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Revue de presse du jeudi 3 avril 2014

Goodbye, hello- Une refondation à poursuivre - Un ministère élargi - Parité, vraiment ?-

Une revue aux couleurs du remaniement où il sera question de bilan, de transmission, de vigilance, de continuité et bien évidemment d’avenir à construire.

Goodbye, hello :

Quand l’un s’en va, l’autre arrive ; Maryline Baumard, journaliste au Monde, revient dans cet article sur la passation de pouvoir qui a eu lieu hier à 16h50 rue de Grenelle entre Vincent Peillon, ex-ministre de l’éducation nationale et Benoît Hamon, son successeur, qui hérite pour sa part d’un ministère élargi de l’éducation, de l’enseignement supérieur et de la recherche. Les mots de Vincent Peillon se veulent rassurants et installent le nouveau venu dans la promesse d’une continuité, celle de la refondation qui, prend-il le soin de le souligner, doit poursuivre son chemin pour aller droit devant. «  Benoît Hamon est un bon choix pour l’éducation nationale, a-t-il déclaré. (...) Je suis certain qu’avec lui le ministère de l’éducation sera tout à fait à même de mener cette tâche de la refondation là où elle doit aller. Vous pouvez avoir confiance en lui. Nous travaillons dans la durée et au service de 12 millions d’enfants.  » Là encore, il semble intéressant de noter que Vincent Peillon, avant de quitter la place, ne pourra s’empêcher d’insister sur cette idée à laquelle il a toujours été farouchement attaché et sur laquelle il est régulièrement revenu durant son exercice à savoir que la raison d’être première de ce ministère est d’être, avant tout et par-dessus tout au service de ses 12 millions d’élèves. Un message discrètement laissé à tous ceux qui auraient pu être tentés de l’oublier un peu vite... Une fois les clés remises et les poignées de mains échangées, c’est selon la journaliste, « toujours souriant, [que] le sortant a quitté la cour à pied, fendant la foule sous les applaudissements, serrant des mains par-ci, tapotant amicalement une épaule par-là. » Dans cet autre article, Maryline Baumard dresse un bilan des deux années du ministre. Selon elle, si beaucoup reste à faire et si sur certains points la méthode Vincent Peillon n’aura pas donné les résultats escomptés « Il aura pourtant été le premier à installer l’idée que la priorité de l’école française est le primaire. Une petite révolution dans un système qui pose depuis toujours le lycée comme échelon central et qui y consacre beaucoup d’argent. » Autre billet en forme de bilan, celui d’Emmanuel Davidenkoff sur le blog Conseil de classe du magazine Express éducation. Un bilan mitigé avec quelques réserves clairement identifiées : « les points les plus névralgiques n’ont toujours pas été résolument attaqués, qu’il s’agisse du collège ou du baccalauréat ; une réforme aussi fondamentale que celle des programmes a été repoussée d’un an ; la restauration de la formation des enseignants dans les nouvelles Écoles supérieures du professorat et de l’éducation, annoncée comme la mère de toutes les batailles, a été accouchée dans la douleur et, souvent, l’improvisation... » Néanmoins, poursuit le journaliste, « rien ne dit qu’un autre que Vincent Peillon aurait mieux réussi. Le ver est en effet le fruit depuis bien longtemps. ». Gageons, en ce début de printemps, qu’une météo clémente et stabilisée permettra au fruit de peu à peu vaincre le ver ... Et n’oublions pas, tant il paraît essentiel de le rappeler, qu’un ministre n’est ni magicien, ni sorcier, qu’il ne pourra jamais rien sans l’impulsion de l’ensemble de ses partenaires et qu’il revient donc à chacun d’assurer et d’assumer sa part dans l’indispensable transformation du système.

Sur cette question du bilan et de la transmission des dossiers, à lire également l’article de Caroline Brizard pour le Nouvel Observateur : « Ce que Peillon lègue à Hamon »

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Le dessin de Fabien Crégut

Une refondation à poursuivre :

Dans sa tribune du jour, Philippe Watrelot ne cache pas ses interrogations : « Déception, goût amer, frustration, sentiment d’abandon… Pour les pédagogues convaincus de la nécessité de changer l’école, les sentiments sont nombreux après ce remaniement. Il y a évidemment une déception et une crainte que l’élan déjà entamé par les résistances et la force d’inertie ne se perde complètement. On sait que souvent après une phase de réforme et de tensions, le ministre suivant est nommé pour “pisser sur les braises” » Pour autant, il s’interdit de prévoir le pire et note les bons augures de la nouvelle appellation du ministère : « Cela ne préjuge en rien de l’action de Benoît Hamon. On notera que son ministère retrouve le champ de l’enseignement supérieur qui n’avait pas été accordé à son prédécesseur. Cela peut permettre de relancer une meilleure coordination dans le domaine de la formation. Son passage à l’économie sociale et solidaire l’a peut-être convaincu du rôle clé que peuvent jouer les associations et en particulier dans la mise en œuvre des projets de territoire. Les chantiers ont été ouverts : il faut maintenant mettre en musique les dispositifs et s’assurer de la continuité de l’action. » Un appel à la continuité partagé par d’autres, comme on peut le lire dans cet article du Nouvel Observateur : « On souhaite qu’il y ait des éléments de continuité", a demandé Laurent Escure, secrétaire général de l’Unsa-Education, deuxième fédération. Sur la refondation de l’école, "on avait posé des bases, mais il reste "des discussions en cours" sur la définition des programmes et sur les personnels, qui doivent se poursuivre. » Dans le même article, « Frédéric Sève, secrétaire général du Sgen-CFDT, a salué "le travail accompli par Vincent Peillon". "Je souhaite que Benoît Hamon s’inscrive dans les grandes lignes de la refondation, mène à terme les chantiers" et s’attaque aux dossiers restants, "la réforme du collège et le bilan de la réforme du lycée". » Enfin, sur la douloureuse question des rythmes, « Valérie Marty, présidente de la fédération de parents d’élèves Peep, demande une modification du décret sur les rythmes. Mais pour Paul Raoult, président de la FCPE, "ce serait une très grave erreur de revenir en arrière » Pour continuer d’aller de l’avant, la question des programmes reste essentielle comme le rappelle aujourd’hui Mattéa Battaglia, journaliste au Monde : « La réforme des programmes, c’est « le cœur du réacteur de la refondation de l’école », avait coutume de dire Vincent Peillon. Il a beau avoir remis, mercredi, les clés de la rue de Grenelle à Benoît Hamon, le travail de refonte des contenus d’enseignement se poursuit. C’est le message, très symbolique, qui est transmis avec l’adoption, jeudi 3 avril après-midi, de la « Charte des programmes ». L’instance de dix-huit membres (experts, chercheurs, ex-syndicalistes, universitaires) chargée, à l’automne, de revoir les programmes de manière « transparence » et « indépendante », s’était engagée à rendre sa copie le 3 avril. Promesse tenue. »

Enfin, à noter également dans la presse, le billet de Marat Goyet qui titre en quatre mots : « Refondation, déception, consternation, proposition. »


Du côté du supérieur et de la recherche :

Comme le rappelle Arnaud Gonzague dans cet article du Nouvel Observateur « C’est un gros portefeuille qui échoit à Benoît Hamon : en plus d’hériter du ministère de l’Education nationale occupé jusqu’ici par Vincent Peillon, lui est adjoint celui de l’Enseignement supérieur et la Recherche, qui était dévolu à Geneviève Fioraso. » Le territoire d’action du nouveau ministre ne s’arrête donc pas aux abords de l’école, du collège ou du lycée, il s’étend au delà, étoffant du même coup ses missions, ses prérogatives et les complications qui vont avec. Ainsi, Camille Stromboni le souligne dans cet article d’EducPros du site l’Etudiant « La communauté universitaire semble être restée quelque peu sur sa faim, après les deux années de Geneviève Fioraso à la tête du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Les attentes sont très fortes, dans cet univers à l’esprit critique pour le moins aiguisé. » Au cœur des préoccupations, les questions budgétaires : « C’est une question cruciale car les universités n’ont aujourd’hui pas les moyens de développer leurs politiques. Il faut trouver des solutions rapidement", insiste Alain Beretz, président de l’université de Strasbourg. » Un peu plus loin : « La question budgétaire est capitale car elle draine tout le reste, ajoute Claudine Kahane, co-secrétaire générale du Snesup (syndicat national de l’enseignement supérieur). Mais compte tenu des orientations du président de la République avec le pacte de responsabilité et la baisse des dépenses publiques, nous avons extrêmement peu d’espoir que la tendance s’inverse. »


Vous avez dit parité ?

Terminons cette revue de presse en soulignant ce billet de l’historien Claude Lelièvre sur le blog de Médiapart, Histoire et politiques scolaires Alors que le nouveau gouvernement affiche très clairement une volonté paritaire, alors que professionnellement l’éducation nationale est majoritairement féminine, Claude Lelièvre s’interroge sur un fait pour le moins étrange : « Il n’y a jamais eu une femme à la tête de ce ministère dont le personnel est pourtant très majoritairement féminin (même si l’on a pu voir déjà des femmes nommées ministres de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, ou ministres déléguées auprès du ministre de l’Education nationale). Et cela alors même que des ministères nettement moins attendus en la matière ont été depuis quelque temps déjà dirigés par des femmes : par exemple le ministère de la Justice (cf Elisabeth Guigou, dès 1997) ou le ministère de la Défense ( Michèle Alliot-Marie, 2002 ) ou bien encore le ministère de l’Intérieur ( Michèle Alliot-Marie, 2007). » Cette question interroge sans doute, au sein de l’éducation nationale, le rapport ambigu que l’institution a toujours entretenu, bon gré, mal gré, vis-à-vis de la notion d’autorité, notion très souvent au cœur des débats sur l’école aujourd’hui. N’y aurait-il donc qu’un homme qui soit capable de veiller sur cette noble et emblématique institution qu’est l’École de la République ? Mesdames, qu’en pensez-vous ?

Ainsi s’achève cette revue du jour, spéciale passation, et demain, vous serez en compagnie de Lionel Jeanjeau pour votre actu du vendredi.

Ostiane Mathon


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