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Revue de presse du jeudi 16 octobre 2014

Les professeurs changent - Les relations parents/école changent - et les programmes, ils changent ?


Et si le changement c’était pour maintenant ? Les articles consacrés à l’éducation dans les divers médias aujourd’hui semblent répondre par l’affirmative.


Les professeurs changent

« Le cliché du professeur barbu, client de la Camif, syndiqué et qui vote socialiste les yeux fermés a vécu. » C’est ainsi que Maryline Baumard résume dans Le Monde une étude de l’institut Sociovision pour la MGEN. Cette enquête auprès d’un échantillon représentatif de 1 409 enseignants de la maternelle au lycée, révèle des mutations très profondes chez les enseignants.
« D’abord, la population enseignante a pris un coup de jeune. Un sur quatre a désormais moins de 35 ans. La conjugaison du nombre accru de postes au concours depuis 2012 et du départ à la retraite de grosses cohortes d’individus depuis dix ans est désormais tangible »
« Du point de vue des usages numériques, ce rajeunissement pourrait ouvrir des perspectives, puisque Sociovision observe que les trois quart (76 %) de ces moins de 35 ans sont inscrits sur Facebook et que 85 % d’entre eux s’y connectent au moins une fois par jour. « Les jeunes enseignants figurent même dans le trio de tête des groupes les plus connectés », rappelle Christophe Lafond, délégué national de la MGEN. Lors de l’enquête, « 62 % ont déclaré ne pas pouvoir se passer d’un accès à internet mobile, quand ce n’est le cas que de 39 % des salariés du pays », ajoute-t-il. »
Rien ne dit toutefois que ces outils numériques ont fait évolué leurs pratiques pédagogiques...
Dans Le Monde, toujours, le sociologue à l’université de Picardie, Bertrand Geay commente les résultats de cette enquête : « l’enseignant conserve des valeurs, mais se détache peu à peu des organisations qui structuraient hier la communauté enseignante. Je pense évidemment aux syndicats. »

Cette nouvelle génération de professeurs semblent également attirée par de nouvelles pratiques d’évaluation si l’on en croit Stéphane Guyon qui propose dans la revue de Sesamath un long et intéressant article sur l’évaluation par compétences à travers l’application SACoche dont il est l’un des utilisateurs militants. Les raisons sont diverses selon lui :
« Quoiqu’on pense de ces consignes ministérielles, et de leur application véritable sur le terrain, elles ont objectivement plongé des équipes du secondaire dans une réflexion sur les compétences. Et concrètement, de plus en plus d’équipes se tournent vers un autre mode d’évaluation dans leur pratique quotidienne. Certaines pour donner du sens à la validation du socle commun au collège par exemple, ont mis en place des outils qui permettent de synthétiser l’ensemble des compétences validées par les équipes.
Mais d’autres collègues, dont je fais partie, ont, de façon tout à fait indépendante, et parfois isolée ou minoritaire dans leur établissement, adopté, par rejet du mode d’évaluation actuel, l’évaluation par compétences. Il n’y a donc pas toujours de liens direct entre la validation du socle de connaissances au collège et l’évaluation par compétences.
 » Le témoignage de Stéphane Guyon est intéressant dans le sens où l’on y perçoit comment on peut impulser le changement :
« Mon déroulement de carrière m’a fait passer par trois établissements successifs où j’ai, à chaque fois de façon isolée au départ, mis en place cette pratique.
Cette histoire qui m’a fait présenter ma pratique à trois équipes, m’a poussé à évidemment échanger avec de nombreux collègues de façon informelle, mais aussi à animer des réunions avec des parents, à présenter ma pratique aux équipes, et donc à répondre à des questions, à affiner des arguments pour répondre aux critiques ou craintes soulevées. Au final, cela m’a transformé progressivement en un « militant » de l’évaluation par compétences
. »
A l’heure où s’ouvre la consultation sur l’évaluation, on ne peut que conseiller la lecture complète de ce plaidoyer en faveur de l’EPC qui s’appuie sur une destructuration du système actuel.

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Des professeurs plus connectés et favorables à l’évaluation par compétences sans notes, voilà qui correspond à celle dont Monique Royer fait le portrait sur le site du CRAP/Cahiers Pédagogiques et que l’on connaît un peu dans la revue de presse : Mila Saint-Anne (ma « soeur pédagogique ») .
Elle « n’assène pas. Elle vit ses moments de bonheurs pédagogiques sans jeter d’anathèmes sur ceux qui font autrement. Elle demeure sur un registre résolument optimiste, convaincue que les choses bougent doucement au rythme propre à un système où les changements s’opèrent de l’intérieur. Elle rit en disant «  Je me mets un peu en retrait et j’attends avec joie le moment où je serais passée de pionnière à vieille c…  ». » On a encore le temps ...

Les relations parents/école changent

La Croix décrit un exemple de mise en place d’espace parents, instauré par la loi de « refondation » de l’école de 2013.
C’est au collège François Rabelais, à Vitry-sur-Seine que les familles ont transformé leur salle en un espace accueillant.
« C’est un lieu coloré, convivial, décoré comme une pièce à vivre. Il y a des fauteuils, un canapé, une grande table avec des chaises rouges, un meuble de rangement assorti, un ordinateur, des jouets d’enfants. Et au mur, des cadres et des coquelicots géants. Sur une petite étagère, il y a même une cafetière, des tasses, du sucre et une boîte à biscuits. Tous les ingrédients, en somme, pour rendre l’endroit accueillant.
(...)
« Ce sont les parents qui ont aménagé la pièce avec la dotation du conseil général, explique Nicole Abittan, la principale du collège. Je crois qu’ils se sont approprié les lieux et qu’ils sont heureux d’une telle initiative »
 »
Cette disposition de la loi est encore mal connue et peu appliquée. Un exemple à suivre ?

Et les programmes, ils changent ?

Dans L’Humanité, Edgar Morin, sociologue et philosophe, Marine Roussillon, responsable 
du réseau 
école du PCF et Denis Paget, de l’Institut de recherche de la FSU et membre 
du Conseil supérieur des programmes participent à une une tribune / interview croisée intitulée " Que doit enseigner l’école aux nouvelles générations ?".
Un texte assez inégal (la nature de sa construction expliquant cela) qui pose toutefois le plus souvent les bonnes questions.
« Pour les communistes, la refondation des programmes doit se donner un double objectif : démocratiser l’appropriation des savoirs et construire une culture commune de haut niveau. L’évolution de la société rend nécessaire l’appropriation par le plus grand nombre de savoirs complexes. Mais l’école ne peut pas tout enseigner. Pire, elle échoue déjà à transmettre à tous les contenus fixés par les programmes. Comment concilier ambition et égalité ? » Vaste question dont on peut regretter quelques réponses approximatives du type « Il est tout d’abord nécessaire d’affirmer que l’école a les mêmes ambitions pour tous les élèves : cela implique d’en finir avec les objectifs différenciés (le socle pour les uns, les programmes pour les autres), mais aussi avec la prolifération des options et l’individualisation des parcours. ». La notion de socle commun n’a toujours pas été comprise par certains commentateurs pourtant avisés ...
D’autres propositions sont sans doute plus pertinentes et moins polémiques : « Il importe ensuite de ne pas dissocier la réflexion sur les contenus de celle sur les pratiques d’enseignement. Refonder les programmes sans rien prévoir pour la formation continue des enseignants , comme le fait le gouvernement, c’est vouer la réforme à l’échec ! » [...] « Et les contenus ? Face aux inégalités croissantes dans l’appropriation des savoirs, se replier sur un corpus limité de « fondamentaux » (lire, écrire, compter, cliquer…), c’est réduire la mission de l’école à la transmission du bagage indispensable pour évoluer dans notre société. Nous, communistes, faisons au contraire le pari d’une conception évolutive et vivante de ce qui est transmis et construit par l’école : non pas un « bagage » constitué une fois pour toutes mais des pratiques de construction de la connaissance qui peuvent prendre pour support des objets divers et qui permettront aux adultes de demain non seulement d’évoluer dans la société, mais de la faire évoluer. Nous attendons donc des nouveaux programmes qu’ils rompent avec la logique d’accumulation des savoirs dans d’interminables listes pour privilégier une logique d’approfondissement et la construction d’une culture cohérente. »

Laurent Fillion


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Dans la librairie des Cahiers Pédagogiques

Enseignant : un métier qui bouge
Revue n°514 - juin 2014
Tous les enseignants expérimentés le disent : ce n’est plus comme avant, le métier change. Allons voir de plus près ce qui évolue, comment le métier change, comment ces évolutions pourraient être accompagnées par l’institution, à toutes les échelles, en quoi elles vont dans le sens de l’essentiel : mieux faire apprendre les élèves.

L’évaluation des élèves
Revue n°438 - decembre 2005
L’évaluation peut être au premier chef un facteur d’aggravation des inégalités scolaires, produisant sélection et tri. Elle peut aussi être autre chose, essentiellement formative : reconsidérer l’erreur, utiliser des outils comme les « ceintures », se mettre au portfolio né de l’enseignement des langues vivantes, évaluer des tâches complexes sans les réduire à des listes d’items.

Questions aux programmes
Revue n°507 - septembre 2013
Qui donc fait les programmes scolaires, qui devrait les faire, selon quels critères ? Les programmes pour quoi faire dans le quotidien des classes ? Il y a ce qu’on choisit de ne pas faire, ou bien de faire en plus, sans parler de ce que l’on arrive pas à faire. Et voilà maintenant le socle commun au programme des enseignants...