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Revue de presse du jeudi 10 décembre

Le FN et l’école - Interdisciplinarité - Création et ventilation de postes


Pour cette première revue de presse après le 1er tour des élections régionales, difficile de ne pas revenir sur les commentaires et articles qui ont été publiés sur ce dernier à travers le prisme de l’éducation.
Ces derniers temps, les médias nous offrent aussi des débats (apaisés enfin !) autour de l’interdisciplinarité.

Le Front National et l’école

Dès lundi, Najat Vallaud-Belkacem a fait part de son inquiétude au Parisien. Dans un entretien vidéo, la ministre de l’Education Nationale a donné quelques exemples de changements qui pourraient avoir lieu dans les lycées si le FN accède au pouvoir d’une région.
Luc Cédelle, Aurélie Collas et Mattea Battaglia ont étudié le même scénario dans Le Monde aujourd’hui. « Pourrait-on voir des campagnes de prévention contre le racisme ou l’homophobie annulées ? Des manuels censurés au motif qu’ils reprendraient la prétendue théorie du genre ? Des sorties au cinéma proscrites ? Des portiques de détection de métaux à l’entrée des lycées ? »
Des enseignants ont profité de ces résultats inquiétants pour se pencher sur les propositions du Front National pour l’école.
Pour Clair Nunn dans Le Plus du Nouvel Obs, ce programme est « rempli de contrevérités » et propose « un massacre de l’école pour tous ».
« Plus de place pour la différence, on massacre l’école pour tous, on veut l’élitisme pur et dur, on tue dans le nid l’école bienveillante qui était pourtant la promesse d’un monde plus humain.
Ce programme dit clairement qu’il existe des êtres humains supérieurs qui peuvent mépriser les autres :
"Le professeur est au-dessus de l’élève"
"L’école doit donc assurer la sélection des meilleurs"
"L’école n’est pas ’un lieu de vie’ où l’enfant construirait son savoir"
"Au centre de l’école, doit se trouver la transmission des connaissances, acquises difficilement par l’humanité au cours des siècles. Le maître sait, et n’a pas à être tutoyé par l’élève, qui lui doit respect et obéissance pour apprendre grâce à son effort évalué par la notation."
 ».
Force est de constater que ces idées ont hélas débordé les frontières du seul Front National. Et il convient de s’y opposer où qu’elles soient.
Jean-Michel Zakhartchouk est de cet avis dans une contribution sur le site du CRAP/Cahiers Pédagogiques dans laquelle il analyse lui aussi le programme frontiste sur l’école.« D’abord, je me suis demandé qu’est-ce qui distingue ce programme des positions sur l’école de ceux qui pilonnent sans cesse le «  pédagogisme  » ? Sans doute la radicalité et l’extrémisme, mais au fond pas tant de choses. On trouve l’affirmation de l’autorité-rataplaplan, la référence à la culture nationale, la verticalité du rapport maitre/élève, la condamnation du collège unique et le recours à la sélection précoce, le recentrage en primaire sur le français et le calcul (on ne parle même pas de mathématiques et l’on réduit le français aux règles d’orthographe et de grammaire).
Ce qui frappe quand même, c’est l’extrême fermeture de cette école : fermée aux nouvelles technologies, à l’histoire européenne et mondiale, au monde du XXIe siècle.
 »
Comment répondre au Front National ? Le numéro de cette semaine de l’excellent hebdomadaire Le 1 nous présente des exemples d’hommes, de femmes, de mouvements associatifs qui croient au sursaut civique par l’action. Le poster intérieur nous expose une série d’actions dans différents domaines. L’exemple concernant l’école est toutefois ambigü. Il s’agit d’Espérances banlieues qui crée des écoles adaptées aux enfants des quartiers. L’objectif est bien évidemment louable : « leur redonner confiance, leur permettre d’acquérir les codes dont ils ont besoin pour pouvoir, plus tard, faire des choix libres. ». Par contre les contenus et la manière dont ils sont présentés peuvent peuvent légitimement susciter questions et débat : « Le matin, on leur enseigne les savoirs fondamentaux comme lire, écrire, compter. Mais pas seulement : ils ont aussi des cours de français et d’histoire de France renforcés. [...] Ils portent un uniforme qui symbolise leur adhésion au projet pédagogique. Et la levée des couleurs, c’est-à-dire des drapeaux français et européens , salue le symbole de l’unité. ». Faut-il reprendre certaines idées de l’extrême-droite pour la combattre ?
Les différents commentateurs ont une fois de plus expliqué le vote FN comme un vote sanction et/ou un vote des déclassés. Cela fait maintenant plusieurs décennies que ce diagnostic est posé et on est en droit de se demander s’il est le bon. L’électorat semble bien ancré et ses motivations xénophobes paraissent bien être les principales. Il serait temps d’avoir le courage de le reconnaître pour mieux les combattre. Difficile de débattre autour du racisme me direz-vous. Encore plus difficile de le combattre. C’est pourtant la pari qu’a fait Laure M. dans sa classe avec un débat -philo. Elle en parle dans le Huffington Post dans un très bel article intitulé « L’élève qui m’a fait pleurer »
« La plupart des élèves de la classe était d’accord avec Jenny lorsqu’elle a dit qu’elle pensait que ce serait très difficile aujourd’hui de lutter contre le racisme, car étant donné qu’il existe depuis longtemps, elle avoue être plutôt pessimiste quant à une amélioration. Elle a même ajouté très justement que bien souvent, les parents racistes inculquaient ce trait de caractère à leurs enfants et que du coup forcément c’était trop difficile ensuite de faire changer les gens d’avis puisqu’ils ont été élevés comme ça. (Ça me donne une idée pour un prochain thème pour le coup...)
C’est à ce moment-là qu’Antoine a levé la main. Je lui ai indiqué avec le signe convenu qu’il pouvait intervenir. Il s’est levé et d’un ton assuré, comme quelqu’un qui aurait préparé son discours depuis longtemps dans sa tête, il a dit qu’il n’était pas d’accord avec Jenny puis a ajouté ces mots :
Moi je ne pense pas qu’on ne puisse pas arrêter le racisme. Je crois qu’il y a des moyens, je crois qu’il y a des solutions, par exemple : ce qu’on est en train de faire !
 »

Interdisciplinarité

L’interdisciplinarité, pipeau ou révolution ? C’était le titre de l’émission Un jour en France de lundi dernier sur France Inter. Le débat a opposé Jean-Michel Zakhartchouk, qui a étayé ses interventions de nombreux cas concrets à Paul Devin, Inspecteur FSU. Ce dernier, bien que défendant le "disciplinaire" s’est toutefois montré relativement ouvert à l’interdisciplinarité. De quoi ne plus comprendre d’autres écrits récents de la FSU sur ce sujet. Notons qu’il a même employé l’expression "construction de savoir" qui a dû faire sursauter les alliés du SNALC. On retiendra également l’intervention d’un auditeur sur les cinq bonnes raison de faire de l’interdisciplinarité.
Telerama de son côté, nous propose un reportage depuis le collège Stalingrad de Saint-Pierre-des-Corps, dans la banlieue de Tours qui n’a pas attendu la prochaine réforme pour instituer des travaux interdisciplinaires.
« Enthousiaste, Anne Perseval détaille : « Les élèves constatent que les matières sont connectées entre elles, utiles les unes aux autres. J’ai du mal à le mesurer en termes scolaires classiques, mais je vois que les notions sont mieux retenues, mieux exploitées par la suite. » Enseignante depuis près de trente ans, elle participe à presque tous les projets, avec ses collègues de maths, de français, de sport, de musique... « Ce travail en équipe est bon pour les enfants et pour nous. Cela nous oblige à ouvrir les portes de nos salles et de nos disciplines », ajoute Annie Perrot, professeur de lettres. »

Création et ventilation nouvelle de postes

Ce fut, hier, la bonne nouvelle de la journée. Najat Vallaud-Belkacem a présenté sur le site du ministère la répartition académique des 6 639 créations de postes d’enseignants pour la rentrée 2016, qui va selon elle, « donner aux académies des marges de manœuvre sans précédent au service de la réussite de tous les élèves. »
« Dans le premier degré, où 3 835 postes vont être créés alors même que le nombre d’élèves va diminuer (- 533). Dans le second degré, les 2 804 nouveaux postes vont permettre d’accompagner la hausse démographique et la mise en œuvre de la réforme du collège, qui prévoit la création de 4000 postes sur deux ans. » Voilà qui vient contredire les arguments des anti réforme du collège qui la présentaient comme un moyen de faire des économies.
« Ces moyens sont répartis entre les académies non seulement en fonction de leur nombre d’élèves, mais aussi, depuis l’an dernier, en tenant compte des trois priorités de la ministre : le critère social, le critère territorial, la priorité au premier degré »
On lira dans Le Monde les premières réactions.Pour certains syndicats, l’avancée de l’agenda serait dictée par les élections régionales. N’empêche que.

Demain Emilie Kochert sera meneuse de revue.
Laurent Fillion


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Dans la librairie des Cahiers Pédagogiques

La classe, pour apprendre et vivre ensemble
Revue n°481 - mai 2010
Comment mobiliser la classe, par exemple autour de projets, engager les élèves dans la coopération plutôt que la compétition ? Pour ne pas subir, ni même seulement « tenir la classe », des idées et des pistes pour « faire la classe », en faire un lieu d’apprentissage et de vie pour les élèves et leurs enseignants.

Croiser des disciplines, partager des savoirs
Revue n° 521 - mai 2015
Les pratiques communes, croisées, mises en synergie et en résonance, aident-elles les élèves à entrer dans la complexité des savoirs scolaires et dans les différentes cultures à construire à l’école ? Ce dossier montre à travers différentes pratiques de dispositifs comment entrer dans l’interdisciplinarité sans sacrifier aucunement les disciplines.