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Revue de presse du 14 février 2017

Innovation - Roman national - Orientation

Deux zones sur trois en vacances, les questions d’éducation ne fourmillent donc pas dans nos médias. Quelques interviews intéressantes ont toutefois retenu notre attention.


Innovations et suivi des élèves (chouette on en parle !)

« Comment Jean-Rostand est devenu le meilleur collège REP+ de France ». C’est ce que nous montre Anna Benjamin dans l’Express. La réponse tient en trois mots : discipline, innovations pédagogiques et suivi personnalisé des élèves, judicieusement harmonisés pour que ce collège casse son image de « collège pourri » et obtienne désormais le meilleur taux de réussite au DNB des collèges REP+ de France. « C’est tout le fonctionnement de l’établissement qui est tourné vers la résolution des conflits et le suivi des élèves. [...] L’alchimie, c’est aussi l’innovation pédagogique. Les professeurs sont unanimes, en REP+, on n’enseigne pas comme ailleurs. Fin des notes de la 6e à la 4e, semestrialisation de l’année avec quatre bulletins par an remis en mains propres aux familles, annualisation des sciences de la 6e à la 4e, ils ont bousculé leurs pratiques. Au lieu d’1h30 par semaine par classe, les enseignants de SVT, technologie et Sciences physiques et chimie enseignent ainsi 4h30 hebdomadaire à chaque classe pendant trois mois. "Cela nous permet de connaître les élèves plus rapidement, de cibler leurs difficultés, mais aussi qu’ils ne perdent pas le fil", selon Laetitia Léger, professeur de SVT. [...]
Les enseignants n’ont pas attendu la réforme du collège pour tester l’interdisciplinarité. Portée par la stabilité de l’équipe pédagogique, ça fonctionne, selon Isabelle Delobel : "On est un petit noyau à être arrivé il y a vingt ans, tout le monde travaille ici par choix, pour se sentir utile. En revanche, on ne compte pas nos heures."
L’enseignement intégré de science et technologie (EIST) en 6e, qui favorise le décloisonnement entre disciplines, est un exemple de ce travail d’équipe
. »
Tout ce que certains affirment depuis des mois ne pas pouvoir fonctionner semble avoir fait ici ses preuves.

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Dessin de Fabien Crégut

Comme en écho à cet article, raisonnent les propos tenus par Daniel Pennac dans le Monde à l’occasion de la sortie de son nouvel opus des Malaussène. Interviewé par Catherine Vincent, il revient sur son passé de « mauvais élève » déjà formidablement abordé dans Chagrin d’école :« La culpabilité ! Mes bulletins scolaires me le confirmaient tous les mois : si j’étais un crétin, c’était absolument de ma faute. D’où une détestation de moi, un complexe d’infériorité et surtout de culpabilité – cette vision catastrophique que les enfants peuvent avoir d’eux-mêmes quand ils ont le sentiment que leur personnalité dépend essentiellement des conséquences d’une évaluation scolaire ». Il y aborde aussi ses débuts comme professeur de lettres : « Par hasard. Parce que ma maîtrise de lettres terminée – heureuse époque où on pouvait devenir prof avec une maîtrise ! [...] on me propose un poste dans l’enseignement privé à Soissons, dans l’Aisne. Et je me retrouve – deuxième hasard – avec des gosses dans mon genre, des élèves de troisième en classe dite "aménagée" (et le dirlo qui beuglait : "Pas à ménager en deux mots, hein Pennacchioni !" – bienvenue dans la connerie pédagogique). La vocation est arrivée après quelques heures de cours.
[...] Très vite, je comprends que je dispose d’une culture que les autres n’ont pas. Je sais ce qu’un mauvais élève ressent. Je connais la chaîne des réactions : peur, échec, inhibition, mensonge, honte, violence, etc. Je sais qu’il me faut avant tout guérir le gosse de sa peur [...] Si je parviens à l’intéresser à la littérature, à éveiller sa curiosité pour la si passionnante grammaire, la peur le quittera.
 »
A la fin de l’entretien la journaliste demande à l’écrivain, ancien prof, quel message il aurait à délivrer à l’Éducation nationale. La réponse est un plaidoyer pour la pédagogie :
« D’abord, recrutez vos inspecteurs parmi des professeurs innovants, dont les innovations peuvent être théorisées et exportées. Envoyez ces inspecteurs dans la France entière à la recherche d’enseignants pédagogiquement passionnés, sérieux, méthodiques et inventifs – il y en a beaucoup ! –, qui ont su convertir leurs classes à la joie d’apprendre… Cela améliorera probablement les choses.
Cessez de penser que l’enseignement est réductible à la transmission d’un savoir et à l’évaluation de ce qui a été retenu ! Ce qui marche, c’est le partage de l’enthousiasme. Vos professeurs ne sont pas là pour faire peur, mais pour vaincre la peur d’apprendre. Une fois cette peur vaincue, les élèves sont insatiables : les efforts consentis seront alors infinis. Apprendre à apprendre, c’est ce que l’on n’apprend pas aux professeurs. Et surtout, partout, toujours, que les enseignants cessent de faire peur ! Et d’avoir peur ! Je suis un militant de la dédramatisation.
 »


Roman national et origines chrétiennes (misère on en parle encore !)

France Info est revenu dans une vidéo sur la question de l’enseignement du « roman national ». « Pour certains, il faudrait avant tout enseigner à nos enfants que les origines de la France sont gauloises, chrétiennes, et héroïques. » Les journalistes en ont discuté avec un étudiant et un professeur d’histoire croisés lors d’un micro trottoir mais ont aussi recueilli les avis forcément divergent de Laurence de Cocq et Dimitri Casali. On est admiratif du calme conservé par la première qui sans nier « une fonction identitaire de l’enseignement de l’histoire » atténuait son importance, et fut coupée par un « on n’est pas au zuzuland » de l’historien zémmourien.
On pourrait le renvoyer à cet interview de Paul Veyne paru fin décembre dans Le Monde des religions, dans lequel le grand historien de l’Antiquité proclamait : « La question des origines chrétiennes de la France est un faux débat. » Il y précisait que « l’Europe actuelle est démocrate, laïque, partisane de la liberté religieuse, des droits de l’Homme, de la liberté de pensée, de la liberté sexuelle, du féminisme et du socialisme. Toutes choses qui sont étrangères, voire opposées, au catholicisme d’hier et d’aujourd’hui. La morale chrétienne prêchait l’ascétisme et l’obéissance. L’individualisme de notre époque, par exemple, est aux antipodes de la soumission, de la piété et de l’obéissance chrétiennes. » Et pour lui, si ce thème de nos racines religieuses revient si souvent sur le tapis depuis quelques décennies, « les raisons sont purement politiques. Parler de racines religieuses permet de se montrer vertueux, attaché à certaines valeurs comme la charité. » On a toutefois vu les limites de ce pari quand on se proclame chrétien sans vraiment être vertueux...


Orientation scolaire (c’est le moment d’en parler)

comment faire tomber la pression des parents ? Voilà une bonne question quand on aborde ce sujet de l’orientation scolaire. On y a tous fait face d’abord comme élève, puis comme enseignant et enfin comme parent (avouons-le !). C’est Le Parisien qui se penche sur le problème en relatant une expérience mise en place dans le centre d’information et de documentation de la jeunesse (CIDJ). « Quoi de plus vertigineux pour un collégien que de choisir une voie pour l’avenir ? Le faire sous l’œil de ses parents rongés d’angoisse, répond-on au CIDJ. Dans ce haut lieu parisien de l’orientation scolaire, les conseillers se sont lassés du bal des parents stressés, qui chaque samedi poussent la porte de leur institution, à la recherche d’un parcours sans heurts et plein de débouchés pour leur enfant. Pour eux, le CIDJ a monté un café des parents tous les samedis et propose désormais, chaque lundi et jeudi matin pendant les vacances scolaires, des ateliers parents-collégiens. Toute l’originalité du concept tient dans son organisation : jeunes et adultes sont séparés, pour réfléchir à tête reposée chacun de son côté et en petit comité. »
Deux médias économiques abordent également ce thème de l’orientation mais sous le prisme de l’apprentissage, pour se féliciter de son développement dans la fonction publique. « Apprentissage : un objectif en passe d’être atteint dans la fonction publique » titre Boursier.com. Même son de cloche sur BFMbusiness qui a compté « deux fois plus d’apprentis dans la fonction publique qu’en 2015 » et précise que « le président de la République, François Hollande, s’est félicité des 8300 jeunes en apprentissage dans la fonction publique d’État. Un chiffre proche de l’objectif fixé à "10000 apprentis" fin 2017. »


Pour terminer, en cette Saint Valentin, lisons Nadir Dendoune sur sa page "La chronique du tocard" du Courrier de l’Atlas : « Des bons profs, bienveillants et encourageants, aujourd’hui j’en connais plein. J’aurais tant aimé en avoir des comme ça dans ma jeunesse.
Parfois, on a l’impression qu’ils aiment leurs élèves comme si c’était leurs propres enfants. Ils leur offrent des livres, des bouquins qui leur parlent, qui racontent l’histoire de leurs parents, des livres à la plume enjouée. Ils les emmènent en sortie, parfois sur leur temps libre, font venir dans leur classe des intervenants. Ils les encouragent, les félicitent. Ça ne leur viendrait jamais à l’idée de les humilier. Plus que tout, ils veulent qu’ils "réussissent".J’en connais même qui passent tous leurs week-end et leurs vacances pour écrire 1000 choses sur les copies, pour que leurs élèves comprennent leur note, et progressent.
 ».
Une belle déclaration d’amour aux enseignants, pas à tous certes, s’il en reste qui ressemblent à son ancienne professeure de français dont il décrit les méthodes humiliantes au début de son texte, dans un chagrin d’école.

Laurent Fillion