, qui seront désormais baptisés REP (réseau d’éducation prioritaire) ou REP-Plus pour les plus difficiles. Ils n’ont pratiquement pas évolué depuis les années 80, alors que le profil social des communes où ils sont situés a, lui, souvent changé. Dans des quartiers qui se sont embourgeoisés, certains établissements ne méritent plus ce label qui leur permet de recevoir des moyens supplémentaires, alors qu’à l’inverse, d’autres, dans des zones appauvries, devraient l’obtenir. D’où, localement, des inquiétudes. Et comme toujours, un procès en suspicion contre le ministère, accusé à mots à peine masqués de tripatouillage à visée économique. "le ministère a assuré que le nombre total d’établissements en REP ne changerait pas. Il a aussi précisé que la sélection se faisait à partir d’un « indice social » on ne peut plus transparent, prenant en compte le taux de familles de milieux défavorisés, ceux des boursiers, des élèves vivant en ZUS (zones urbaines sensibles), enfin de ceux ayant un an de retard en sixième. Mais pour les établissements qui sortent de l’éducation prioritaire, cela passe mal.

A chacun ses problèmes, toutefois. Au Secours ! Je n’assume pas mon enfant moyen. Avec ce titre un rien racoleur, Madame Figaro aborde en réalité un très intéressant sujet, dans lequel nul doute que nous serons quelques un à nous reconnaître : "Pas facile d’endosser en public les 12/20 de moyenne de Junior quand tous les rejetons de son cercle amical préparent HEC ou polytechnique. Comment ne pas rougir d’un enfant « moyen » sur le plan scolaire ? La réponse de nos experts. Les trois quarts de l’article, excellents, sont consacrés au phénomène de la pression scolaire inimaginable qui pèse sur les épaules des enfants de milieu très favorisé (car ici on ne parle pas seulement des "favorisés" que nous croisons vous et moi : nous parlons de ces parents qui demandent au professeur "un dernier coup de pouce pour passer de 18 à 20", à Henri IV et dans les Hauts-de-Seine). Mais le dernier paragraphe est désarmant. C’est Le Figaro, tout de même. Alors la réponse à la question du châpo est simple : "On peut tenter aussi de donner un coup de pouce à sa moyenne en essayant de détecter sa méthode d’apprentissage de prédilection, ce que l’école ne fait pas. Un « visuel » ne retiendra pas une information de la même manière qu’un « auditif » ou un « kinesthésique ». Connaître son profil permet de mémoriser plus vite et plus facilement ses leçons et donc d’avoir de meilleures notes".

Une revue un peu longue, avec pas mal d’article à lire. Pas grave, demain c’est le 11 novembre. Ça vous laisse le temps de tout lire avant la revue, qui sera concoctée par Géraldine Duboz.

Lionel Jeanjeau