Accueil > L’actualité vue par le CRAP > Les revues de presse > Revue de presse du mercredi 22 avril 2015


JPEG - 26.3 ko

Revue de presse du mercredi 22 avril 2015

Expliquer - Improviser - Faits divers - Manques


Malgré deux zones en vacances, l’actualité éducative est intense. Elle invite à expliquer, à improviser et à découvrir les faits (divers)... Tout un (projet de) programme pour un métier.


Expliquer

Dans le Plus de l’Obs, Alain Bentolila, estime qu’« “Expliquer” le sujet de philo de cette année pour l’ENS n’est pas saugrenu. Il est d’actualité ». Selon lui, ce verbe « éclairant deux pensées qui s’affrontent, est en effet le seul rempart contre la barbarie ». Il évoque notamment le problème de « ghettoïsation sociale [qui] engendre une insécurité linguistique qui ferme à double tour les portes du ghetto ».

JPEG - 64.1 ko
Expliquer : le dessin de Geneviève Brassaud

Apparemment l’Oeil du 20h de France2 a besoin d’explications concernant les projets de programmes des cycles 2, 3 et 4. Leur dernier reportage s’intitule « Mais dans quelle langue parle l’Éducation nationale ? »
Si certaines remarques sont plutôt pertinentes comme celles concernant l’EPS car « Pour définir le fait de courir, les nouveaux programmes préfèrent ainsi l’idée de “créer de la vitesse”. Même chose pour la nage en piscine désignée comme un déplacement “de façon autonome dans un milieu aquatique profond standardisé” ». Il faudrait leur expliquer qu’enseigner est un métier de professionnels avec son langage propre comme « appliquer des apprentissages pensés de manière “spiralaire et curriculaire” ».
Julia Serini dans le Figaro semble elle aussi avoir besoin d’explications puisque dans « « l’étude de la langue » » il n’y aurait pas la nécessité de maîtriser « la grammaire et ses règles imposées ». Et pour cela, elle affirme simplement que « l’emploi d’une telle novlangue est par essence le produit d’une idéologie déréalisante, c’est également un moyen de tenir à l’écart les parents en rendant, par l’utilisation d’un charabia scientiste, extrêmement compliqué ce qui pourrait être simple et clair. », tout devient plus clair...
Une belle explication de Louise Tourret concernant les polémiques actuelles dans Slate. Elle montre bien que les choix d’options sont le fruit des « subtilités de la lutte des classes en milieu scolaire ». Son chapeau est très évocateur sur le fait que « Présenter une réforme qui prend un peu aux plus favorisés pour repenser l’utilisation des moyens n’a rien d’évident en France, ce « pays amoureux d’égalité » ».
Dans son blog, Claude Lelièvre explique combien l’autonomie pédagogique est à la base de l’enseignement supérieur. Ainsi, « Cela se passe dans un même pays, sans susciter pour autant la réflexion, ni même attirer l’attention. En 1982 néanmoins (il y a déjà une génération !) Hélène Desbrousses – une socio-historienne – a tenté de penser cette ’’curiosité’’ en proposant deux ’’idéaux-types’’ explicatifs en opposition : à savoir d’une part ce qu’elle appelle la ’’forme scolaire’’ et d’autre part ’’la forme universitaire’’ (cf « Instituteurs et professeurs », Edires, 1982).” ».
Florence Castincaud explique dans un article sur le site des Cahiers Pédagogiques la difficile situation des enseignants de lettres classiques, « obligés de choisir notre camp, et si possible le bon, celui des défenseurs du «  latin-grec  » (cette option s’appelle depuis cinq ans déjà «  Langues et cultures de l’antiquité  » mais beaucoup l’ignorent, y compris Aurélie Filipetti qui s’indigne comiquement de ce changement d’appellation). Dommage de se trouver face à des prises de position si manichéennes, car les vrais débats, eux, sont intéressants, quand on s’éloigne des lancers d’invectives. »
En matière d’explication de texte, Laurent Fillion en livre un exemple intéressant concernant les exagérations verbales des opposants à la réforme sur son blog. Se livrant à un exercice de style, il explique qu’« On aurait pu entendre « Nous ne sommes pas favorables à davantage d’autonomie donnée aux établissements car elle peut engendrer des disparités trop grandes » mais nous avons entendu « c’est la casse du service public voulu par l’OCDE ».


Improviser

Xavier Delucq, dessinateur dans le Huffington Post résume de façon effectivement caricaturale la proposition de Manuel Valls sur les cours d’improvisation théâtrale. « Votre enfant apprend les Maths ou le Français ? Et bien il risque de vous ramener une note "d’improvisation". Le gouvernement veut s’inspirer du parcours de Jamel Debbouze pour transposer les cours de théâtre à l’école. ».
L’idée est certes inattendue et encore peu explicite, mais elle suscite beaucoup de raccourcis dans les médias.
Dans l’Opinion, on peut lire que la réforme « sucre le latin-grec et l’allemand au profit de maquettes d’éoliennes et de magazines d’élèves sur la machine à vapeur »... et donc « pourquoi pas des cours d’improvisation théâtrale ? ». Les enseignants apprécieront le mépris pour l’éducation aux médias et les travaux croisés SVT-physique-technologie...
Le Figaro s’est intéressé aux réactions d’hommes politiques opposés à cette proposition après un chapeau éclairant « Jamel Debbouze, nouvelle référence éducative dans les collèges ? À l’heure de la suppression du latin, du grec et des classes bi-langues, les déclarations du gouvernement font tousser la droite. ». On y lit encore des remarques sans nuances. Ainsi, Eric Ciotti « s’interroge : « Est-ce-que l’école de la République, abîmée par les pédagogistes, a besoin de l’improvisation de Debbouze dans les programmes ? Faut il apprendre à lire, à écrire ou l’improvisation ? ».


Faits divers

Aujourd’hui, la rubrique éducation rejoint beaucoup (trop) celle des faits divers.
Le Populaire nous apprend qu’« Une procédure extrêmement rare a été diligentée à l’encontre d’une prof du lycée Renoir de Limoges qui, selon ses élèves, aurait fait en cours l’éloge d’Hitler. » Elle est en attendant l’enquête suspendue 15 jours.
Dans le Nord, 20Minutes évoque un enseignant qui a été condamné avec sursis pour extorsion de fonds envers les parents d’un élève chahuteur.
Dans le Pas-de-Calais, 20Minutes parle d’un surveillant qui est mis en garde à vue car il est soupçonné de viols et agressions sexuelles. Rappelons-nous de la présomption d’innocence en attendant d’en savoir plus.
C’est d’ailleurs ce dont devraient se souvenir les médias concernant l’Isère. Inutile d’accuser l’Éducation nationale de négligence. Certes « informée de l’existence de cette procédure  » la plainte de 2001 évoquée dans Le Monde et de nombreux autres journaux car elle « avait fini par être classée sans suite, « faute de charges suffisantes », a confirmé une source judiciaire à l’Agence France-Presse. D’autant qu’« à l’époque il n’existait pas de précédent judiciaire concernant l’intéressé » ».
Espérons que ces horribles projecteurs sur notre profession cesseront bientôt en même temps que les actes qu’ils dénoncent s’ils sont avérés.


Manques

Actu Côté Toulouse rappelle le problème important du manque d’enseignants, notamment de mathématiques. L’article présente des explications en particulier en ce qui concerne le recrutement d’enseignants de matières scientifiques. En effet, « Le phénomène touche particulièrement les matières scientifiques. Les bacheliers doués en maths privilégient les classes préparatoires puis s’orientent vers les écoles d’ingénieur ou de commerce. Le déficit de candidats titulaires d’un Master universitaire et qui souhaitent s’orienter vers l’Éducation nationale est notable.
"Nous manquons à la fois de vocation et nous souffrons de la concurrence, en particulier sur les profils scientifiques, regrette Jean-Jacques Vial, secrétaire général adjoint de l’Académie de Toulouse et directeur des Ressources humaines. Nous ne recrutons pas à la hauteur des besoins car tout le monde n’a pas la compétence pour être enseignant"
 ».

JPEG - 51.5 ko
Manques de profs - le dessin de Jimo

Sur ces paroles, je vous laisse demain en compagnie de Pascal Thomas.
Emilie Kochert


JPEG - 20.3 ko

Dans la librairie des Cahiers Pédagogiques

Apprendre les langues et cultures de l’Antiquité
Hors-série n°32 - novembre 2013

La découverte du latin et du grec est une occasion de se confronter à des langues et des cultures radicalement différentes, et pourtant toujours présentes parmi nous.

Compétences et mathématiques
Hors-série n°31 - septembre 2013

Ce dossier propose un point sur l’approche par compétences en mathématiques. Comment les travailler, puis les évaluer ? Comment en faire une opportunité pour mieux enseigner les mathématiques, dans le cadre des programmes comme dans des projets interdisciplinaires ?

Enseignant : un métier qui bouge
Revue n°514 - juin 2014

Tous les enseignants expérimentés le disent : ce n’est plus comme avant, le métier change. Allons voir de plus près ce qui évolue, comment le métier change, comment ces évolutions pourraient être accompagnées par l’institution, à toutes les échelles, en quoi elles vont dans le sens de l’essentiel : mieux faire apprendre les élèves.