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Revue de presse du jour J

Des chiffres et des lettres - Sur le terrain


Il paraît qu’il y avait une grève aujourd’hui...


Grève : des chiffres et des lettres

Comme à chaque grève, nous avons droit dans les médias à la sempiternelle querelle des chiffres de participation. Le ton était donné ce matin sur France Inter qui annonçait à 7h (quand tous les établissements sont encore fermés) 80 % de grévistes. Rigueur journalistique...

Selon le ministère on comptait « ce matin 27,61 % d’enseignants grévistes dans les collèges publics et 6,75 % dans le privé. Le Snes, principal syndicat d’enseignants du second degré, comptait lui plus de 50 % des professeurs en grève, sur ceux censés travailler ce mardi matin à huit heures ». Le Figaro

« Comme à chaque grève, les estimations varient sensiblement entre le gouvernement et les syndicats. La différence entre ces deux chiffres s’explique par les méthodes de calcul utilisées de part et d’autre. Le SNES-FSU indique obtenir ce résultat « à partir d’un échantillon de 10 000 enseignants (...) en service aujourd’hui ». Alors que le taux de grève du ministère est établi sur la base du nombre de professeurs des collèges en grève rapporté au nombre total d’enseignants en collège. » Le Monde. D’autre part, sur France Info une responsable du SNES remettait en cause les chiffres du ministère parce qu’« il comptabilise comme non grévistes les collègues en voyage scolaire » (sic). Libé titre toutefois ce soir sur « une mobilisation juste passable »

Les lettres aussi peuvent fâcher. Sur Marianne.fr, Antoine Desjardins, professeur de Lettres, membre du collectif « Sauver les lettres » s’en prend à ses collègues qui défendent la réforme du collège. « Des "Charlots", c’est ainsi qu’il les baptise eux qui, selon lui, trouveraient "génial tout ce qui peut les décharger d’un enseignement pesant qui exige de la rigueur mais surtout du vrai travail et des lectures régulières. »

Un article tout en nuance sans aucun dénigrement du travail de collègues qu’il ne connaît pas et de pratiques qu’il ne maîtrise visiblement pas. « Je pense que la plupart des profs qui trouvent que la réforme du collège est très bien voire formidable sont ceux qui ne préparent plus (vraiment) aucun cours et ne corrigent plus (ou si peu) de copies. [...] Dès lors, ils sont prêts à toutes les géométries « pédagogiques », adorent l’interdisciplinarité, pour l’excellente raison qu’ils préfèrent clabauder ici et là plutôt que préparer un cours et surtout corriger des copies (des copies substantielles, pas des QCM ou des petites évaluations portant sur une micro-compétence dans une « séquence didactique »* marabout de ficelle). [...]. Au reste ils ne font déjà plus « cours », attendu que la dépense nerveuse et la tension y sont trop grandes : ils gribouillent des trucs sur un paper-board, allument un TNI (tableau numérique interactif), forment des « petits groupes » de réflexion et attendent tranquillement la fin sans trop mouiller la chemise.
Les élèves sont en « autonomie ». Ils construisent le cours. Le prof animateur est en stand-by et peut chercher sur Amazon les comparatifs de barbecues : il a un week-end à organiser. Il est frais à la fin du cours, comme un gardon. Il a toujours le sourire, même et surtout en réunion : c’est que sa ou son supérieur l’observe et on lui a dit qu’il était « dynamique ». [...] Bon, en fin de semaine ça ne ramène pas grand-chose à la maison... Ce n’est pas qu’il y ait les œuvres publiés dans la Pléiade d’Emile Zola ou de Claude Simon qui attendent sur la table de nuit, ni même, les Cahiers pédagogiques (un tel excès de masochisme ne pourrait s’emparer que d’un fondamentaliste fou, c’est-à-dire quelqu’un qui n’enseigne plus depuis longtemps)
. » On ne saurait conseiller à ce « collègue » (permettez-moi les guillemets) de lire au moins le dernier numéro des Cahiers, de s’inscrire à un stage de l’ICEM et de passer une semaine en immersion au collège Clisthène par simple honnêteté intellectuelle pour vérifier ses dires.

Plus constructif, La Croix a demandé à huit personnalités des idées concrètes pour une réforme en profondeur de tout le système éducatif. On y découvre des propositions fort différentes. Pour Anne Fraïsse, présidente de l’université Paul Valéry, à Montpellier : « Il faut repenser le bac professionnel ». Tandis que Laurence Parisot, ex-présidente du Medef, propose de : « Repérer les dons de chaque élève ».
Gabriel Cohn-Bendit, fondateur du lycée expérimental de Saint-Nazaire revient sur une idée qui lui est chère : « Des équipes de profs volontaires dans les collèges difficiles ». Quant à Peter Gumbel, journaliste et écrivain anglais qui propose de : « Faire évaluer les professeurs par leurs pairs et leurs élèves », il ne doit pas faire l’unanimité dans les salles des profs. Jean-Marie Petitclerc, salésien de Don Bosco, éducateur spécialisé, insiste sur l’importance d’ : « Encourager les élèves qui progressent ». Nathalie Kosciusko-Morizet, vice-présidente déléguée de l’UMP est très classique : « Mettre l’accent sur les maths et le français en 6e et 5e ». Philippe Delerm, écrivain, met en avant l’aspect humain : « Ménager une relation privilégiée entre l’enseignant et ses élèves ». Enfin, Gilles Attaf, PDG de Smuggler (confection de costumes), veut : « Instaurer des stages en entreprise pour les enseignants ».

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"Une possible solution alternative à la manif à l’UMP" par JiMo

Sur le terrain

Plutôt que de donner la parole à des polémistes ou des élites, certains médias ont préféré se rendre dans les établissements pour écouter les salles des profs et les salles de classe.
Libé nous propose ainsi des reportages croisés à Marseille, Paris et Lille.
« Antoine, 36 ans, enseigne l’histoire-géo dans un collège de l’Est parisien : « Bien sûr, entre nous, on discute beaucoup de la réforme. La salle des profs est vraiment divisée : il y a les "pour", les "à fond contre", et les "mitigés", qui ne sont pas opposés sur le principe mais s’inquiètent du manque de moyens. » Il se range dans ce dernier groupe. « Je n’ai rien contre l’interdisciplinarité [faire un cours commun avec un prof d’une autre discipline, ndlr]. Mais cela nécessite du temps de concertation. Ce temps-là n’est prévu nulle part. » Antoine se souvient avec amertume des « itinéraires de découverte » - mis en œuvre en 2002 et qui allaient dans le sens de l’interdisciplinarité - « vite tombés à l’eau » faute de temps pour les construire. « Pour flinguer les EPI, ils ne peuvent pas mieux s’y prendre », poursuit-il. Sa collègue Florence, trente ans d’Éducation nationale derrière elle : « On alourdit notre charge de travail sans contrepartie. A chaque fois, c’est la même histoire, comment voulez-vous que ça tienne ? » Bien que déçue, elle ne fera pas grève mardi. « Je ne veux pas être assimilée à ceux de droite qui défendent le statu quo. » [...]
Dans ce collège de la banlieue de Lille, classé en réseau d’éducation prioritaire, les profs ont un peu de mal à comprendre « tout ce foin » à propos de la réforme. La disparition des classes bilangues ? « Pour moi, c’était un élitisme, on favorisait un petit nombre au détriment du grand nombre. Avec la réforme, il y aura autant d’heures d’anglais ou d’allemand, mais plus d’élèves en profiteront », note Frédéric, qui enseigne en Segpa (Section d’enseignement général et professionnel adapté).
Clara se sent cependant flattée : « Nous allons avoir une vraie liberté pédagogique. Le ministère fait confiance aux équipes. » Cette confiance est même inscrite dans le programme de façon officielle, apprécie Frédéric. « Je ne me souviens pas de la dernière fois où c’est arrivé. » Il trouve le signal fort et ne fera pas grève ce mardi, ni aucun des professeurs présents. Dans les collèges de REP, ils ont l’habitude des remises en cause et de la « culture du projet », nécessaires pour lutter contre le décrochage scolaire. L’un d’eux glisse, un brin perfide : « Nous, nous nous adapterons au changement. Mais la réforme va être plus difficile dans les collèges de centre-ville. »
 »
France 3 pour son 19-20 s’est rendu quant à lui dans la salle de classe de professeurs des Clayes-sous-Bois (Yvelines)
Ils ont déjà testé certains des points de cette nouvelle réforme, notamment les cours interdisciplinaires. Les habitudes sont bousculées... positivement.

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Changer les choses c’est difficile, dessin de JiMo

Après l’avalanche de textes et de prises de positions contre la réforme plus ou moins étayées du mois d’avril, mai tente le rééquilibrage avec la publication d’interviews, de tribunes et de textes favorables à la réforme. Aujourd’hui, c’est le Conseil national de l’innovation pour la réussite éducative (CNIRÉ) qui se prononce en faveur de la réforme, qu’il qualifie d’« innovante pour la réussite de tous les élèves ». Le CNIRÉ, où siègent aussi de nombreux enseignants de terrain. Dans ce texte, publié notamment sur le site des Cahiers pédagogiques, le CNIRÉ « constate que le projet de réforme du collège est favorable aux pratiques innovantes, au développement du travail d’équipes pluridisciplinaires, à l’ouverture de l’école aux parents et à l’instauration d’un climat de bienveillance et d’exigence. Ces avancées permettront de rendre l’école plus juste, et mieux à même de faire réussir les élèves, quelle que soit la diversité de leurs talents et de leurs milieux d’origine ».

Encore une revue de presse à plusieurs mains aujourd’hui et demain, c’est Bernard Desclaux qui sera aux manettes.

Laurent Fillion #JeSuisCharlot
Géraldine Duboz #JeSuisCharlotte


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Dans la librairie des Cahiers Pédagogiques

Croiser des disciplines, partager des savoirs
Revue n°521 - mai 2015
Les pratiques communes, croisées, mises en synergie et en résonance, aident-elles les élèves à entrer dans la complexité des savoirs scolaires et dans les différentes cultures à construire à l’école ? Ce dossier montre à travers différentes pratiques de dispositifs comment entrer dans l’interdisciplinarité sans sacrifier aucunement les disciplines.

Pratiquer les IDD, les TPE, les PPCP
Revue n° 413 - avril 2003
Un aperçu sur la mise en œuvre, en fin de compte très positive, des nouveaux dispositifs interdisciplinaires, surtout quand elle s’accompagne d’une organisation rigoureuse, professionnelle, et du dynamisme d’enseignants motivés par cette autre manière de travailler avec les élèves.

Accompagner, une idée neuve en éducation
Revue n° 393 - avril 2001
L’accompagnement est-elle une nouvelle forme d’apprentissage et de formation, ou bien une démarche spécifique visant à faire évoluer le métier d’enseignant et de formateur ?