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Revue de presse du jeudi 22 septembre

Inégalités - Assassins - Budget - Redoublement


Quelques jours après le pavé dans la marre de Thomas Piketty, la question de la ségrégation scolaire n’en finit pas de faire des vagues, et on la retrouve encore très présente dans la presse du jour. Elle y est rejointe par un débat qu’il faut bien qualifier pour ce qu’il est, affligeant, à propos de supposés "assassins de l’école". Débat lancé par un brûlot qui se veut anti-"pédagogues", un de plus. Quelques articles sur des sujets divers termineront cette revue nécessairement partiale de l’actualité éducative de ce jeudi.


Ségrégation

Le Café pédagogique consacre un dossier au thème Ségrégation sociale à l’école : le poids de l’institutionnel. "Que peut apporter l’ethnographe à la connaissance du système éducatif ? Une approche particulière, au plus près des acteurs, qui permet d’entrer dans les routines de fonctionnement et la culture de l’institution. C’est ce qu’a fait Denis Laforgue, immergé durant deux années dans des inspections académiques pour comprendre comment l’institution nourrit la ségrégation dans le système éducatif. Publiée dans Ethnographie de l’école (P.U. de Rennes), son étude éclaire sous un nouveau jour, celui des cultures de bureau, un phénomène aussi mortifère pour le système éducatif".
Pendant que certains se penchent sur cet inquiétant phénomène de la ségrégation scolaire, brutalement mis sous les projecteurs par Thomas Piketty il y a quelques jours, d’autres prennent presque le problème dans l’autre sens. La démocratisation des diplômes est-elle allée trop loin ? se demande par exemple Louise Tourret sur Slate.fr. "Alors les universités françaises vont accueillir 30.000 étudiants de plus cette année, la question d’une plus grande sélection se pose dans l’enseignement supérieur. Car les diplômes ont aujourd’hui une valeur contrastée et surtout dégradée". Un article intéressant car il lève un tabou. Mais un article incomplet, me semble-t-il, car il n’évoque que très peu un aspect essentiel de la question : cette massification répondant à une attente sociale, que fait-on des "vaincus" potentiels d’une sélection accrue ? Question récurrente dans l’enseignement du second degré depuis des décennies, à laquelle personne n’a encore réussi à trouver de réponse. N’est-ce pas pourtant, à tout prendre, une des seules qui vaillent ? L’autre étant (mais ça, c’est encore tabou), l’utilité réelle des diplômes pour prouver sa capacité à réussir dans son métier. Question à laquelle bien des pays occidentaux ont répondu, et depuis longtemps.


Qui sont donc les assassins de l’école ?

Les assassins de l’école habitent la rue de Grenelle répond L’Obs dans un titre totalement dénué de la moindre pudeur et de la moindre rigueur journalistique. L’article est un peu plus nuancé que son titre ne le laisse paraître. C’est en réalité un compte rendu de lecture, certes quelque peu favorable à la thèse du livre de Carole Brejon (il faut dire qu’elle est employée par ce journal !), mais qui n’élude pas pour autant certaines questions. "Il y a in fine deux manières de lire "Qui sont les assassins de l’école". En refusant de brûler avec l’auteure ceux qu’on a adorés, par crainte de se retrouver catalogué dans le camp des "réacs". En acceptant au contraire de partager avec les accusés numéro un et leurs héritiers le constat d’échec de la lutte contre les inégalités scolaires.
A lire Carole Barjon, on se dit que ses "assassins" sont mûrs pour sortir le débat scolaire de l’affrontement stérile avec le camp de l’école d’avant. Ce dernier y est-il prêt, ou ses fantassins préfèreront-ils se mettre le doigt dans l’œil en estimant que la défaite de la pensée "pédago" signe leur victoire ?
”. C’est effectivement une question qui se pose, à front renversé des habituels et lassant procès en sorcellerie contre les "pédagogues" (dont la défaite, tout de même, reste largement une profession de foi extrêmement partisane, et peu vérifiée dans les faits).

Pour en finir avec ce sujet, il faut absolument lire la belle et complète réponse de l’ami Christophe Chartreux sur son blog : Soutien aux "assassins de l’école" qui sont ceux qui la sauvent....

Des gens qui assassinent chaque jour un peu plus les valeurs républicaines de l’école, pourtant, il y en a. Proximité avec le FN, rupture de l’égalité de tous les enfants devant l’école, les exemples ne manquent pas ces jours-ci, malheureusement.

Brighelli, pour commencer. Marseille : ce prof du lycée Thiers qui vante le programme FN sur l’école (La Provence). Un article intéressant pour ce qu’il dit de l’image réelle de ce polémiste réactionnaire : populaire sur les réseaux sociaux et dans la fachosphère, il semble pour le moins rejetté, sinon détesté, par les profs en chair et en os qu’il croise dans son lycée. Ceux là même qui ont compris l’image particulièrement dégradée que ce triste sire donne de leur profession. Loin de tout anonymat des réseaux sociaux, justifiant n’importe quel excès de langage.

De son côté, Libération nous parle de la nouvelle politique du conseil régional d’Ile-de-France en matière de parrainage d’élèves sans papiers et titre La région IDF n’aidera pas au parrainage de lycéens sans papiers. "La présidente du Conseil régional Valérie Pécresse (LR) a refusé jeudi d’engager la région Ile-de-France dans le parrainage de lycéens sans papiers, comme le faisait auparavant l’ancienne majorité socialiste, affirmant que « la République commençait par le respect de la loi ».
Elle a été interpellée par le groupe écologiste demandant qu’elle lance, comme l’avait fait l’ancienne majorité, « 
des cérémonies de parrainage d’élèves sans-papiers aux côtés du réseau Éducation Sans Frontières »". En contrepoint à ces attaques, la présidente de région a expliqué qu’elle ne menait pas pour autant une politique hostile aux sans-papiers. " « les élèves sans-papiers scolarisés en France ne peuvent pas être renvoyés », [a-t-elle précisé] et elle a souligné que la Région finançait la scolarisation de ces lycéens, puisque l’école est gratuite, ainsi que la cantine scolaire".


Redoublement

Titre quelque peu provocateur dans Le Parisien à propos du redoublement (curieusement, aucune actualité récente ne semble justifier ce soudain regain d’intérêt pour ce sujet).Education : interdiction de redoubler... même pour Jules, qui ne sait pas lire. Extrait : “même quand les familles et les enseignants sont d’accord, la plupart des dossiers de redoublement sont retoqués par l’administration. A charge pour les professeurs d’apporter à leurs élèves en difficulté une aide personnalisée dans le cadre de la classe, avec l’espoir qu’ils rattrapent, au fil du cycle d’apprentissages de trois ans (CP-CE 2), le retard pris au démarrage. « La recherche montre que le redoublement, au mieux n’a pas d’effet, ou peut se révéler nocif pour la réussite scolaire des élèves et pour le développement de leur estime de soi », estime le Conseil national d’évaluation du système scolaire, qui a consacré au sujet une étude en janvier 2015. Si le constat est partagé, « il reste que la France a supprimé le redoublement sans mettre en place de dispositif alternatif d’aide aux élèves en difficulté », relève Eric Charbonnier, expert en éducation à l’OCDE.” Un jugement un peu sévère, sauf à considérer que les PPRE sont déjà tellement déconsidérés qu’ils ont sombré dans l’oubli.


Budget

Les efforts budgétaires en faveur de l’éducation attirent l’attention du Figaro. Education : 12.842 nouveaux postes en 2017. Et le quotidien conservateur de reconnaître : "Le projet de loi de finances de 2017 comprend la création de 12.842 postes dans l’Education nationale, a indiqué aujourd’hui la rue de Grenelle, soulignant que l’engagement de François Hollande de créer 60.000 postes pendant son mandat était ainsi tenu".

Lionel Jeanjeau


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Dans la librairie des Cahiers Pédagogiques

Vous avez dit gouvernance ?
Hors-série n°Cahiers d’Éducation & Devenir n° 16 - decembre 2012
Clarifier le sens de mots-clés du système éducatif utilisés avec des références qui finissent par devenir personnelles voire tabou. Préciser le sens des mots tels que gouvernance, régulation, évaluation, autonomie, projet d’établissement et lever les ambigüités, c’est donner confiance aux acteurs pour un fonctionnement plus démocratique et une participation plus en conscience.

Mettre en oeuvre les EPI
Revue n°528 - mars 2016
Les enseignements pratiques interdisciplinaires vont se mettre en place à la rentrée 2016. Dans certains collèges, on anticipe déjà. Dans d’autres, les pratiques interdisciplinaires existent depuis un certain temps. On ne part donc pas de rien et les EPI peuvent s’appuyer sur l’existant.