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Revue de presse du jeudi 8 septembre 2016

mixité sociale et ségrégation - Jour de grève


Deux gros titres aujourd’hui se partagent l’essentiel de l’actualité éducative : les suites du "pavé dans la mare" lancé par Thomas Piketty à propos de la mixité des écoles et collèges, et la grève contre la réforme du collège. Une grève qui sonne à bien des égards comme un tournant dans l’opposition à la mise en place d’une réforme qui - bon an mal an - fait son trou.


Mixité sociale et ségrégation

Le débat, jusqu’à présent assez cantonné aux pages du Monde lancé par Thomas Piketty s’enrichit aujourd’hui d’une importante contribution de la sociologue Marie Duru-Bellat, qui donne un entretien à AlterEco Plus : Comment améliorer la mixité sociale à l’école. Il est intéressant de noter que ce titre ne se termine pas par un point d’interrogation, ce qui donne assez largement le ton de l’entretien : oui, des solutions existent bel et bien. Pour la sociologue, elles passent aussi par la pédagogie. "Combattre le cercle vicieux de la ségrégation sociale passe par des mesures renforcées de discrimination positive. Mais aussi, peut-être, par la mise en place de schémas plus précis d’enseignement en classe [...] il faut questionner cette « liberté pédagogique » des enseignants, si valorisée dans notre pays. En Grande Bretagne, cette tradition a été remise en cause dans les années 1990 par les « literacy hours »3. Malgré les protestations des enseignants, des schémas très précis ont été mis en place pour l’apprentissage de la lecture. Par exemple : les temps impartis à la lecture à voix haute et à voix basse, individuellement ou en groupe... Les résultats ont été spectaculaires, au point que ces méthodes ont été généralisées au calcul. Pour cela, la formation des enseignants demeure essentielle, mais aussi la conviction que tout élève peut apprendre !".
De son côté, le Café pédagogique tente de répondre à la question Comment la ségrégation se construit dans les établissements ?, en donnant la parole à Son Thierry Ly, co-auteur d’une étude commandée par la région Ile-de-France à l’Institut des Politiques Publiques et intitulée La mixité sociale et scolaire en Île-de-France : le rôle des établissements. "Cette nouvelle étude, menée par Eric Maurin, Son Thierry Ly et Arnaud Regert, travaille sur l’impact des politiques d’établissement sur la ségrégation. Plusieurs facteurs s’additionnent pour atteindre le haut niveau de ségrégation. Le premier c’est bien sur la ségrégation géographique. Elle est réelle quand on compare les communes. Mais l’étude montre aussi que la ségrégation existe entre établissements d’une même commune et entre classes dans le même établissement. Il faut donc faire entrer d’autres critères. Les auteurs montrent que la politique de constitution des classes est un vecteur ségrégatif. Déjà l’absence de toute politique anti ségrégation en fait nourrit la ségrégation. C’est même sa source principale. Mais il y a aussi les politiques d’établissement. Son moteur principal c’est le regroupement des élèves en fonction des options. L’allemand LV1, le latin sont utilisés pour marquer la ségrégation comme d’autres enseignements optionnels. On compte ainsi 51% de privilégiés dans les classes de latin en 5ème, 54% en allemand. La concurrence des établissements privés est aussi un autre vecteur important. Les établissements qui ont une politique active ségrégative sont généralement soumis à cette concurrence".
Plus factuellement, La Croix revient sur les termes du débat initié par Thomas Piketty en les synthétisant sous le titre Mixité sociale à l’école : le match public-privé. "Dans une tribune du Monde du 6 septembre 2016, l’économiste Thomas Piketty dénonçait la « ségrégation sociale » dans les collèges et préconisait l’entrée des collèges publics et privés dans le même système d’affectation des élèves. Le 9 mai dernier, La Croix publiait les résultats d’une étude conduite par un chercheur de l’Edhec, qui montrait que les collèges privés sont surreprésentés parmi les établissements les plus mélangés socialement".

Finalement, le dernier mot reviendra, au moins provisoire, à l’édito du Monde daté du 8 septembre, pour qui "la guerre des collèges n’aura pas lieu", conviction largement fondée sur la réponse de la ministre dont il a été question ici même dans la revue de presse d’hier.


Jour de grève contre la réforme du collège

"La guerre des collèges n’aura pas lieu". On pourrait presque en dire autant à propos de la contestation contre la réforme du collège, qui tentait de renaître en ce jeudi de grève.
L’intersyndicale appelait en effet aujourd’hui à une grève dans le second degré, pour s’opposer à la réforme du collège. La presse avait largement titré ces derniers jours sur ce que beaucoup de médias appelaient une "grève de rentrée" et sur le risque que le Snes, notamment, prenait à déclencher un grève aussi près de la rentrée (voir par exemple l’article du Monde daté du 7 septembre et intitulé La grève de rentrée des enseignants de collège, un pari risqué). Même tonalité dans Le Figaro (Grève des enseignants à l’allure de test sur la réforme du collège) : "Une grève enseignante après la rentrée c’est « toujours un pari risqué », analyse André D. Robert, spécialiste des mouvements syndicaux enseignants. Et ce alors que les cinq grèves organisées depuis l’an dernier n’ont pas réussi à mobiliser massivement".
Seule La Croix semblait y croire (mais l’article a été écrit hier). Pourquoi est-il si difficile de réformer l’école ?. "Une intersyndicale emmenée par le Snes appelle les enseignants à faire grève le 8 septembre pour s’opposer à la réforme du collège, qui vient d’entrer en vigueur. Cette action montre, si besoin était, à quel point il est ardu pour un gouvernement de trouver un consensus autour de l’école".
Les avertissements de la presse étaient sans doute relativement fondés, puisque de l’avis presque général, cette grève est un échec. Petit florilège de titres écrits à la mi-journée : Seuls 4,6 % des professeurs font grève ce jeudi contre la réforme du collège (Le Figaro) ; Education nationale : 4,6 % des enseignants sont en grève (Le Progrès) ; Réforme du collège : net essoufflement de la mobilisation (Yahoo ! actualités) ; Education : faible mobilisation avec seulement 4,6 % des profs en grève (20 minutes) ; Réforme du collège : 2% des enseignants sarthois en grève (Ouest France), etc.
De quoi interroger la notion de "conflit lourd" évoquée ce matin à l’antenne de France Info par un secrétaire général adjoint du Snes-FSU (Grève des enseignants : on est dans un conflit lourd). Un baroud d’honneur ? L’avenir le dira.

Le mot de la fin à cet impressionnant changement de pied dans Le Point. Cet hebdomadaire, qui nous avait habitué à des prises de position très hostiles aux réformes en cours, titre aujourd’hui Collège : et si la réforme n’avait pas tout faux ?. "La réforme du collège, si malmenée et dénigrée soit-elle, partait fort heureusement d’une bonne intention, et comporte, malgré les vives critiques qui lui sont opposées, quelques points intéressants". Et de conclure "L’histoire dira si Najat Vallaud-Belkacem a eu raison de faire littéralement exploser le collège existant. Elle aura au moins eu le mérite de vouloir dynamiter un système qui ne fonctionnait pas. "Il fallait bien essayer quelque chose", souffle un conseiller au ministère. Ça, c’est sûr". Comme quoi il n’est peut-être pas aussi difficile de la réformer, notre école : du temps, des convictions et de la fermeté peuvent en tout cas manifestement y aider !

Lionel Jeanjeau (qui laisse la place demain au grand retour d’Ostiane Mathon)


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Dans la librairie des Cahiers Pédagogiques

N° 525 - Pédagogie : des utopies à la réalité

Coordonné par Cécile Blanchard et Yannick Mével
décembre 2015
Qu’est-ce qui fait qu’un enseignant, un éducateur, sort des sentiers battus et s’avance sur les chemins de l’expérimentation et de l’innovation ? Qu’est-ce qui le met, l’a mis en mouvement ? Quels sont les utopies, les projets, les rêves, les modèles peut-être qui font entrer dans un collectif, un mouvement pédagogique ?

N° 524 - Le pari du collectif

Coordonné par Nicole Priou
novembre 2015
C’est une évidence, nous travaillons tous en équipe : dans l’établissement, autour d’une classe, pour un projet, sur un cas particulier d’élève… Hors du collectif, point de salut ! Est-ce si sûr ?