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Revue de presse du jeudi 22 janvier 2015

Le Président - La ministre - Des profs et des élèves


Les médias du matin reviennent bien évidemment sur le discours du Président de la République d’hier, à l’occasion de ses voeux au monde de l’Education.
Ceux de l’après-midi commentent celui de Najat Vallaud-Belkacem prononcé ce midi et annonçant une série de mesures censées répondre aux interrogations de ces derniers jours.


De l’union nationale au Bloc National ?

Je sais, j’entends déjà de mauvaises langues dire que je suis comme ça mais franchement le discours d’hier c’était un peu comme ça, non ?
Les Echos nous en offre un résumé en ces termes :« Lors de ses vœux au monde éducatif, François Hollande a annoncé que les élèves suivront un apprentissage sur les concepts de « respect des droits, entraide, solidarité, participation à la vie démocratique, citoyenneté, laïcité », mais aussi un enseignement aux médias, pour développer leur esprit critique. Le 9 décembre, journée de la laïcité, sera célébré dans tous les établissements. » On y apprend aussi que des assises de l’école viendront compléter la refondation. La bâtisse devrait être solide !
Pour Le Monde, le Président a ainsi prôné l’autorité à l’école. Et d’illustrer ce titre par une citation de François Hollande :
« Tout comportement mettant en cause les valeurs de la République ou l’autorité [des enseignants fera l’objet d’un] signalement [au chef d’établissement] (...) Aucun incident ne sera laissé sans suite. Chaque fois qu’il y aura une mise en cause de la dignité, de l’égalité entre jeune fille et jeune garçon, qu’il y aura une pression, un mot qui sera prononcé qui met en cause une valeur fondamentale de l’école et de la République, il y aura une réaction. » et d’une de ses annonces : « le président de la République a par ailleurs annoncé la création dans chaque académie de groupes de volontaires, des « réserves citoyennes », pouvant intervenir dans les établissements scolaires. »
De l’autorité à l’autoritarisme il n’y a parfois qu’un pas que seule la vigilance des acteurs pourra éviter.

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Le dessin de Geneviève Brassaud

Les réactions sont bien évidemment nombreuses et diverses.
On lira dans Le Café Pédagogique celles des principales organisations syndicales et de parents : Syndicats perplexes, parents inquiets
Fidèle à son pluralisme de points de vue, Le Figaro ouvre ses colonnes à Jean-Rémi Girard, du SNALC qui « s’inquiète de la prolifération des discours et plaide pour une application ferme des règles déjà existantes ». Parmi les solutions proposées pour résoudre les problèmes de citoyenneté, civisme, civilité : « insister sur la grammaire, l’orthographe et le vocabulaire » (sic) et « plutôt que de faire signer les parents, on devrait très clairement développer des moyens pour « former » certains parents. [...] en développant des moyens pour que certains d’entre eux puissent s’améliorer dans la maitrise de la langue ou encore comprendre les codes de l’École ». Faut-il y voir une mise à l’index des parents issus de l’immigration ? Des propos bien maladroits dans le contexte actuel...
On vous fera l’économie de la pensée de Brighelli sur le discours de Hollande qui ose un « On peut toujours annoncer un renforcement de l’autorité des maîtres, et le retour au respect - mais dans le cadre laxiste de la loi Jospin ? » en vous déconseillant le lien.
Dans Le Plus de l’Obs, Baptiste Benoit, agrégé, professeur en CPGE (SIC), met en garde : « "Charlie Hebdo" : la répression n’est pas une politique. C’est l’école qu’il faut refonder.  » Un titre qui peut fédérer, tout comme certains des premiers propos de l’article « L’éducation peut faire rempart à la violence [...] Si certains ressorts de l’intégration peuvent nous échapper (le marché du travail et l’emploi par exemple), d’autres nous appartiennent encore. [...] L’éducation peut faire rempart à la violence. La question demeure toutefois de savoir quelle école nous voulons. » Mais les conclusions de l’article sont beaucoup plus problématiques :
« L’école doit se réapproprier ses valeurs [...] l’école ne sera républicaine qu’en se réappropriant les valeurs qui sont les siennes : le sens de l’effort, du travail, la place laissée à chacun en fonction de ses capacités. » Il faut visiblement pour certains sauver l’élitisme et la sélection à tout prix en les drapant de vertus qui peuvent nous échapper...
Heureusement, d’autres commentateurs ont été en cette matinée plus avisés. Ce matin par exemple l’excellent invité de Jean-Jacques Bourdin sur RMC (à partir de la 10e minute) nous offrait un avis « en demi teinte avec des motifs de satisfactions et aussi de déception ». Philippe Watrelot, puisque c’est de lui qu’il s’agit, faisait remarquer à juste titre que les mesures annoncées hier par François Hollande consistaient surtout à un renforcement de l’existant. Il ajoutait attendre une session de rattrapage de la part de la ministre...


Oral de rattrapage réussi ?

C’est vers 13 heures que Najat Vallaud-Belkacem a présenté « les onze mesures pour une grande mobilisation de l’École pour les valeurs de la République »
Force est de constater qu’il y en a pour tous les gouts. Ainsi, les tenants du retour mythique à l’autorité des professeurs, les pourfendeurs du laxisme et autres fétichistes du garde-à-vous à leur entrée en classe seront ravis à la lecture de la mesure n°2 « Rétablir l’autorité des maîtres et les rites républicains ». Au programme (pas très Charlie), la politesse et la Marseillaise. Au contraire, les "éducateurs" attachés à l’éducation à la citoyenneté et aux médias trouveront bien plus intéressante la mesure 3 qui met en place un parcours citoyen. Ce dernier devrait faire découvrir la citoyenneté en la pratiquant plutôt qu’en la prêchant, mettant ainsi en oeuvre le principe dicté par François Audigier « C’est en citoyennant qu’on devient citoyen ».
Enthousiaste, Louise Touret sur Slate.fr nous crie que « La République se mobilise enfin pour l’école ». « Le plan publié par le ministère parle essentiellement de l’éducation à la citoyenneté. Le drapeau, la Marseillaise… Je me souviens que Chevènement nous avait déjà fait le coup quand j’étais élève. Aujourd’hui l’institution parle de parcours citoyens, pour « apprendre les valeurs de la République de l’école élémentaire à la terminale » et c’est ce qui va faire le plus réagir. Mais ce qui me frappe en lisant le document c’est le nombre de mesures de bon sens qu’il contient en plus de ça, et qu’il formule de manière plus affirmée, plus volontariste et plus crédible qu’à l’accoutumée. » Elle en a retenu trois plus essentielles à ses yeux : la mixité sociale qui devrait être renforcée, le rapport aux familles qui devrait être affirmé et la réussite scolaire qui devrait être recherchée par un test diagnostique (on l’espère) en français en fin de CE2.
On nous autorisera sur ces sujets à freiner l’enthousiasme de la journaliste tant ces promesses nous ont déjà été faites.
Pour Aurélie Collas du Monde, « l’école est mobilisée pour former des citoyens. » par des « mesures consensuelles » qui laissent aussi parfois les acteurs « sur leur faim » :
« Face à la forte pression médiatique et sociale, l’exécutif n’avait pas d’autres choix que d’apporter des réponses. Dès le lendemain de l’attaque contre Charlie Hebdo, l’opinion publique s’est inquiétée des minutes de silence qui n’avaient pas été respectées partout, de refus d’élèves, de provocations, du désarroi des enseignants qui, parfois, n’ont pas su expliquer le sens des mots « liberté », « blasphème », « caricature ».
Y aura-t-il, à l’école, un « avant » et un « après » attentats ? Quelle sera la responsabilité de l’institution scolaire dans la lutte contre ce que le premier ministre appelle « l’apartheid territorial, social, ethnique » de certains quartiers ? Face au plan annoncé, la communauté éducative, qui a été consultée tour à tour depuis le 12 janvier, semble rester sur sa faim. « Aucune mesure ne peut nous heurter, mais aucune n’est vraiment nouvelle », considère Bernadette Groison, de la FSU. Pour la secrétaire générale de la principale fédération de l’éducation, « le nouveau souffle n’est pas pour demain ».
De fait, pas de coups d’éclat, pas d’annonces tonitruantes. Le « plan d’action » en question s’apparente à une batterie de mesures de bon sens, consensuelles et prudentes, qui, pour la plupart, visent à réamorcer des dispositifs existants. Leur cout : 71 millions d’euros pour 2015 – 250 millions pour les trois prochaines années.
 »
Même tonalité du côté de Libie Cousteau pour l’Express : « Laïcité à l’école : une batterie de décisions "assez ordinaires" pour les syndicats » titre-t-elle. Elle y recueille quelques réactions qui illustrent une certaine perplexité :« "Il fallait bien que le ministère donne le sentiment d’agir", soupire Sébastien Sihr, secrétaire général du SNUIPP, principal syndicat du premier degré, qui regrette l’absence de mesures véritables concernant la "ségrégation ethnique et sociale", selon lui au coeur du problème. "Ce ne sont pas des mesures révolutionnaires, estime-t-il. La mobilisation générale accouche d’une batterie de décisions assez ordinaires."
"On est sur un catalogue de choses dont certaines se font déjà. Il n’y a rien de vraiment nouveau", critique de son côté, Christian Chevalier, secrétaire général du SE-UNSA. Pour lui, "le vrai sujet, c’est d’apprendre aux élèves à débattre et à raisonner. C’est ainsi que les valeurs de la République peuvent se transmettre".
Même écho du côté du syndicat national des personnels de direction : son secrétaire général Philippe Tournier souligne qu’un bon nombre de ces mesures comme la signature du règlement intérieur ou le signalement des incidents existent depuis longtemps. Pour ce responsable, le véritable noeud du problème réside, comme l’a souligné le Premier ministre Manuel Valls, dans cet "apartheid" social, déjà en germe il y a dix ans. "Après les émeutes de 2005, on n’a rien fait, on le paye aujourd’hui".
Enfin, du côté de la FCPE, principale fédération des parents d’élèves, la réaction est plus positive. "Les mesures annoncées comme la formation du personnel et notamment la formation continuer vont dans le bon sens, estime son président Paul Raoult. La question est de savoir comment tout cela va s’imprégner dans la réalité."  »

N’oublions pas que l’essentiel se fait dans la classe. Qu’il n’est pas utile d’attendre un grand soir décidé en haut lieu pour mettre en oeuvre avec nos élèves des pédagogies collaboratives par exemple, et atteindre les objectifs que chacun semble d’accord pour fixer à l’école ces temps-ci.


On le note ?

Dans son discours, hier, François Hollande a eu aussi une petite phrase qui est parfois passée inaperçue mais pas au Figaro (forcément). François-Xavier Bourmaud la commente dans ces termes : « La question de l’évaluation et de la suppression des notes était, avant le 7 janvier, le dossier prioritaire de la ministre de l’Éducation. Elle devait d’ailleurs rendre un avis ce vendredi sur le sujet. Mais le retour décrété de l’autorité et la suppression des notes ne semblent pas faire bon ménage si l’on en croit le discours du président Hollande. « L’école doit évaluer. L’école doit continuer à noter, a-t-il déclaré. Mais ne doit pas blesser, écarter. », a-t-il ajouté. »
Difficile d’en vouloir au non-spécialiste qu’est François Hollande de confondre évaluation et notation quand tant d’acteurs du monde éducatif ont fait (feindre de faire ?) la même confusion. Surtout, si c’est le retour à l’autorité(-tarisme ?) qui explique cette position, on comprend mal la dernière remarque.
Et quid des établissements et enseignants qui ont déjà abandonné les notes pour évaluer, sans blesser, sans écarter ? Les obligera-t-on ce vendredi à faire machine arrière parce qu’un non-spécialiste a été abusé par des discours mensongers ?
Pourtant les médias continuent à s’intéresser à ces pratiques. France 3 Languedoc Roussillon a ainsi rencontré Stéphane Guyon et ses élèves.
Certes, ce reportage est une fois de plus un peu trop axé sur "le code couleur" plutôt que sur le vrai sujet qui est l’approche par compétences, le découpage du devoir en capacités ou compétences (comme le fait remarquer ce professeur dans le reportage) pour que l’élève puisse voir ce qu’il a réussi et ce qu’il a loupé, et surtout qu’il sache pointer du doigt comment il devra faire pour ne pas réitérer les mêmes erreurs.
Mais voilà qui rejoint ce que disait justement aujourd’hui un certain François Hollande aux jeunes lecteurs de Mon Quotidien. « Questionné sur l’évaluation à l’école.« Ça peut arriver qu’on ait une mauvaise note, on en sait parfois les raisons », a répondu d’emblée le président. « Il faut qu’il y ait une forme d’émulation à travers l’évaluation », a-t-il ajouté. Et il a précisé : « Il faut savoir si on a atteint l’objectif ». »

Puisqu’il faut donc continuer à noter, quelle note mettriez-vous, chers lecteurs de la revue de presse, au discours de notre Président pour qu’il sache si l’objectif a été atteint ?

Laurent Fillion


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Dans la librairie des Cahiers Pédagogiques

Une petite sélection pour mettre en place un parcours citoyen (mesure n°3)

Éduquer à la citoyenneté. Construire des compétences sociales et civiques
Laurent Fillion, collection Repères pour agir, Scéren-CNDP et CRAP-Cahiers pédagogiques, 2012.
Comment offrir aux élèves un parcours qui mobilise les valeurs, pratiques civiques et comportements sociaux ? Quelles actions mener pour favoriser leur participation à la vie sociale et professionnelle ?
Comment évaluer ensuite ces compétences si particulières ?
Cet ouvrage rassemble des propositions très diverses, basées sur des situations expérimentées en classe. Toutes visent les mêmes objectifs : aider les élèves à vivre en société et construire de futurs citoyens. Enseignants, éducateurs et chercheurs témoignent et livrent leur point de vue sur la mise en place de cette compétence emblématique du socle commun.
Avec un chapitre d’actualité : comment éduquer à une « morale laïque » sans faire de leçons de morale !
Préface de François Audigier
Interpellations de Bernard Rey : comment évaluer ces compétences ?

Travailler sur la presse écrite à l’école
Hors-série n°15 - decembre 2008

La presse écrite a-t-elle encore sa place dans la société ? Comment travailler avec la presse, en comprendre les langages, contribue-t-il effectivement à former l’esprit critique ?

Faire vivre une morale laïque
Hors-série n°30 - avril 2013
Publication disponible uniquement au format numérique (PDF - epub), en téléchargement depuis notre site.
Une compilation d’articles parus ces dernières années sur l’éducation à la citoyenneté, le droit, la laïcité, les débats et les « questions sensibles » à l’école , en contribution à la réflexion en cours sur une « morale laïque ».

L’actualité du monde et la classe
Revue n°434 - mai 2005
Ce dossier interroge toutes les facettes de la problématique en donnant la parole aussi bien à des théoriciens de l’image qu’à des enseignants qui analysent comment ils prennent en compte l’actualité dans la classe.

Débattre en classe
Revue n°401 - fevrier 2002
Pourquoi débattre en classe ? Comment le faire ? Ce dossier montre les liens entre le débat et la démocratie, défend l’idée que débattre s’apprend et que cet apprentissage doit se faire dès l’école.

Esprit critique, es-tu là ?
Revue n°386 - septembre 2000
Comment s’y prend-on pour favoriser l’émergence de l’esprit critique chez les élèves ? Comment l’esprit critique convoque-t-il, transversalement, les savoirs pour porter un regard averti sur le monde d’aujourd’hui ? Ce dossier aborde aussi bien des aspects théoriques, politiques que pédagogiques.