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Revue de presse du jeudi 11 septembre 2014

Retour sur la rentrée et débats à venir - au-delà des débat, une proposition - fin de la bourse au mérite : on en débat ? - attéré


Une revue de presse autour des débats passés, présents et à venir. Certains articles proposent toutefois d’aller au-delà du débat, de le dépasser par des propositions audacieuses.
Elle se terminera hélas par une note moins optimiste.


Retour sur la rentrée et débats en perspectives

C’était hier la rentrée (parlementaire) pour notre nouvelle ministre qui a eu droit à sa première question orale en tant que ministre de l’Education Nationale, de l’Enseignement Supérieur et de la recherche. C’est Yves Durand, député du Nord, qui l’a interpellée sur la poursuite de la refondation, non sans avoir au préalable lui apporté son soutien face « aux attaques aussi stupides qu’indécentes auxquelles certains se sont livrés »
Pour Najat Vallaud-Belkacem « cette rentrée 2014 s’est bien passée ».
« Ce n’est pas seulement grâce à tous ceux qui ont rendu la généralisation des nouveaux rythmes scolaires possible, mais j’en profite pour les remercier : les équipes éducatives, les élus locaux, les parents d’élèves.
On sait ce que cela coûte de s’adapter à nouveau système, mais c’est dans l’intérêt des enfants et de leurs apprentissages
. » a-telle ajouté.
Quant aux perspectives, selon la ministre si « Nous pouvons nous en satisfaire et nous en réjouir : l’éducation nationale est redevenue une priorité. Rien n’est fini, le travail continue. Cette année, c’est l’année de la réforme des programmes, de la réforme du socle, de la réforme du collège. » Vaste programme qui risque bien de faire des remous. C’est pourquoi elle a sans doute conclu en invitant «  sur tous ces sujets au débat, toujours utile sur un bien commun aussi précieux que l’école, mais pas à la polémique. » et sur un voeu « Préservons l’école ! »

La rentrée a donc été surtout marquée comme l’a rappelé la ministre dans sa réponse par la mise en place des nouveaux rythmes à l’école primaire. Politis.fr donne la parole à ceux qu’on a peu entendu sur cette question : les professionnels de l’animation en recueillant la réaction de Patrice Weisheimer du SEP-Unsa. Dans cet article intitulé Rythmes scolaires : « Il faut marcher sur deux jambes, Éducation nationale et animation ! » on y regrette une réforme « scolaro-centrée ». Au projet de « réforme des rythmes scolaires », l’interviewé préfère celui de réforme des rythmes éducatifs. Il s’en explique : « Au départ, la loi sur la refondation de l’école s’inscrivait dans une logique de coéducation, telle que formulée notamment avec l’Appel de Bobigny. Elle permettait une prise de conscience : l’animation ne se réduit pas à un face-à-face pédagogique avec les élèves mais à un temps d’éducation qui doit englober des temps de préparation des ateliers et des activités, des temps de réflexion et d’échange collectifs avec les enseignants et l’équipe d’animation, des temps d’évaluation et de coordination… Il faut que ces temps existent et soient rémunérés. Mais pour cela, il faut un pilotage national via un Pôle éducatif réunissant tous les ministères éducatifs et dont la création comptait parmi les engagements pris par le candidat François Hollande dans son discours de Créteil le 11 février 2012. »


Des perspectives après les débats ?

Ces débats parfois haineux autour des questions éducatives qu’évoquait Najat Vallaud-Belkacem dans sa conclusion sont l’objet (ou plutôt le point de départ) d’une série de deux articles sur le site du CRAP-Cahiers Pédagogiques sous un titre ambitieux "Eviter la haine et permettre à l’école d’évoluer". ils sont signés Pascal Bouchard, journaliste fondateur de ToutEduc.fr et auteur du savoureux Je hais les pédagogues, Fabert, 2013
Lundi, il s’est attardé à revenir sur les deux camps, les deux types de solutions qui se font face « La solution des anti-pédagogues, le rétablissement de l’autorité morale des enseignants par une instance dont la pertinence est par avance récusée est évidemment une impasse, comme en témoigne le ralliement de Brighelli, en désespoir de cause, au «  collectif Racine  » des «  marinistes  ». Mais il serait tout aussi vain de tenter d’imposer des solutions pédagogiques à qui n’en veut pas. Selon la formule de B. Charlot, «  les expériences réussissent toujours  » parce qu’elles sont portées par des enseignants qui y croient, qui se forment à leur mise en œuvre, et qui sont en relation avec des experts qui répondent à leurs questions. »
Hier, il a présenté un vrai projet ambitieux pour enfin sortir de ces débats sans fin et trouver une vraie solution. Ambitieux.
« constituer des «  établissements publics de bassin  ». Cet échelon administratif intermédiaire entre l’établissement et le rectorat réunirait les deux à trois lycées d’enseignement général et technologique d’un même secteur géographique (ou desservis par les mêmes transports en commun), les lycées professionnels du secteur, les collèges et les écoles primaires. [...]. Son Conseil d’administration réunirait les représentants de tous les établissements partenaires, et son président serait choisi parmi les proviseurs, principaux et IEN… Dans l’idéal, le recteur choisirait parmi trois noms proposés par le conseil d’administration.Outre que l’établissement public de bassin aurait les moyens d’une réelle gestion des ressources humaines et de la carte scolaire, et qu’il pourrait suivre les destins scolaires de la petite enfance à l’âge adulte, il pourrait aussi lancer des appels à projets, ou recevoir les projets des personnels. Ceux-ci pourraient être détachés dans un autre établissement que celui où ils sont affectés. Un prof de maths de Camus pourrait compléter une équipe du collège Sartre…
Seuls seraient concernés des enseignants volontaires. Et partant du principe que «  les expériences réussissent toujours  », elles réussiraient. J-P Brighelli pourrait réunir quelques amis convaincus de la pertinence du cours magistral, il aurait la satisfaction de triompher, tandis qu’une équipe «  institutionnelle  » triompherait de l’autre côté de la rue… Mais tous auraient eu l’obligation d’expliquer ce qu’ils veulent faire, avec quels élèves, avec quels objectifs, et avec quelles conséquences sur le système
. »
Au regard de ce que certains nomment refondation, Pascal Bouchard nous propose là une révolution.


Un nouveau débat, des perspectives diverses

En attendant le grand soir, les querelles autour des missions de l’école persistent.
Dans Libération.fr Véronique Soulé revient ainsi sur la suppression de la prime au mérite victime selon elle de l’égalité.
Le quotidien recueille l’avis de deux politiques sur cette question :
- celui de Valérie Pécresse pour qui c’est un signe du nivellement par le bas de la société. Elle argumente en s’appyant sur le souvenir de Jules Ferry et de ... Nicolas Sakozy :« En décidant de supprimer ces bourses, la gauche finit de démontrer qu’elle a abandonné les valeurs fondamentales de mérite, d’effort et de travail qui ont fondé notre République. Ces valeurs d’excellence que portait Jules Ferry. Le paradoxe, c’est que la paternité de cette belle idée revient à Lionel Jospin. Ministre de l’enseignement supérieur, je n’avais fait qu’amplifier le dispositif. Dans mon esprit, c’était une déclinaison du "travailler plus pour gagner plus" popularisé par Nicolas Sarkozy. »
- celui de Isabelle Attard, députée pour qui cette décision permet de garantir l’égalité des chances.Elle pose la question de la définition du mérite : «  Le débat sur le mérite demande d’abord une définition précise : l’élève méritant est-il celui d’une ZEP qui, pendant une année, passe de 9 à 14, ou celui qui progresse de 14 à 16 au lycée Henri IV ? Une des limites de cette bourse au mérite était qu’elle dissimulait trop de situations différentes. »
Mais la réaction la plus intéressante recueilli par Libé est sans doute celle du sociologue François Dubet pour qui« on traite mal ceux qui ne sont pas dans l’élite ». Morceaux choisis :

« Si vous touchez aux prépas par exemple, vous verrez que la défense ne vient pas que de la droite. La gauche aussi est méritocratique.
Mais la construction d’un système qui ne reposerait que sur le mérite est une pensée de droite - on va aider ceux qui méritent de l’être, distinguer les bons pauvres des mauvais, les bons chômeurs des mauvais, les bons élèves des mauvais, comme si le fait d’être bon ou pas relevait exclusivement d’une décision personnelle. C’est le cas, mais en partie. Le fait que je décide ou non de travailler signifie aussi que j’ai pu bénéficier de conditions meilleures. Quand on regarde les héros du bac - les enfants de familles immigrées qui ont 21 de moyenne -, ils ont eu la chance d’avoir des familles unies et solides. Passer à l’idée que la reconnaissance du mérite fonde une politique sociale est un thème de droite.
Ici il y a une vraie opposition gauche-droite. Car si on n’aide que les méritants, la tendance est de laisser tomber les autres et, au fond, de les culpabiliser - ils n’avaient qu’à avoir du mérite
 »

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Le dessin de Fabien Crégut

« [...] Sous prétexte de dégager une élite, on traite mal ceux qui n’y appartiennent pas. Un exemple : l’ex-ministre Vincent Peillon voulait rapprocher le collège de l’école élémentaire. La réponse a été immédiate : vous allez baisser le niveau, sacrifier les élites, mieux vaut accepter le « massacre des innocents » en sixième… Or tous les sociologues savent que l’élite scolaire reflète les inégalités sociales.
Ceci explique que les enfants d’origine modeste qui réussissent soient chez nous si valorisés. Ils sont la démonstration de la vertu du système. Chaque fois que l’un d’eux entre dans une grande école, même si c’est 1 pour 1 000, on entend « vous voyez, ça prouve que le système peut être juste ». La pensée de gauche consisterait à dire « oui bien sûr, mais le problème reste les 999 qui ne vont pas y entrer
 »

Dans le Nouvel Obs.fr Arnaud Gonzague revient lui aussi sur cette suppression des bourses au mérite en recueillant le point de vue d’une autre sociologue Marie Duru-Bellat. Elle rejoint François Dubet sur cette question : « Les pédagogues de gauche croient à l’"éducabilité" générale, soit l’idée que tous les enfants peuvent apprendre, à condition que l’école accepte de s’adapter à eux. Nous devrions nous assurer que les élèves démunis ont acquis un bagage suffisant de compétences à l’école. C’est l’idée du "socle commun" que les ministres de l’Education, de droite comme de gauche, défendent depuis dix ans. Cela n’empêche nullement de donner de la stimulation intellectuelle à ceux qui sont jugés les plus doués. [...]quel mérite mesure l’école ? Avant tout, une capacité au raisonnement abstrait. Quid de la multiplicité des formes d’intelligence, de la créativité, de la capacité à coopérer avec autrui ? Ces qualités seront pourtant essentielles dans la vie du citoyen et salarié. Il n’y a pas de mérite, mais des mérites. »


Pas de débat, pas de perspectives

Je terminerais enfin cette revue de presse par une information qui a été très peu relayée par la presse. Vendredi dernier, une lycéenne de Première a été agressée à la sortie du lycée Sophie Berthelot à Calais parce qu’elle est engagée auprès des associations d’aides aux migrants par deux individus qui ont sans doute manifesté dimanche dernier le bras tendu. Nord Littoral décrit les faits et les propos tenus par les agresseurs dans son édition de lundi. Les compétences sociales et civiques mises en oeuvre par cette jeune lycéenne lui en ont coûté. Le climat devient très malsain dans Calais ces derniers temps et les établissements scolaires ne sont pas épargnés.

Demain, la revue vous proposera d’autres débats et perspectives à partir des lectures de la presse éducative réalisées par Mila.

Laurent Fillion


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Dans la librairie des Cahiers Pédagogiques

Enseignant : un métier qui bouge
Revue n°514 - juin 2014
Tous les enseignants expérimentés le disent : ce n’est plus comme avant, le métier change. Allons voir de plus près ce qui évolue, comment le métier change, comment ces évolutions pourraient être accompagnées par l’institution, à toutes les échelles, en quoi elles vont dans le sens de l’essentiel : mieux faire apprendre les élèves.

L’égalité : un enjeu pour l’école
Hors-série n°Cahiers d’Éducation & Devenir n° 15 - 2012
Autour d’une problématique chère à notre association, « prôner l’égalité des chances vise à lutter contre les discriminations qui font obstacle au mérite », François Dubet, Bernard Toulemonde et Xavier Nau proposent analyses et réflexions, véritables textes fondateurs dont la lecture ne peut qu’éclairer les actions de chacun.