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Revue de presse du lundi 02 février 2015

Suicide - Vivre ensemble - Numérique - Sous rire


Au programme de cette revue de presse, j’ai fait le choix de revenir sur le suicide des ados lié au harcèlement scolaire, sur la diversité et le vivre-ensemble mais aussi sur le numérique à l’école et enfin sur des thèmes plus légers (mais en apparence seulement).


Suicide

L’actualité de la semaine dernière a été, en partie, marquée par la parution du livre de Nora Fraisse "Marion, 13 ans pour toujours". Sur son blog, l’auteur revient sur le suicide, le 13 février 2013, de sa fille Marion harcelée par des élèves de son collège.
Le témoignage de Nora Fraisse a été relayé sur de nombreux sites comme, par exemple, L’obs, Ladepeche.fr, Europe1 ou encore sur le blog de Jean-Charles Champagnat qui utilise ce titre choc : "Le harcèlement scolaire tue".
Il y a quelques jours, une autre jeune fille, Mélina, s’est jetée sous un train pour les mêmes raisons. On peut lire sur 20minutes.fr "qu’une marche blanche est organisée samedi à la cité des Micocouliers de Marseille pour rendre hommage à Mélina, 13 ans, harcelée par des jeunes de son collège". La meilleure amie de Mélina et une voisine témoignent sur France bleu.
Alors, oui, le harcèlement scolaire tue. Je n’ose même pas imaginer la douleur des parents face à une telle situation. Je n’imagine pas non plus la douleur des personnels de ces établissements scolaires confrontés au suicide d’un de leurs élèves. Je n’imagine pas plus la détresse du chef d’établissement qui s’interroge forcément sur ce qu’il a loupé pour en arriver là.
L’enquête de victimation en milieu scolaire menée par Eric Debarbieux, parue en 2011, montre bien l’ampleur du problème. Sur le site de France Bleu, on trouve une infographie qui résume plutôt bien les violences auxquelles sont confrontées certains de nos élèves.
De mon point de vue, on ne peut lutter efficacement contre le harcèlement que si un réel partenariat s’instaure entre les familles et les personnels. Le repérage des signaux d’alerte, bien décrits par Dounia Malki dans son article sur Marieclaire.fr, est déterminant.
Il apparait tout aussi déterminant de privilégier l’information (et la formation) des personnels et des élèves dans les établissements scolaires. Parmi les nombreuses ressources à disposition, on trouve bien entendu le site institutionnel "agir contre le harcèlement à l’école" qui propose, par exemple, des vidéos de sensibilisation pour travailler avec les membres de la communauté éducative.
De nombreux artistes se sont aussi emparés de cette thématique. Les clips peuvent servir de base à un dialogue avec les personnels ou les élèves. J’ai retenu celui de Xavier Dolan, réalisateur du clip d’une rare violence (à ne pas présenter à des collégiens) de "Collège Boy" du groupe Indochine ainsi que la vidéo "Maux d’enfants" de Patrick Bruel et de La Fouine. Les QR-codes présents dans le clip de Bruel mènent à d’autres vidéos qui racontent les histoires individuelles des différents personnages. Mieux connaitre le harcèlement scolaire devrait permettre de réduire le phénomène et d’intervenir pour éviter d’autres drames.

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Le dessin de Jean-Marie Olaya

Vivre ensemble

Comment mieux vivre ensemble ? Derrière cette épineuse question se cachent celles de la laïcité, de la citoyenneté mais aussi celle de l’utilisation des mots pour venir à bout des maux.
"Je crois à la force du verbe, c’est notre socle pour vivre ensemble" (...) "Quand on n’a pas les mots, quand on ne dispose pas des codes communs, on se condamne à vivre en dehors, à rester enfermé dans les préjugés, les replis communautaires. Il ne s’agit surtout pas de demander aux jeunes d’abandonner leurs codes, mais d’élargir leur palette, pour pouvoir ouvrir de nouvelles portes, prendre confiance, dans le monde professionnel, dans la société" dit Souâd Belhaddad, journaliste, écrivain et comédienne dans cet article de Weronika Zarachowicz sur Telerama.fr. L’expérience décrite avec une classe de cinquième est réellement intéressante et montre bien que les discussions avec les élèves sont constructives et qu’il est possible de les faire réfléchir sur tous les sujets.
Sur Telerama toujours, Michel Abescat a recueilli les propos de Christophe Prochasson, historien, spécialiste de l’histoire politique et culturelle de la France aux XIXe et XXe siècles, nommé, en juillet 2013, recteur de l’académie de Caen concernant la transmission des valeurs républicaines. A la question "Quels sont alors les problèmes propres à l’école ?" Christophe Prochasson répond : "la question n’est pas celle des valeurs, sur lesquelles il faut être d’une fermeté absolue. C’est la pédagogie qui est en cause. L’enseignement des valeurs républicaines, en dépit des efforts réalisés, est inadapté car beaucoup trop abstrait. Il empêche les jeunes de s’approprier véritablement ce qu’ils considèrent comme des grands mots qui ne leur disent rien".
Claude Lelièvre sur son blog (sur Mediapart.fr) revient, quant à lui, sur un article publié par Jean Baubérot sur le Monde.fr intitulé "Adopter des politiques incantatoires est inutile". Claude Lelièvre rejoint Jean Baubérot sur "une démarche de connaissance". Il le cite : "Enseigner plus fortement la laïcité correspond au souhait que je formule depuis des années. Mais il faut qu’il s’agisse d’un enseignement laïque de la laïcité (comme on parle d’ ’’enseignement laïque du fait religieux’’, à développer également à l’école)".
Jérôme Musseau, enseignant de SVT, pose sur le site le Lab’ de l’AFEV la question suivante : "La minute de silence était-elle une absurdité éducative ?" et y répond, en partie, de cette belle manière : "Le dialogue vrai, aussi éprouvant qu’il puisse être, est le meilleur garant de la chose publique que nous voulons défendre".
Enfin, dans la rubrique "Idées" du Monde.fr, Suzanne Citron, historienne et écrivain, et Anne-Marie Vaillé, ex-professeur d’histoire-géographie et ancienne présidente du Conseil national de l’innovation pour la réussite scolaire (CNIRS), proposent un point de vue intéressant sur la diversité. Selon elles, il faudrait laisser l’école s’adapter localement : Cette révolution dans l’organisation et les modalités de transmission des savoirs de l’école ne peut se concevoir sans une révolution dans l’administration et dans la chaîne hiérarchique. Le fonctionnement par injonctions d’en haut et saupoudrage en heures de « cours », fonctionnement qui depuis des décennies n’a jamais permis aux initiatives novatrices du terrain d’être prises en compte par l’institution, doit être révisé.

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Le dessin de Jean-Marie Olaya

Numérique

C’est ce tweet de @Sacrecharlemagn ainsi que l’entretien publié sur Rue89 avec Gérard Berry, informaticien et professeur au Collège de France, médaille d’or 2014 du CNRS, au titre accrocheur "L’ordinateur est complètement con" qui m’ont poussé à intégrer quelques liens sur le numérique dans cette revue de presse déjà bien chargée.
Le tweet de @Sacrecharlemagn parce qu’il montre bien les limites d’une consultation sur internet destinée à des usagers qui sont encore bien nombreux à ne pas maîtriser l’outil pour lequel ils sont consultés. L’entretien avec Gérard Berry parce qu’il rappelle que derrière la machine se trouve l’humain et l’intelligence : "Rechercher dans des milliards de fichiers en un temps négligeable, l’homme ne peut pas le faire. Un moteur de recherche, c’était quelque chose d’impossible, c’était même impossible d’en avoir l’idée. En informatique, très souvent, ce n’est pas la réalisation qui est le plus dur, c’est l’idée. Et du même coup, on a complètement oublié comment on faisait pour travailler avant les moteurs de recherche".
Sur Educavox, Serge Pouts-Lajus déclare "C’est le numérique qui a un problème avec l’école, pas l’inverse". Ce point de vue a le mérite de reposer la question dans d’autres termes. On pourra croiser ce regard avec celui de Céline Barriol-Décot, enseignante rattachée à l’École du numérique en Haute-Loire qui fait l’objet des "portraits du jeudi" par l’excellente Monique Royer sur ce site. Selon Céline Barriol-Décot, "le numérique peut outiller la pédagogie (...) sans pour cela, devenir un outil magique dont la seule présence résoudrait d’un coup, les difficultés d’apprentissage".


Sous rire

J’ai relevé dans l’actu du jour deux bricoles qui pourraient faire sourire. Sauf qu’en y regardant de plus près...
On peut lire, par exemple, sur le site parodique Eduk Actus que "Comme le permis de conduire, les examens et notamment le baccalauréat souffrent d’un manque chronique de correcteurs. Un amendement au projet de loi « Macron » veut ouvrir la possibilité de puiser dans le vivier des élèves pour épauler les examinateurs". J’ai déjà vu, lu et entendu cette idée digne d’un 1er avril.
Dans Leparisien.fr, j’ai souri en lisant ce titre : "Haute-Garonne : à 13 ans, il vend au collège le cannabis que cultive son père". On sort finalement (et surtout) consterné par la lecture de l’article notamment en raison de la réaction du père que je vous laisse découvrir.

Demain, c’est Ostiane Mathon qui sera aux commandes de la revue de presse.

Pascal Thomas


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Dans la librairie des Cahiers Pédagogiques

Apprendre avec le numérique
Revue n°498 - juin 2012

Le dossier présente une grande variété de pratiques pédagogiques, de méthodes recourant à des outils numériques pour mieux faire apprendre, dans un cadre collectif comme dans l’accompagnement individuel. Ni révolution, ni scandale. L’enseignement est en mouvement, grâce au numérique aussi.

Faire vivre une morale laïque
Hors-série n°30 - avril 2013
Publication disponible uniquement au format numérique (PDF - epub), en téléchargement depuis notre site.

Une compilation d’articles parus ces dernières années sur l’éducation à la citoyenneté, le droit, la laïcité, les débats et les « questions sensibles » à l’école , en contribution à la réflexion en cours sur une « morale laïque

La classe, pour apprendre et vivre ensemble
Revue n°481 - mai 2010

Comment mobiliser la classe, par exemple autour de projets, engager les élèves dans la coopération plutôt que la compétition ? Pour ne pas subir, ni même seulement « tenir la classe », des idées et des pistes pour « faire la classe », en faire un lieu d’apprentissage et de vie pour les élèves et leurs enseignants.

Violences : l’école en cause ?
Revue n°488 - mars 2011

Que recouvre l’expression « violences à l’école », sans naïveté, en sortant des oppositions simplistes, dramatisation ou minimisation, victimes ou auteurs, répression ou prévention ? Quel rôle peut tenir l’école ? Et si, au lieu de rêver à une école sans violence, nous construisions une école où l’on prenne soin de notre jeunesse ?