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Revue de presse du 27 juin 2013

Lancement du Diplôme National du Brevet - Baisse de niveau en Histoire-Géo - Pendant ce temps là au primaire

Une revue du jour à l’image de la curieuse relation qu’entretiennent les Français à l’égard des mots "examen", "enquête", "niveau", "résultat", "bienveillance". Bonne lecture !

Top départ pour les épreuves Diplôme National du Brevet DNB.

Événement national ce matin : 800 000 réveils ont sonné de concert ce matin pour les 800 000 élèves de troisième, qui passaient les épreuves écrites de Français de l’ex-Brevet des Collèges rebaptisé aujourd’hui, rappelons-le au passage, D.N.B Ce diplôme national, non obligatoire, marque ainsi la fin du cycle d’études école-collège et vise à évaluer les acquis des élèves sur cette période. Cette évaluation des connaissances et des compétences se déroule selon un double dispositif intégrant aux côtés des épreuves écrites -aujourd’hui Français et mathématiques, demain Histoire-Géographie-Education Civique- une part de contrôle continu. Considéré par les uns comme un rituel désuet, voire comme un non-événement, il représente pour d’autres une première étape à forte valeur symbolique et psychologique, nécessaire pour la poursuite de leurs parcours. Enfin, ne l’oublions pas, pour certains élèves, qui pour diverses raisons quittent là l’institution scolaire, ce sera peut-être l’unique diplôme validé leur permettant un jour, qui sait, de reprendre un cursus de formation non pas à partir de zéro, mais à partir de quelque chose. Et cela, pour ces jeunes-là, ce n’est pas rien. Dans un article du journal La Croix, à la question Le Brevet des Collèges a-t-il encore une utilité ? Marie Duru-Bellat, professeure de sociologie à Sciences-Po répond : « Le brevet constitue en fait un plancher, un minimum minimorum qui contribue à structurer, à unifier le système éducatif. Il est faux de dire que tout le monde l’a. » Par ailleurs, selon elle, s’il est vrai « qu’il n’ouvre aucune porte, il a une valeur en soi. » En effet explique-t-elle, il s’agit « pour une classe d’âge, de vivre une expérience commune, avec une solennité qui permet d’éprouver le sentiment d’un destin collectif. » Alors, utile ou pas utile le sentiment d’appartenance ? Utile ou pas utile l’acquisition d’une culture commune ? Utile ou pas utile l’expérience initiatique dans un parcours d’homme ? Chacun se positionnera en fonction de ses besoins et de ses représentations, sachant que quoi qu’on en dise, ces dernières l’emportent souvent sur les premiers.


Il faut sauver le soldat "Hist-Géo"

« Histoire-Géo, le niveau des élèves est en baisse », titre en première page, Maryline Baumard, journaliste éducation au journal Le Monde qui révèle dans son article les derniers résultats de l’enquête Cedre. Elle écrit : « Si l’on en croit la toute première photographie effectuée par l’éducation nationale pour connaître le niveau des élèves dans cette matière, les collégiens ne sont que 51,8 % à répondre à au moins la moitié des questions. Le même test a été réalisé à six ans d’écart, en 2006 et en 2012. Il montre que la situation se dégrade : si l’on ne retient que les questions strictement comparables, les élèves de collège en avaient réussi 58,7 % en 2006 contre 54,4 en 2012. » De son côté, Marie-Estelle Pech dans le journal Le Figaro est encore plus catégorique et parle d’effondrement du niveau. Une ébauche d’explication de cette baisse : le peu d’investissement des élèves dans ces deux matières lors du travail à la maison « près d’un quart des élèves travaillent leur « histoire-géo » moins de quinze minutes hebdomadaire » et le manque d’exploration personnelle du type lecture ou visionnage de reportages. « Les élèves semblent moins exposés, en dehors du travail scolaire proprement dit, à l’histoire-géographie et à la vie civique dans leurs pratiques culturelles. En effet, le nombre d’élèves déclarant ne jamais lire de livre ou de revue sur ces sujets a presque doublé, passant de 19 % à 36 %. » Pour l’historien de l’éducation Claude Lelièvre, il faut savoir raison garder et ne pas sombrer dans le défaitisme, rappelant qu’« au certificat, seul un élève sur deux réussissait l’histoire. » voir l’article ici Enfin, un dernier éclairage sur cette question, sous forme de coup de sang, celui de Laurent Fillion, serviteur de cette revue mais aussi professeur d’Histoire-géo et auteur du blog Peut Mieux faire. Pour lui : « Il ne s’agit pas de refuser de voir les problèmes mais au contraire de vouloir vraiment les cerner, tels qu’ils sont et non tels qu’on se les imagine depuis que l’école existe. Entre "le niveau baisse mais surtout ne changeons rien" et "tout va très bien" il y des postures constructives. »
Et si comme première approche constructive, on arrêtait dans ce pays de fustiger nos jeunes et de les condamner au pilori alors même qu’ils n’ont pas encore pris connaissance de leurs sujets ni même rédigé leur première phrase ? Un peu de considération, ça aide pour réussir, savez-vous ?


Le numérique au Primaire

Alors que l’école peine à voir éclore un véritable plan d’envergure qui lui permettrait d’entrer dans l’école du XXIème siècle, l’Institut Montaigne publie un article intitulé Equiper les élèves d’un ordinateur n’augmente pas les résultats scolaires. Voilà qui va plaire aux défenseurs de l’école de grand-papa mais risque de pénaliser grandement l’école de nos enfants. Comment faire comprendre, si ce n’est en répétant et en donnant à voir de l’intérieur les pratiques en vigueur, que ce n’est pas l’outil qui peut améliorer les résultats mais la pédagogie qu’on met en place ou non, avec ou sans l’outil ? Et puis, tant que nous y sommes, osons deux ou trois questions au passage : les résultats, c’est quoi exactement ? Est-ce qu’augmenter le désir d’apprendre ça compte dans les résultats ? Et comment est-ce que ça se chiffre le désir ? Y a-t-il seulement des études sur ce désir d’apprendre, ou bien n’est-ce là qu’un sujet mineur, voir même, un sujet hors-sujet ? On peut s’interroger...


Quand malveillance rime avec inconscience et incompétence...

Pour clore cette revue, que d’aucuns trouveront à raison d’humeur chagrine, on ne peut passer sous silence cette insupportable et dangereuse humiliation infligée à Lucas, ce jeune élève de CM1 et révélée par Le Parisien On y apprend avec stupeur qu’agacée par un de ses élèves, une enseignante n’a rien trouvé d’autre comme punition que d’exiger de lui qu’il monte sur une chaise en lui ordonnant « de se mettre un bouchon de stylo dans chaque narine, et ce en face de toute une classe à laquelle il n’appartient pas. L’enseignante aurait ensuite sorti son téléphone pour immortaliser le ridicule de la scène, affirmant à Lucas qu’elle allait envoyer le cliché à ses parents. » Alors on pourra légitimement pointer du doigt la fatigue de fin d’année, le manque de formation, le caractère agité du jeune garçon, et tout ce qu’il vous plaira d’ajouter, cela n’empêche qu’à mon humble avis, une décision immédiate s’impose : la mise en arrêt simple et définitive de cette enseignante qui visiblement, puisqu’elle ne dément rien, n’est plus en capacité d’exercer sa mission d’éducation. C’est autoritaire comme point de vue, j’assume.

En vous souhaitant malgré tout une bonne fin de soirée, je vous laisse à vos réflexions et vous donne rendez-vous demain, en compagnie de Bernard Desclaux, votre chroniqueur du vendredi.

Ostiane Mathon