Accueil > L’actualité vue par le CRAP > Les revues de presse > Revue de presse du 1er avril 2015


JPEG - 26.3 ko

Revue de presse du 1er avril 2015

Questions qui fâchent, fâchés, fâcheux - Créativité


Entre les annuels poissons d’avril et le palmarès des lycées qui sélectionnent leurs élèves, on a pu découvrir quelques pépites et une bombe dans l’info éducative du jour.

Questions qui fâchent, fâchés, fâcheux

Fin de partie pour la refondation de l’école ? C’est la question que pose Claude Lelièvre sur son blog Médiapart. Et pour lui, au regard des précédents historiques, une réponse affirmative n’est pas si sûre. « A la suite de la sévère défaite électorale de la gauche et du PS dimanche dernier, et en raison des propositions connues à ce jour du camp d’en face, c’est déjà ce qui est pronostiqué par certains. Mais c’est faire fi des deux ans qui restent pour avancer ; et, même s’il y a lieu d’avoir des préoccupations sérieuses pour la suite, c’est ignorer que ce n’est pas si facile que cela de défaire ce qui peut avoir été institué. » Il y prend « pour exemples historiques quelques épisodes du passé qui concernent justement le secteur le plus controversé (tout particulièrement à l’ordre du jour actuellement) à savoir le collège. »
A propos de la réforme du collège justement, les discussions entre le ministère et les syndicats continuent et les débats sont houleux. Hier soir, certains d’entre eux dont le SNES et le SNALC ont quitté la table des négociations avec fracas et plan com. Dans une de ses dépêches, l’AEF (accès à la totalité de l’article avec abonnement) nous révèle ce que lui a confié l’entourage de la ministre à propos de l’attitude de ces deux syndicats. Et ça décoiffe !
« "Le chemin dans lequel le Snes veut nous emmener va à l’encontre de la philosophie de la réforme du collège", indique à AEF l’entourage de Najat Vallaud­Belkacem, au sortir de l’ultime négociation avec les syndicats le 31 mars 2015. Alors que le Snes a quitté la séance avant la fin, le ministère souhaite "expliquer pourquoi ce syndicat se trompe" sur plusieurs points : "en donnant au chef d’établissement l’image d’un monstre ; en affirmant que l’autonomie des établissements est contraire à leurs principes et que le calendrier de négociation est trop serré." Les projets de décret et arrêté sur l’organisation du collège sont présentés ce mercredi en CSL. "Ces textes peuvent encore évoluer. Nous avons toujours répondu présents quand on nous a demandé de changer l’organisation des langues ou des enseignements artistiques, car cela est fait pour rassurer les enseignants", ajoute le ministère.
"Ce groupe de travail avec les organisations syndicales a été difficile, ce n’était pas une surprise, mais nous voulons expliquer pourquoi nous pensons que le Snes se trompe", poursuit l’entourage de la ministre. D’abord, en véhiculant "l’image aujourd’hui un peu dépassée chez les enseignants de terrain selon laquelle le chef d’établissement est un monstre", ensuite avec "les 20 % d’autonomie, présentés aujourd’hui comme rédhibitoire alors que le Snes était d’accord sur ce principe…". Enfin, l’argument du "calendrier trop serré" pour négocier correctement une réforme aussi importante "ne tient pas", selon le ministère. "Les négociations ’off’ ont commencé en janvier ! Et les discussions multilatérales qui s’en sont suivies ont tenu compte de ces discussions préalables. Au total, nous en sommes donc à trois mois et demi de discussion, ce n’est pas un petit délai !" [...] L’entourage de la ministre ajoute que "poursuivre la négociation serait renoncer à faire la consultation des enseignants sur les programmes". Car "pour qu’un enseignant puisse donner son avis sur un programme, il faut qu’il ait connaissance de son horaire disciplinaire. Décaler la consultation à la rentrée par exemple mettrait tout le processus de formation en péril alors que la réforme du collège doit entrer en vigueur à la rentrée suivante". "Nous butons aujourd’hui sur la notion d’autonomie. Le Snes a une aversion pour les chefs d’établissement et il n’admet pas que le principe d’autonomie signifie autonomie d’une équipe. Il voudrait que chaque professeur ait tout son contenu défini depuis Paris et rien localement. Or les 2,75 heures en 2016 puis 3 heures professeur en 2017 représentent 55 heures puis 60 heures (si le collège compte 20 classes) qui permettront, selon les besoins de chaque collège, de dédoubler des classes. Qui d’autre que l’établissement peut prétendre être le mieux placé pour savoir quels niveaux seront les plus nécessiteux d’un dédoublement ? Ce n’est pas depuis Paris que nous allons le savoir ! C’est pourtant ce que le Snes demande."
[...] Au sujet du Snalc, il indique : "Nous ne commentons pas les critiques que nous adresse ce syndicat car le Snalc n’a qu’un souhait : que le collège reste tel qu’il est aujourd’hui, pour sauvegarder le tri des élèves à l’ancienne." FO est sur la même ligne "mais pour des raisons statutaires"
[...] En outre, poursuit le ministère, "le collège, ce n’est pas uniquement l’affaire des enseignants. Les programmes oui, mais le collège non. Les familles ont leur mot à dire sur l’organisation du collège, de même pour les collectivités locales, les personnels d’encadrement, l’enseignement privé ou les personnels non enseignants… Autant de représentants qui siègent au CSE et qui globalement sont pour la réforme, quand bien même le Snes voudrait voter contre".
 »
Voilà qui est clair. Du courage politique rue de Grenelle, vraiment ?

Parmi les aspects de la réforme qui posent problème figure donc l’autonomie plus grande des établissements. ToutEduc y consacre un article (lui aussi réservé aux abonnés) en posant la question du "pour quoi faire ?" à Daniel Auverlot, IGEN et directeur adjoint des évaluations et de la performance scolaire à la DEPP, président de l’AFAE (Association française des acteurs de l’Éducation) qui vient d’organiser un colloque sur ce thème. Selon ce dernier « l’autonomie est un mot valise, tout le temps prononcé, mais auquel les acteurs n’accordent pas toujours le même sens. Le trente-septième colloque de l’AFAE a permis aux 250 participants de ré-explorer la notion. Si chacun s’accorde à penser que l’autonomie est un levier pour que les résultats des élèves progressent sur un territoire donné, des différences s’expriment sur les curseurs : le ministère est-il injonctif ou remobilise-t-il les acteurs ? L’établissement peut-il construire une politique locale sans régulation ? Certains voient contrôle là où d’autres pensent évaluation. Comme toujours, l’exemple de l’étranger est éclairant : le chef d’établissement anglais ne veut pas abandonner son autonomie, mais s’inquiète de l’absence totale de régulation qui place les établissements dans une situation de concurrence sauvage. Sans prétendre tirer une conclusion schématique de ces deux journées, on peut dire que la condition première est que l’autonomie soit assumée par tous les acteurs dans la construction d’une relation de confiance. »

JPEG - 139.5 ko
Les poissons de Geneviève Brassaud

Créativité

Et si nous mettions l’innovation et la créativité au cœur du système éducatif français ? C’est le souhait du sociologue Hani Jafar, qui s’exprime dans la Tribune. « Souvent limitée aux activités artistiques ou « d’ouverture », notre approche de l’enseignement de la créativité est donc devenue obsolète, elle ne répond aux exigences du monde contemporain » affirme-t-il. « La créativité n’est citée qu’une seule fois dans le projet de socle commun de connaissances, de compétences et de culture du 12 février 2015. Et si le mot est relativement nouveau en français - apparu dans les années 1970 - le concept est bien ancien. ». S’en suit un plaidoyer pour mettre la créativité au coeur de l’apprentissage à l’école. « Dans ce monde post-industriel, les élèves doivent plus que jamais apprendre à innover, à prendre des risques et à échouer. Comme le souligne Paul Tough, l’erreur est un élément important de la réussite du processus d’apprentissage, tout comme la capacité à persévérer. Dans son ouvrage de 2012, Tough souligne l’importance de sept attitudes que tout élève doit cultiver telles la persévérance, la curiosité, la discipline et la maîtrise de soi.
Par conséquent chercheurs, éducateurs et personnalités de la société civile insistent sur l’idée que la créativité devrait être au centre du processus d’apprentissage. Plus d’expérimentation et de moments ludiques sont essentiels, ce qui nécessite certainement de s’éloigner de notre culture de la mémorisation et des contrôles écrits - ce que certains appellent l’éducation « industrielle » - pour aller vers des situations d’apprentissage diverses. Nous devons mettre en place des moments où les élèves seraient des apprenants engagés qui utilisent leurs connaissances comme un outil pour résoudre des problèmes de façon créative et collaborative. Pour cela, ces temps doivent être inscrits dans les programmes et les compétences travaillées évaluées
. »
Des collègues répondent déjà à ces attentes. Un exemple avec les travaux qu’a fait réaliser Laurence Juin à ses élèves à l’occasion de la semaine de la presse.
Créativité encore avec cet article commun, de Jean-Paul Brighelli et Loys Bonod. Il y rendent un hommage appuyé à ces professeurs innovants dans ces termes : « Ces nouveaux hussards dont les travaux sont trop souvent injustement caricaturés, qui ont compris que la transmission des connaissances passe bien mieux par des activités d’apprentissages bien pensées [...] s’appuyant du reste de plus en plus sur des outils numériques. »

JPEG - 104.8 ko
Promouvoir l’innovation, par Jean-Marie Olaya

Laurent Fillion


JPEG - 20.3 ko

Dans la librairie des Cahiers Pédagogiques

Autonomie et décentralisation : l’unité du service...
Cahiers d’Éducation & Devenir n° 7 - mars 2010
Le dossier livre, sur la question, les regards croisés de politiques, de chercheurs et de techniciens de la décentralisation
E&D donne nettement ses positions pour l’autonomie des établissements, seul moyen de prendre en compte la diversité des publics et pour une décentralisation affermie qui donne à chacun le maximum de chance de réussite...

Enseigner : un métier sous contrôle ? Entre autonomie professionnelle et normalisation du travail
Ouvrage - fevrier 2014
Olivier Maulini, Monica Gather Thurler
ESF 2014.

Qu’est-ce qui fait changer l’école ?
Revue n° 449 - janvier 2007
Mesures institutionnelles, changements mis en œuvre par des individus et des collectifs, innovations qui se diffusent, ou s’étiolent : l’école change, par tous les bouts ! Dans ce numéro, un deuxième dossier fait le point sur l’école au Québec, et en particulier la réforme des programmes centrés sur l’approche par compétences

Travailler sur la presse écrite à l’école
Hors-série n°15 - decembre 2008
La presse écrite a-t-elle encore sa place dans la société ? Comment travailler avec la presse, en comprendre les langages, contribue-t-il effectivement à former l’esprit critique ?


Portfolio

  • Le poisson du 1er avril