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Revue de presse du jeudi 16 janvier

SPÉCIALE EDUCATION PRIORITAIRE


Les sources

En tout premier lieu, rappelons que l’éducation prioritaire a déjà été au menu de la revue de presse de mercredi sous la plume d’Ostiane Mathon.
Le ministère publie un communiqué de presse très détaillé sur les principales mesures annoncées. A retrouver ici.
Le Parisien, quant à lui, obtient une interview exclusive de Vincent Peillon : "toute l’éducation prioritaire est concernée par la réforme". Extraits choisis : "Des choses ont été faites depuis trente ans, modifiées à plusieurs reprises, mais le résultat est très loin de ce qu’il devrait être. Il est même douloureux pour la France. On croit généralement que les zones en difficulté ont plus de moyens. C’est faux. La Cour des comptes a montré que l’Etat donne 47% de plus pour former un élève à Paris qu’à Créteil. Ce diagnostic nous amène à penser qu’il faut une refondation de l’éducation prioritaire. [...] Je ne veux pas d’une école à deux vitesses. Si on vise à mettre en place des pédagogies différenciées, c’est pour atteindre le socle de culture et de connaissance qui doit être commun à tous les enfants de la République. Il ne faut plus que 25% des élèves restent sur le carreau. Mais je suis très méfiant sur l’idée qu’il faudrait un enseignement à part. Nous y faisons attention. Nous créons avec la réforme des équipes de spécialistes qui aideront les enseignants à traiter la difficulté scolaire. Ils seront dans les écoles du professorat, les Espe, et disponibles pour tous. Je ne souhaite pas qu’on ghettoïse l’éducation prioritaire : tous les élèves de France ont droit à l’exigence."


Le diagnostic

20 Minutes dresse un bilan assez complet de la situation des ZEP. Pourquoi faut-il réformer l’éducation prioritaire ?. C’est une excellente entrée en matière pour qui est peu au fait de ce dossier. On y apprend ainsi que les ZEP sont aujourd’hui à bout de souffle. Essentiellement parce que la carte de l’éducation prioritaire, difficile à établir avec précisions, n’est plus nécessairement adaptée aux objectifs initiaux du dispositif, que les enseignants, pas assez préparés et peu soutenus dans la mise en place de pédagogies innovantes (par des personnels d’encadrement qui n’ont pas non plus toujours pris la mesure des spécificités de ces collèges), quittent assez rapidement ces établissements, générant un turn-over qui ne permet pas la réflexion pédagogique sur le long terme.

Le Figaro replace pour sa part les ZEP dans leur perspective historique (depuis l’origine sous le ministère Savary), mais essentiellement pour en dénoncer les effets. ZEP : les effets pervers d’une mesure vieille de 30 ans. A lire l’article, on a l’impression que le principal "effet pervers" des ZEP apparaît dans les rares cas où il faut sortir du dispositif, essentiellement parce que les collèges se sont "embourgeoisés", pour reprendre l’expression de Marie-Estelle Pech. Cette dernière évoque également un "effet ghetto", qu’elle n’explicite pas et démontre encore moins.
Des éléments de diagnostic sont également accessibles dans le dossier spécial du Café pédagogique dont il sera question plus loin.


Les mesures prises et leur perception par la presse

On retrouvera une évocation factuelle des mesures annoncées par Vincent Peillon notamment dans les journaux suivants (la liste n’en n’est sans doute pas exhaustive)

Le Parisien. Education prioritaire : les dix mesures prises. Une simple liste des mesures principales, qui vient en complément de l’entretien que le ministre a accordé au quotidien.
L’Express. Réforme Peillon : ce qui va changer dans l’éducation prioritaire. L’hebdomadaire accompagne sa recension de quelques éléments d’analyse, pour l’essentiel issus de la conférence de presse du ministre et du dossier consultable sur le site de la rue de Grenelle.
Pour Libération, Peillon concentre les moyens sur les ZEP. "Comment attirer et garder des professeurs motivés dans les établissements les plus difficiles et y améliorer les résultats des élèves ? Avec de meilleures indemnités pour les profs, des décharges horaires, des projets pédagogiques innovants soutenus sur la durée, répond Vincent Peillon".

A l’image de l’article de Libération, et notamment de son titre, dans l’ensemble la presse insiste sur les mesures catégorielles du dispositif. Il n’est pas nécessaire d’y revenir en détail ici : améliorations financières pour les enseignants de ZEP, appel à la réforme de la pédagogie, renforcement des moyens de vie scolaire, développement des dispositifs déjà existants dans la loi de refondation ("plus de maîtres que de classe" et scolarisation des moins de trois an notamment).

Dès hier, un article du Monde, écrit par Maryline Baumard, allait plus loin, en titrant également sur la nécessité d’enseigner autrement (le titre tente en fait la synthèse de tout ce qui est contenu dans l’annonce du ministre hier matin : Du temps et de l’argent pour enseigner autrement en ZEP).
On notera le scepticisme de François Jarraud, dans le Café pédagogique, qui consacre bien entendu un dossier complet à la question de l’éducation prioritaire (Réforme de l’éducation prioritaire). Son scepticisme porte sur la non prise en compte de la réduction des classes. "Vincent Peillon a fait un autre choix. Le rapport réalisé pour le Secrétariat général pour la modernisation de l’action publique a souligné le fait que réduire d’un ou deux élèves par classe l’effectif classe aurait peu d’effet. Ce qui amène le rapport à écarter cette perspective et à privilégier l’investissement dans un réseau de formateurs. Cette stratégie suppose d’avoir les formateurs et la capacité d’animation nécessaires. Il n’est pas certain que le ministre en dispose". Ce qui nous renvoie, encore une fois, à la question du contenu de la formation, initiale et continue, dans les Espés. Question à laquelle, on le voit bien au travers de cette revue de presse, la "plan Peillon" prétend apporter certaines réponses. Car nous rejoindrons volontiers l’analyse de François Jarraud sur un point : la question du nombre d’élèves par classe, en ZEP, n’est pas une question de moyens pour l’Etat. "cette réduction a l’inconvénient d’être couteuse, non pour l’Etat, qui pourrait affecter moins de postes dans les quartiers favorisés et davantage dans les défavorisés. Mais pour les communes défavorisées qui devraient déjà faire face à la demande de classes de maternelle".


Formation et innovation pédagogique : le coeur du dispositif

La formation pédagogique des enseignants et l’innovation pédagogique dans la classe sont au coeur de la refonte des ZEP. Ainsi, de façon significative, le ministère présente l’axe 2 de son plan de façon explicite : "Axe 2 : des équipes éducatives FORMÉES, stables et soutenues". Ce n’est pas moi qui insiste sur "formées" mais bien le ministère. C’est pourtant un aspect qui est absent des "zooms" et autres "focus" de la presse. Ce qui n’est pas tout à fait le cas des réflexions sur l’innovation pédagogiue.
En complément de l’article du Monde d’hier de Maryline Baumard, dont nous avons déjà parlé, le quotidien du soir propose un second article de fond aujourd’hui : Réformer l’éducation prioritaire pour réduire les écarts de réussite. Le glissement par rapport aux autres organes de presse est intéressant à observer : l’analyse part ici des objectifs pour montrer à quoi servent les moyens consacrés.
Force est de constater que sur le terrain, les bonnes volontés ne manquent pas, et que sans attendre les annonces du ministre, certains enseignants, écoles ou collèges ont mis en place des innovations pédagogiques stimulantes. Le Monde (dans ses pages "société" et non "éducation", ce qui me semble significatif), nous présente ainsi l’initiative du collège Robert Desnos d’Orly (académie de Créteil), dans lequel "on est flic, assistant social, parent, psychologue ... et il nous arrive d’être enseignant".

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Le dessin de Fabien Crégut

Le collège, labellisé ECLAIR, a développé une pédagogie innovante fondée sur l’activité des élèves, le caractère ludique des apprentissages et le recours à des binômes d’enseignants. Résultat : 72 % des élèves obtiennent leur DNB, un résultat effectivement à souligner dans le contexte socio-économique de cet établissement. Le reportage est accompagné d’un portfolio qui l’illustre de façon très convaincante.
France Culture, dans sa superbe émission "Les pieds sur terre" donne la parole, sans aucun jugement ni parti-pris, aux enseignants d’un autre collège de ZEP, à Meaux. La journaliste a suivi ces enseignants dans leur démarche d’analyse de pratique professionnelle, un mode de régulation que les cadres connaissent bien, mais qui reste encore tout à fait exceptionnel dans les salles des professeurs. D’où il ressort que les préjugés ont la vie dure, que l’exclusion des élèves en difficulté est souvent regardée comme la seule solution. On notera cependant avec une attention particulière l’émouvant témoignage du professeur principal de la 3eme "prépa-pro", enseignant d’EPS, qui avait cette perception en arrivant, et qui a compris, dit-il, qu’il fallait raisonner autrement et au contraire s’accrocher à tout prix (y compris celui d’assumer des relations parfois tendues avec les élèves) pour assurer la réussite de ces jeunes, aussi modeste soit-elle.


Et ailleurs ?

Le combat pour une école plus juste envers ceux qui ont moins n’est pas spécifique à la France. Ainsi, L’Express nous apprend que Michelle Obama embrasse une nouvelle cause : l’éducation. "La "Première dame" des Etats-Unis Michelle Obama a décidé d’embrasser une nouvelle cause : l’éducation des jeunes Américains, en particulier les plus défavorisés, a-t-elle annoncé mercredi".

Revue de presse réalisée avec le concours documentaire de Bernard Desclaux, que je remercie, et aux soins de qui je vous confie pour la revue de demain.

Lionel Jeanjeau