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Revue de presse du lundi 10 février 2014

Genre pédagogique - Genre numérique - Genre approximatif - Mauvais genre


En ce début de semaine, quelques phrases d’un homme politique dominent l’actualité. Mais avant cela, parlons de choses constructives...

GENRE PÉDAGOGIQUE

Innover dans l’éducation ? Apprendre à apprendre ? Ce sont les grandes interrogations de François Taddéi, cofondateur du Centre de recherche interdisciplinaire (CRI), que nous rapporte le blog Internetactu.
"Aujourd’hui, notre système éducatif sélectionne ses éléments sur leur capacité à mémoriser des leçons. Pas sûr que ce soit une bonne méthode, puisque n’importe quel ordinateur est plus doué que nous… (...)
Rien ne ressemble plus à une salle de classe d’aujourd’hui qu’une salle de classe du Moyen-Âge. (...) Comment changer cela ? Comment réinventer la connaissance ? Comment innover ? Combien de nos barrières mentales sont tombées ? Combien en avons-nous encore devant nous ?"

Beaucoup de questions mais peut-être une esquisse de solution :
"Le professeur, ne devrait pas tant délivrer le savoir, que servir de mentor, accompagner les étudiants dans leurs projets personnels…"

Depuis quelques jours, Le Monde "bouscule l’école en six questions" à travers une série d’entretiens. C’est l’occasion de poser "quelques-unes des questions qui fâchent" et d’esquisser "des pistes de réforme".

D’ailleurs, Peut-on réformer l’école ?
VousNousIls rappelle que ce sera le thème central du col­loque annuel de l’Association Française des Acteurs de l’Éducation (AFAE) qui se dérou­lera cette année du 4 au 6 avril à Versailles et à Marly-le-roi.
En réalité la question n’est pas de savoir si on peut, mais que cette réforme est aujourd’hui devenue une nécessité. "Christian Philip, ancien Recteur, dans son texte de pro­blé­ma­ti­sa­tion du col­loque, indique qu’"il faut réfor­mer notre école parce qu’elle ne rem­plit plus les mis­sions qui ont été celles de l’École de la République".


GENRE NUMÉRIQUE

L’École ne peut pas faire l’économie du numérique. Toutes les "innovations" ne se valent pas, mais attention à ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain ! Gilles Le Page dans un article relayé par Educavox, est pessimiste : Les marchands du temple de l’éducation vont tuer les Moocs !
"J’espère que la qualité fera vite la différence et qu’on ne jettera pas les bons Moocs à cause des mauvais, comme le bébé avec...
J’espère que l’effet de mode n’aveuglera pas les décideurs institutionnels et ne les poussera pas à commander des Moocs bâclés pour donner l’impression qu’ils sont dans le vent.
"

Les enfants peuvent changer le monde, mais ils doivent apprendre à coder.
Pour que le codage ne fassent plus peur à personne, Linda Liukas, une jeune femme finlandaise passionnée de programmation informatique a décidé d’écrire un livre pour enfant et explique ses motivations dans Le Nouvel Observateur :
" (...) Mon but, c’est de montrer aux enfants que chacun a un rôle à jouer dans l’élaboration des technologies, que leur vision du monde est précieuse et qu’il faut qu’ils puissent se servir du code comme de leurs crayons de couleurs.(...) Tout comme ils écrivent des chansons, ou font des dessins, je voudrais qu’ils aient les moyens de s’approprier le code et de le tourner dans tous les sens, d’en faire tout sauf ce pourquoi il est prévu. C’est comme ça qu’ils inventeront et plus tard, qu’ils innoveront."

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Le dessin de Fabien Crégut

GENRE APPROXIMATIF

Tombant apparemment comme un cheveu sur la soupe, l’indignation de Jean-François Copé dans l’émission de RTL "le Grand Jury" (vers 15 min 30 sec) devant un livre de jeunesse a fait le tour des ondes, de la presse et du web.

VousNousIls reprends quelques uns des propos du secrétaire national de l’UMP : "Ça vient du centre de docu­men­ta­tion péda­go­gique, ça fait par­tie de la liste des livres recom­man­dés aux ensei­gnants pour faire la classe aux enfants de pri­maire. (...) À poil le bébé, à poil la baby-sitter, à poil les voi­sins, à poil la mamie, à poil le chien... À poil la maîtresse...vous voyez, c’est bien pour l’autorité des pro­fes­seurs ! Il y a un moment où il va fal­loir qu’à Paris on atter­risse sur ce qui est en train de se faire dans ce pays."

De nombreux articles viennent relever les incohérences et les approximations de Jean-François Copé, tout en s’interrogeant sur les objectifs de cette polémique à propos d’un ouvrage paru il y a déjà trois ans...
Ainsi dans L’Express : "Tous à poil" : les approximations de Jean-François Copé"
Tous à poil apparaît (...) à une reprise sur le site du CNDP dans une liste intitulée Pour bousculer les stéréotypes fille garçon. (...) réalisée par l’Atelier des Merveilles, un atelier de lecture parents/enfants situé dans la commune de Teil (Ardèche). Les auteurs de cette liste s’expliquent : "Cette nouvelle bibliographie nous a été commandée par Marie-Madeleine Koelsch, la déléguée aux Droits des femmes et à l’égalité de la Drôme, dans la continuité des précédentes sélections Pour l’égalité entre filles et garçons en 2009 et Pour vivre ensemble, riches de nos différences en 2011."

Dans Le Monde, "Les décodeurs" titrent Littérature jeunesse : Copé accuse à tort le gouvernement sur « Tous à poil » et concluent :
"Le livre , qui a remporté des prix, date de 2011. Il figure depuis 2012 sur une bibliographie indicative réalisée par une association ardéchoise, mais n’a jamais été recommandé officiellement par l’éducation nationale. Il ne s’agit donc pas d’un choix "pétri d’idéologie" opéré par le gouvernement. (...) En revanche, on peut se demander pourquoi M. Copé a soudain jugé nécessaire de dénoncer un ouvrage vieux de trois ans et qui n’avait, jusqu’ici, traumatisé personne."

Vincent Peillon réagit et appelle à laisser les enfants tranquilles.
« Je veux que les uns et les autres reviennent à la raison, à la responsabilité et surtout laissent les enfants tranquilles dans ce temps électoral, et je le demande directement à Jean-François Copé » (...) "Il faut protéger l’école de tous ces débats », mais « quelques-uns cherchent en permanence à attiser de la violence, de l’incompréhension, de la rumeur, du mépris ».

À Stockholm, on doit bien s’amuser de ces polémiques. Le Nouvel Observateur se fait l’écho d’une expérimentation qui y est menée. Dans cette école suédoise, ni "fille" ni "garçon". Que du "neutre"
"Depuis 1998, le gouvernement suédois a demandé aux écoles de travailler contre les stéréotypes de genre, et pour faciliter cette démarche, elles recourent à l’usage du prénom neutre. "Nous ne voulons pas intervenir sur la biologie", explique la directrice de l’école maternelle Lotta Rajalin (...) "Nous voulons enlever la ligne de séparation entre les filles et les garçons pour que les deux puissent investir tout l’espace".


MAUVAIS GENRE

L’Éducation ne serait-elle plus l’affaire de la République mais celle de la rue ? De nouveaux appels au boycott sont lancés par Farida Belghoul, nous indique Le Figaro.
Pour quelles raisons ? « Le gouvernement ne nous laisse pas le choix avec l’introduction à notre insu de la “théorie du genre” en classe : en retirant nos enfants de l’école une journée par mois, nous affirmons nos droits fondamentaux(...) ».

Avec un grand sens de la chronologie, le Printemps Français s’attaque également aux bibliothèques publiques demandant le retrait de certains ouvrages. On pourra lire sur le site d’Europe1 le malaise ressenti par certaines municipalités des Yvelines à ce propos. Choisissant de ne fâcher personne, certaines municipalités ont déjà plié : “Tango a deux papas” ne sera plus directement à portée des enfants, mais sur une étagère au niveau des parents.
On pourra lire à ce sujet Du placard aux rayons : visibilité des questions de genre dans les bibliothèques publiques, un mémoire d’étude de Renan Benyamina publié sur le site de l’École Nationale Supérieure des Sciences de l’Information et des Bibliothèques (ENSSIB).

Hélàs, on ne peut que constater que certains ouvrages sont désormais "non grata". Rue89, sous le titre "Un guide pédagogique sur le genre retiré car le genre, ça fait trop peur" nous présente le cas d’une publication de Hugues Demoulin, chargé de mission depuis six ans dans l’académie de Rouen :
"(...) son ouvrage «  Déjouer le genre : pratiques éducatives au collège et au lycée  », aux éditions SCEREN-CNDP, a été retiré de la diffusion et de la distribution (...). Jean-Marc Merriaux, directeur du CNDP, explique que « certains éléments du livre pouvaient être interprétés comme étant un ouvrage sur la théorie du genre. Rien que dans le titre, il y avait une confusion (...)"

Nous laisserons la conclusion de cette (trop) longue revue de presse à Claude Lelièvre qui, dans son blog, affirme avec force : "Non à un Munich éducatif !".
Un retour vers le passé qui permet de replacer les choses à leur juste place ?
"En septembre 1909, les cardinaux, archevêques et évêques de France préconisent une nouvelle forme d’organisation – à savoir les « associations des pères de famille » - en affirmant davantage encore quel est le but : « Vous avez le devoir et le droit de surveiller l’école publique. Il faut que vous connaissiez les maîtres qui la dirigent et l’enseignement qu’ils y donnent. Rien de ce qui est mis entre les mains et sous les yeux de vos enfants ne doit échapper à votre sollicitude : livres, cahiers, images, tout doit être contrôlé par vous […]. Nous interdisons l’usage de certains livres dans les écoles, et nous défendons à tous les fidèles de les posséder, de les lire et de les laisser entre les mains de leurs enfants, quelle que soit l’autorité qui prétend les leur imposer »."

Attention à ne pas trop faire bégayer l’Histoire....

A demain pour la revue de presse de Laurent Fillion.

Mila Saint Anne


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Dans la librairie des Cahiers Pédagogiques

Filles et garçons à l’école
Revue n°487 - février 2011
L’école mixte est régulièrement mise en cause, accusée de desservir tour à tour les filles ou les garçons. La question des violences sexistes et homophobes préoccupe les acteurs de l’école. Ce dossier rend compte des débats, met en lumière l’inventivité de tous celles et ceux qui agissent en faveur de l’égalité entre filles et garçons.

Questions sensibles et sujets tabous
Revue n°477 - decembre 2009
Problèmes existentiels longtemps tabous à l’école, contestation de certains sujets « sensibles », comportements sexistes, racistes, homophobes : comment réagir ?

La littérature de jeunesse, une nouvelle discipline ?
Revue n°462 - avril 2008
Ce dossier analyse la percée de cette nouvelle discipline et fournit des ressources pour mieux connaître des auteurs, des éditeurs et des sites, du récit à l’album, du théâtre à la poésie. Au travers des analyses, témoignages, récits d’expériences, souvenirs de lecture, les articles montre la richesse de la littérature de jeunesse et son principal enjeu : former des lecteurs.