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Revue de presse du jeudi 30 novembre 2017

Une fable moderne : L’élève, le ministre et l’universitaire.

"L’élève, le ministre et l’universitaire" : La revue de presse du jour peut s’apparenter à une fable, à l’instar du sort des universités vu par The Conversation. Pendant que la presse continue à nous abreuver d’informations sur notre "nouveau" ministre, les universitaires s’interrogent et l’élève fait l’objet d’attentions diverses et variées, évidemment toutes centrées sur son intérêt et sur son bien être.


L’élève au coeur de toutes les attentions

La presse du jour est très centrée sur l’élève, son bonheur et ce qui est bon pour lui. Avec, vu d’en haut, des ambitions considérables.

On veut améliorer son rapport à l’alimentation. Après la déclaration de Nicolas Hulot, souhaitant instaurer un repas végétarien par jour dans les cantines scolaires, la parole est aux nutritionnistes. Sur France Info par exemple. Menus végétariens dans les cantines : "L’éducation nutritionnelle est importante dès la petite enfance", nous dit ainsi Florence Foucaut. Elle explique que la disparition de la viande dans un repas n’est pas un problème à condition que les qualités nutritionnelles perdues soient compensées. Et de conclure "Sensibiliser les enfants à la variété alimentaire est extrêmement important. L’éducation nutritionnelle est importante, elle commence dès la petite enfance. Il y a l’éducation au goût, et aussi l’éducation à la diversification, au fait qu’il faut manger de tout, de façon raisonnée, connaître les aliments. C’est extrêmement important pour faire des adultes responsables et des adultes, surtout, en bonne santé".
Encore faut-il, bien entendu, que les enfants aient accès à la cantine. Sujet toujours polémique (étonnamment, car il peut sembler incongru, aujourd’hui, de théoriser le fait que certains enfants n’auraient pas droit d’accéder aux cantines scolaires...), mais sujet que l’on espère clos (on peut toujours rêver) avec la réaffirmation du fait que l’inscription à la cantine est bien un droit absolu, comme le rappelle le Café pédagogique suite à une décision du tribunal administratif de Besançon, appelée à faire jurisprudence. "L’inscription à la cantine scolaire est elle un droit relatif ou absolu ? A Besançon, la commune st poursuivie devant le tribunal administratif pour le refus d’inscription d’un écolier. La commune argue du manque de places est estime que l’article L 131-13 du Code de l’éducation prévoit implicitement, par sa seconde phrase, que le droit d’inscription est relatif au nombre de places à condition qu’il n’y ait pas de discrimination. Cette interprétation est repoussée par la rapporteure publique. Elle se fonde sur les débats publics lors de l’adoption de l’article. "Au vu des débats parlementaires, il nous semble donc qu’en application de l’article L. 131-13 du code de l’éducation, dès lors qu’un service de restauration scolaire a été créé, tous les enfants scolarisés dans une école primaire ont un droit absolu à être inscrits à la cantine si leurs parents le demandent". A l’inverse le refus d’inscription aux activités périscolaires sont jugées légales."

On veut améliorer son attention. C’est en tout cas ce que nous explique l’e-mag VousNousIls en nous présentant le programme ATOLE qui "permet aux profs d’apprendre à leurs élèves à mieux se concentrer. Un outil précieux face à des enfants de plus en plus distraits". "Directeur de recherches au Centre de recherche en Neurosciences de Lyon (CNRL) de l’Inserm, Jean-Philippe Lachaux a conçu un programme d’éducation pédagogique de l’attention en classe (du CP à la 5e). ATOLE (« Attentif à l’école ») utilise les neurosciences et la psychologie cognitive pour apprendre aux enfants à renforcer leur concentration. [...] Il s’agit d’une animation à mener en classe, toute l’année. L’enseignant explique aux élèves, de façon scientifique et didactique, ce que signifie se concentrer, et ce qu’il faut faire pour le rester, grâce à des techniques concrètes. Il décortique les mécanismes de l’attention, apprend aux enfants à déceler les sources de distractions, puis à développer leur sens de l’équilibre attentionnel. Pour cela, il utilise 10 fiches de séquences, avec des activités clés en main, pouvant être déclinées sur plusieurs séances.".Conclusion en forme de titre de l’article : L’attention n’est pas au programme à l’école... et elle devrait l’être. Un article que les parents liront sans nul doute avec la même attention que les enseignants !

Et bien entendu, on veut améliorer le bonheur qu’il éprouve à redoubler. Le Café pédagogique compile ce matin les informations concernant un supposé "retour du redoublement" annoncé hier par le ministre (voir la revue de presse de Géraldine Duboz). Un retour entre recherche et recherche de popularité, titre astucieusement le quotidien du matin. "Le redoublement pourra désormais être décidé par le chef d’établissement ou le conseil des maîtres. C’est le sens d’un projet de décret examiné en commission le 29 novembre. Le texte applique les déclarations du ministre en mai dernier. Alors que toutes les études démontrent l’inutilité ou la nuisance du redoublement, à coup sur au primaire, JM Blanquer a décidé de passer outre. Déjà fâché avec de nombreux chercheurs, le ministre "scientifique" a-t-il décidé d’oublier la recherche ? Et pourquoi ?". De fait, la réponse à cette dernière question est dans le titre de l’article.


Le ministre au coeur de toutes les attentions

Nulle revue de presse objective, donc, sans un petit détour par la personnalité, l’action ou les valeurs du ministre. Aujourd’hui, c’est Le Monde qui s’y colle à travers un portrait que l’honnêteté intellectuelle oblige à qualifier de "peu nuancé", sous la plume de Philippe Ridet. Un titre, il est vrai, tout aussi astucieux que celui du Café pédagogique : Jean-Michel Blanquer, la politique adroite. "Ni restaurateur ni réformateur, le ministre de l’éducation nationale s’attache à donner des gages aux anciens et aux modernes. Son but ? Sortir l’école du clivage droite-gauche. Vaste débat dans la rédaction de la revue de presse : est-ce bien là, en effet, le but du ministre ? Chacun jugera, exerçant son esprit critique, à la lecture de cet article (et de tant d’autres !). Monsieur Blanquer parvient-il à dépasser le clivage gauche-droite ? Là aussi, comme pour le Café pédagique, la réponse n’est-elle pas tout simplement dans le titre, pour peu qu’on veuille bien en avoir une lecture phonétique ?


L’université au coeur de toutes les attentions

Retour à l’élève, par le prisme du stade ultime des ambitions scolaires d’aujourd’hui : l’entrée à l’université, à défaut de pouvoir accéder ensuite au graal, le droit d’enseigner.
Dans une tribune publiée par Alternatives économiques, Camille Peugny, sociologue à l’université Paris 8, nous dit que La « réforme » de l’entrée à l’université ne fera qu’aggraver les inégalités. "Le projet de loi « orientation et réussite des étudiants » semble paré des vertus de l’évidence. Il s’agit de réduire l’échec en licence et d’assurer à chaque bachelier une place dans l’enseignement supérieur. Avec en vue le fait que, d’un point de vue collectif, la France a besoin de diplômés, et que d’un point de vue individuel, le diplôme protège du chômage. Si de nombreux bacheliers échouent à l’université, ce serait parce qu’ils sont mal orientés et qu’on les laisse s’engager dans des filières pour lesquelles ils ne sont pas préparés. Pour rompre avec cet état de fait, il faudrait que les enseignants du secondaire les informent mieux et davantage, d’une part, et que les universités communiquent les « attendus » et autres prérequis nécessaires à la réussite dans leurs différentes filières d’autre part.". Plus nuancé, Pierre Rondeau, professeur à la Sports Management School, pose la question : Est-il plus juste et efficace de sélectionner les étudiants à l’université ou de laisser faire le hasard ?. "Fini le mystérieux algorithme du site APB, place maintenant à une forme de sélection light des bacheliers par les universités qui édicteront certaines compétences attendues au préalable. Décriée à gauche comme à droite, la réforme va-t-elle dans le sens d’une plus grande justice et d’une meilleure efficacité ?" Son article, en réalité, pose plus de questions qu’il n’apporte de réponse, preuve sans doute que le débat est loin d’être clos.
Un autre débat, qu l’on croyait clos, semble devoir se réactiver, celui de la taille idéale des universités. On doit à l’anthropologue de l’EHESS et du Collège de France Wiktor Stoczkowski un parallèle entre la recherche de taille critique et la célèbre fable de La Fontaine : « Une Grenouille vit un Bœuf qui lui sembla de belle taille… », ou comment (ne pas) moderniser les universités françaises (The Conversation). "Les réformes imposées en France à l’enseignement supérieur et à la recherche marquent depuis un certain temps une constante : le postulat qui les guide, devenu un dogme en dépit des alternances politiques, présuppose que l’enseignement supérieur et la recherche ne pourront viser à l’excellence et à la reconnaissance internationale sans que les institutions qui en ont la charge ne se regroupent pour former des entités de grande taille, seules capables – dit-on – d’égaler les universités les plus prestigieuses".

Enfin, tout au bout du processus d’attention aux élèves, le Graal, le but ultime : devenir à son tour professeur. Mais à lire la presse du jour, cela s’annonce un peu plus compliqué que prévu. En effet, la source se tarit. Concours enseignants du second degré : le nombre de postes offerts publié, titre VousNousIls, dans un article très factuel et bourré de chiffres passés et présents. Une conclusion à la lecture de ces chiffres par Les Echos : L’Education nationale va réduire ses recrutements d’enseignants dans les collèges et lycées. "Le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, veut «  tirer les conséquences des postes ouverts aux concours qui ne sont pas pourvus  ». Au concours du Capes externe, le nombre de postes offerts va baisser de 20 % en 2018."


Moralité, l’élève, fort honoré de tout le bien que lui veulent les adultes, pourrait bien - à son corps défendant - revenir au centre de l’école, au grand dam de certains des professionnels de son éducation, pour qui une telle ignominie ne saurait se concevoir...

Lionel Jeanjeau


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Dans la librairie des Cahiers Pédagogiques

N° 539 - Pouvoir d’agir et autonomie de l’école au lycée

Dossier coordonné par Michèle Amiel et Gwenaël Le Guével
septembre-octobre 2017

Prendre des initiatives, engager un processus de décision, animer une équipe, mettre en place une innovation, etc. Est-ce le domaine réservé du directeur d’école, de l’IEN, du chef d’établissement ? Au bout du compte, l’augmentation du pouvoir dans un établissement autonome, c’est celle du chef ou celle des personnels.

N° 536 - Éduquer aux médias et à l’information

Dossier coordonné par Émilie Kochert
mars 2017

Nous sommes inondés d’informations. L’actualité a remplacé l’information dans une culture du buzz où souvent on ne prend pas le temps de vérifier. Est-il simple de déceler le vrai du faux ou de sélectionner l’information dans le divertissement ? Éduquer aux médias et à l’information relève des missions des enseignants.