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Revue de presse du 30 mai 2013

Etudier en prison - L’école autrement - Le poids des cartables - Nos jeunes et la drogue -

Étudier en prison

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Le dessin de Fabien Crégut

Ils ont été jugés coupables de délits ou de crimes et pour cela condamnés à des peines de prison plus ou moins lourdes. Privés pour un temps d’une grande partie de leurs libertés, ces détenus n’en restent pas moins et avant tout des hommes et par là-même des hommes libres d’apprendre, de lire, de se cultiver, de se former, bref, des hommes libres d’être tout simplement. Et si cette dimension culturelle était indispensable à la pérennité de leur humanité ? Et si cette liberté d’être était essentielle à leur avenir, à la restauration de leur image de soi, à leur réinsertion tant sociale que professionnelle ?
C’est semble-t-il le pari que fait le Conseil Général d’Ile de France qui vient de lancer hier un dispositif expérimental au sein de la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis. Unique en France et comme nous l’explique cet article de vousnousils, ce tout nouveau dispositif permettra à un certain nombre de détenus d’accéder ou de poursuivre leurs études tout en étant incarcérés au sein du plus grand centre pénitentiaire européen. Comme on peut le lire dans l’article cité "L’incarcération ne doit pas être un temps sté­rile, désœuvrée", a indi­qué Michel Saint-Jean, direc­teur inter­ré­gio­nal des ser­vices péni­ten­tiaires de Paris. Position réaffirmée dans la foulée par Isabelle This Saint-Jean, vice-présidente en charge de l’enseignement supé­rieur et de la recherche au conseil régio­nal d’Ile-de-France "Nous fai­sons des savoirs et des connais­sances, une valeur éman­ci­pa­trice. Qui plus que des per­sonnes déte­nues ont besoin d’émancipation ?".
On retrouve cette initiative décrite par le quotidien 20 minutes : « Si on m’avait dit un jour que je ferais la tête quand c’est les vacances… », C’est Pierre qui parle, surpris d’apprendre qu’il vient d’être sélectionné aux côtés d’une petite centaine d’autres prisonniers. Ces étudiants pas comme les autres bénéficieront d’une bourse d’étude de 200 euros ainsi que d’une logistique particulière leur donnant droit notamment à une chambre individuelle avec un accès à internet. Tout le monde semble gagnant dans l’affaire : les détenus bien évidemment reconnus dans leurs besoins d’apprentissage, l’établissement pénitentiaire qui démontre et incarne par ce dispositif innovant qu’il entend améliorer les conditions d’accueil et d’accompagnement de ses résidents pénitents et la société civile dans son ensemble étant entendu qu’un détenu formé sera plus à même de devenir un futur ancien-détenu réinséré. Une initiative relayée hier par plusieurs autres médias comme Le Monde et Ouest-France et qu’il conviendra de suivre dans le temps pour en évaluer les effets. Gageons qu’ils ne pourront qu’être positifs, au moins d’un point de vue humain. Et c’est déjà beaucoup.

L’école autrement

"Une autre école est possible" titre le dernier numéro de Télérama. Au cœur du magazine on peut en effet découvrir ce matin un dossier spécial éducation de 4 pages rédigé par Lorraine Rossignol et consacré aux pédagogies dites alternatives, à savoir proposant d’autres entrées dans l’apprentissage que celles traditionnellement et communément utilisées dans le système éducatif français. La journaliste entame d’entrée de jeu : "Ils sont de plus en plus nombreux à étudier en dehors du système scolaire classique." Au delà du désagréable sentiment d’échec qu’il est possible d’éprouver à la lecture de ces mots sans complaisance, il peut être également intéressant de se distancer en se posant cette simple question : mais que cherchent donc ces familles qu’elles ne trouvent pas ou peu à l’école ? L’envie d’apprendre semble-t-il... "J’ai retiré mon fils de l’école en 2006. Au fil du temps Lucien avait commencé à se faner", explique à la journaliste cette maman d’un jeune garçon d’à peine 7 ans. "Ce fut une libération..un peu comme un évadé, poursuit-elle." Tiens, un évadé, et pourtant nous sommes loin de Fleury-Mérogis ! Curieux écho tout de même et qui entre en étrange résonance avec la rubrique précédente...éducation, émancipation, libération...Mais revenons à l’article de Télérama. Ce dossier, fort bien documenté et loin de tomber dans la querelle des anti contre les pro système, à le mérite de mettre en lumière cette idée simple à énoncer, mais pas si simple à penser et exploiter en classe, que de même qu’il existe une pluralité de manières d’apprendre, il existe une pluralité de manières d’enseigner et donc de pédagogies elles-mêmes issues de divers courants tant philosophiques, qu’anthropologiques, scientifiques et pédagogiques, le tout étant forcément intimement relié. Pour éclairer le lecteur, la journaliste passe en revue quelques-uns de ces pédagogues qui ont su ouvrir de nouvelles voies : Freinet et sa pédagogie coopérative en lien avec le monde qui l’entoure, Montessori pour qui "chaque enfant est unique" et qui développera une éducation multi-sensorielle ou encore Rudolf Steiner et sa pédagogie fondée sur la conscience de soi et la créativité. On trouvera également au fil de la lecture d’autres points de vue plus contemporains et qui viennent enrichir ce dossier. Celui d’Antonella Verdiani, chercheuse en science de l’éducation, fondatrice du Printemps de l’éducation et citée dans l’article. Elle souligne : "De plus en plus de pays, l’Allemagne, la Suisse, l’Italie, commencent à comprendre ce qu’est vraiment un enfant ; et surtout que ceux d’aujourd’hui sont différents de ceux d’hier, que l’on traitait comme de la pâte à modeler. Ils sont plus mûrs, plus conscients. Ils acceptent moins facilement qu’on leur impose quelque chose s’ils n’en comprennent pas la raison." Celui de Jean-Pierre Lepri, ancien instituteur, inspecteur et fondateur du mouvement Éducation Authentique. Voici ce qu’il confie à Lorraine Rossignol : "L’école, structurellement ne peut se réformer, et elle finira par disparaître.". A moins que, a-t-on envie de poursuivre dans un élan d’optimisme réaliste, à moins que, éclairée par les propos d’Arno Stern et de son fils André, également cités dans le dossier, l’école se ressaisisse de la question de l’envie, du désir et de l’enthousiasme. "Tous les neurobiologistes vous le diront : le cerveau se développent là où on l’utilise avec enthousiasme, véritable engrais neurologique." La journaliste reprend ici les termes d’une interview parue ce mois-ci sur le site La Presse CA Ainsi, en 4 pages et sans prendre position pour telle ou telle pédagogie, portée par telle ou telle école - qu’elle soit publique, privée sous contrat, hors contrat voire même par ce que les américains nomment le "homeschooling", à savoir l’école à la maison- la journaliste au travers de ces différentes pédagogies invite le lecteur à mieux comprendre cette idée qu’apprendre (et donc enseigner) est le fruit d’une posture globale, intégrale diront certains et toujours complexe car multi et protéiforme, interrogeant sans cesse l’éducateur, qu’il soit parent ou professeur. Alors, on attend quoi pour s’interroger ? Let’s do it... Nos enfants le valent bien.

Le poids des cartables

Dis-moi ce que tu as dans ton cartable et je te dirais comment ton ou tes enseignant(s) enseigne(nt)...Le poids des cartables est-il proportionnel au sérieux de l’enseignement proposé ? Un cartable vide, est-ce bien raisonnable ? A contrario un cartable plein comme un œuf est-il le gage d’un programme bien balisé et surtout bien assimilé ? Il est 8 heures : as-tu pensé à toutes tes matières, classeurs, livres et cahiers ? Il est 17heures : as-tu pensé à prendre tous tes devoirs, livres, cahiers et classeurs ? Tout ce qui tient dans ce cartable tient-il dans ta tête ? Et le prix des fournitures est-il proposé au poids ? Et pour tes douleurs lombaires et tes maux de tête as-tu pris tes pilules magiques ?
Chaque année, à l’approche des listes de fournitures à élaborer par les enseignants, la question du cartable refait surface. Ce matin, sur Europe 1 on a pu entendre les préconisations de Vincent Peillon parues ce jeudi dans une circulaire. Sur le site de l’Express on peut lire "A quatre mois de la rentrée, le ministre de l’Éducation nationale Vincent Peillon attire "en amont" l’attention des enseignants sur la liste des fournitures scolaires. Objectif : permettre une "meilleure maîtrise des dépenses de rentrée". Comme le signale un article de Libération qui rend compte des propos de Jean-Paul Delahaye, directeur général de l’Enseignement scolaire « C’est la première fois qu’un ministre signe une circulaire concernant les fournitures de rentrée, c’est dire que nous y attachons une importance particulière en ces temps difficiles » Cette annonce saura-t-elle rassurer la FCPE, principale fédération des parents d’élèves et qui s’insurge « L’inflation des listes de fournitures à acheter à chaque rentrée scolaire (...) bafoue le principe même de la gratuité et met de nombreuses familles en difficulté » Cette annonce à caractère essentiellement matériel permettra-t-elle également d’envisager plus en profondeur une réorganisation pédagogique du travail, l’un et l’autre étant étroitement lié ? A voir, suivre...

Le malaise des jeunes

Mauvaise nouvelle : Selon le Figaro-étudiant les ados français sont les plus drogués d’Europe. Ils sont trois fois plus nombreux à prendre de la coke. Parmi les 15-16 ans, ils figurent parmi les plus grands consommateurs d’ecstasy, cannabis, cocaïne, amphétamines en Europe.

Moins mauvaise nouvelle : "S’ils expérimentent très tôt, les Français semblent se détâcher plus facilement des drogues dures qu’ailleurs en Europe. Passés la vingtaine, ils passent à autre chose et ne font plus partie des champions de la drogue européens.

Conclusion : Ne désespérons jamais de nos jeunes...

Ostiane Mathon