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Revue de presse du jeudi 29 janvier 2015

"Réaction ère" : Petit Gibus entendu par la police - Retour au futur antérieur


Depuis qu’ont été assassinés des dessinateurs et journalistes qui conchiaient l’autorité et la tradition, nous avons droit à une réponse notamment dans le cadre scolaire qui allie retour à l’autoritarisme et au traditionalisme. Paradoxe que cette "réaction ère" dans laquelle nous sommes visiblement entrés si l’on en croit les informations glanées dans les médias ces derniers jours.


Petit Gibus entendu par la police

Comme le relate Le Parisien,« un élève de CE2, qui avait affirmé en classe être « avec les terroristes », a été auditionné au commissariat de Nice pour « apologie d’acte terroriste » après une plainte déposée par son école. » Interrogé dans le même article, le directeur départemental de la sécurité publique Marcel Authier précise qu’il ne s’agit pas d’une plainte.
Libération évoque bien une plainte déposée par le directeur de l’école contre le père. Libé publie également les tweets de l’avocat de la famille pendant l’audition. On y découvre qu’on reproche à un enfant de huit ans d’avoir fait l’apologie d’un concept qu’il est bien incapable de définir ! Interrogé là aussi, l’avocat évoque des brimades subies par l’enfant dans son école.
L’enquête de Sandrine Chesnel de l’Express qui s’est entretenue avec la représentante de parents d’élèves désamorce un peu l’affaire : « tout s’est envenimé rapidement à cause du bouche à oreille et [...] l’avocat de la famille met de l’huile sur le feu à chaque fois qu’il parle aux journalistes.
Interrogé par I-télé, le député de la ville Eric Ciotti a quant à lui déclaré qu’il était normal d’auditionner dans un commissariat un gosse de 8 ans. On aurait été étonné du contraire.

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Le dessin de Jean-Marie Olaya

Cette nouvelle affaire bien confuse nous montre surtout dans quelle bêtise nous entrainent les discours autoritaristes qui fleurissent en ce moment. Faut-il avoir perdu foi en l’éducation, en l’éducabilité, pour en arriver là ?
On peut encore garder un certain optimisme en lisant la leçon de langage que nous propose Ostiane Mathon dans ce récit d’une situation à laquelle elle a dû faire face le lendemain des attentats, publié sur le Huffington Post :
"Oui mais quand même m’dame, Charlie Hebdo y z’avaient dit des choses pas justes sur les musulmans."
...
Regards perdus de l’enseignante...
Je m’avance tranquillement vers l’enfant, il a 8 ans.
" Dis-moi bonhomme, comment t’appelles-tu ?
— Farès.
— Ok, c’est quoi pour toi Farès "des choses pas justes" ?
— Ben sur le prophète, fallait pas dessiner ça.
— Tu n’es donc pas d’accord avec ce que publiait le journal Charlie H, c’est ça ?
— Oui moi je suis musulman et mes parents y z’ont été choqués par les caricatures.
— Pour tes parents c’était choquant donc, Et toi, quand tu es choqué, quand tu penses que les choses ne sont pas justes, tu fais quoi ?
— Ben, je le dis.
— Et tu as bien raison d’exprimer ce que tu penses quand tu n’es pas d’accord, c’est ton droit hein ?
— Ben oui !
— Là, c’est la même chose, entre adultes, quand il y a un problème de justice, on peut le dire, ça s’appelle déposer plainte. Ça évite de s’entretuer dès qu’on n’est pas d’accord ou qu’on se sent insulté.
— Ah, c’est bien ça..
— Oui, c’est juste. Alors pour l’attentat et pour ces hommes qui sont morts tu penses que dessiner des caricatures ça vaut la mort ?
— Ben non !
— Ok Farès alors maintenant si je reprends ta phrase de début quand tu disais "oui mais quand même ils n’avaient pas à faire ça" moi je pourrais comprendre que tu trouves ça juste qu’ils soient morts alors que tu viens de me dire le contraire.
— Non c’est pas juste.
— Alors comment tu pourrais redire une phrase pour exprimer plus justement ce que tu penses maintenant ?
— Ben moi je suis musulman, je ne suis pas d’accord avec Charlie mais ça vaut pas de mourir.
— Ok Farès là tu t’es exprimé et tu as laissé à Charlie le droit de s’exprimer. Tu comprends ?
— Oui M’dame !"

Voilà qui illustre parfaitement les propos de Philippe Watrelot invité ce midi sur Europe 1 qui a insisté sur la nécessité du dialogue avec les élèves notamment après des propos non admissibles et sur la non moins nécessaire formation initiale et également continue des enseignants dans ce domaine.
On peut aussi se rassurer en réécoutant l’intervention de Laurence de Cock dans l’émission Des paroles et des actes de jeudi dernier (en évitant d’autres interventions)
Entre le "pas de vague" que dénonçait Jean-Pierre Obin dans l’Express il y a quelques jours et le tsunami aveugle bête et méchant, il y a peut-être une voie plus sage : celle de l’éducation.


Retour au futur antérieur

"Réaction ère" encore et toujours avec les propositions pour (?) l’école de Camille Bedin de l’UMP dans une tribune offerte par Le Figaro. Ce texte est titré « 2015 : année zéro de l’École Française » ; il aurait mérité le titre de "Degré zéro de la réflexion".
Voilà en effet encore quelqu’un qui utilise les attentats contre Charlie Hebdo pour exiger des mesures totalement contraires à l’esprit de ce journal.
Parmi les nouveautés (si j’ose employer ici ce mot) « le port d’une tenue vestimentaire propre à chaque établissement ».

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" N’ayons pas peur de proposer par exemple le port d’une tenue vestimentaire propre à chaque établissement : la fierté nationale commence par la fierté collective" (C. Bedin) - Dessin Jean-Marie Olaya

On a aussi et surtout droit à des demandes de retour de ce qui n’a jamais disparu : « apprendre à nouveau l’histoire de façon chronologique et continue, sans flagornerie et sans honte » (sic !), « les grands auteurs » et bien évidemment les sempiternelles « fondamentaux ». On se saurait que trop conseiller à Mme Bedin et à son collectif de lire les programmes scolaires. Ils y découvriraient que l’histoire est bien enseignée de manière chronologique (trop ?) et que la France est un des pays où les fameux fondamentaux y ont le plus de place.
Camille Bedin publie cette tribune au nom d’un collectif regroupant enseignants et chefs d’établissement qui se gardent bien de co-signer. On peut les comprendre, ce serait admettre leur grande ignorance des programmes actuels.

Si jeudi prochain l’actualité éducative pouvait être moins morose, j’arrêterais peut-être de passer pour le râleur de l’équipe (formidable !) de la revue de presse.

Laurent Fillion


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Dans la librairie des Cahiers Pédagogiques

L’autorité
Revue n°426 - septembre 2004
Face à la représentation bien répandue d’une école en proie au renoncement, ce dossier se propose d’aider à comprendre en quoi consiste l’autorité, comment on peut la repenser dans un contexte de revendications égalitaires, comment on peut essayer de l’exercer collectivement dans l’établissement et seul dans sa classe, au milieu des paradoxes et difficultés multiples.

Questions sensibles et sujets tabous
Revue n° 477 - decembre 2009
Problèmes existentiels longtemps tabous à l’école, contestation de certains sujets « sensibles », comportements sexistes, racistes, homophobes : comment réagir ?

L’autorité éducative, la construire et l’exercer
Ouvrage - janvier 2014
Bruno Robbes
Collection Repères pour agir, CRDP de l’académie d’Amiens - CRAP-Cahiers pédagogiques, janvier 2014.
Ce livre aborde sous un angle nouveau le thème de l’autorité, primordial à l’heure de la refondation de l’école.Un ouvrage en partenariat avec les Cahiers pédagogiques qui ouvre de nombreuses pistes pratiques pour exercer vraiment une « autorité éducative » en collège et lycée. Des témoignages, des exemples, y compris à l’étranger. Et une solide et indispensable réflexion sur ce qu’est ou doit être l’autorité. Pour l’auteur et les différents contributeurs du livre, l’autorité n’est pas innée, elle ne relève pas du charisme, elle s’élabore au jour le jour et reste, de façon permanente, « en construction ».