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Revue de presse du 12 mars 2015

Collège - Genre - Laïcité - Mais encore


Après la déferlante d’informations d’hier sur la réforme du collège, cela s’apaise. La DEPP profite de la journée de la femme de dimanche pour publier son rapport sur la plus grande réussite des filles à l’école tandis qu’une information chassant l’autre, en particulier en période électorale, les feux de l’actualité de l’école se braquent sur le thème de la laïcité.


Collège

Le Parisien présente le collège Clisthène, souvent présent sur le site des Cahiers Pédagogiques Ils nous invitent à une Plongée dans le collège qui a inspiré la réforme. On comprend à travers deux exemples en particulier pourquoi le quotidien estime que l’établissement a inspiré la réforme comme par exemple le fait que les enseignants y ont des heures de concertation « « Nous faisons treize heures [de cours] et cela nous laisse dix heures pour des réunions, du tutorat d’élèves ou d’autres missions ponctuelles. » Résultat pour les élèves : moins de cours magistraux, mais davantage de présence des enseignants toute la journée. « C’est trop chiant, soupire le provocateur en chef des 3 e. Les profs sont tout le temps sur notre dos à vouloir s’occuper de nous... » ». Comme nous le plaignons !

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Le dessin de Jimo

Et Clisthène pratique aussi depuis 12 ans l’interdisciplinarité : « Ces projets, c’est une révolution culturelle, commente, admiratif, Eric Thomas, le principal commun à Clisthène et au collège traditionnel du Grand Parc, qui l’abrite dans son enceinte. C’est ce qui manque au collège unique : une souplesse, une capacité à créer et bousculer les barrières.  ».
Dans Localtis, on s’intéresse au volet numérique de la réforme. Et en particulier à l’appel à projets numériques. Il s’agit donc de trouver 228 collèges publics, en complément des 72 collèges déjà engagés dans le programme « collèges connectés ».
Le Monde interroge sa journaliste Mattea Battaglia pour savoir si elle estime le projet de réforme envisageable.
Sophie Coignard dans Le Point nous raconte son « collège enchanté de Najat »
« le problème, pour la ministre, c’est que les collégiens s’ennuient. Alors il faut les distraire... Pour y parvenir, elle fait du neuf avec du vieux et invente les "enseignements pratiques interdisciplinaires" (EPI). Il s’agit pratiquement d’un copier-coller des "itinéraires de découverte" (IDD) inventés par Jack Lang en 2002, et supprimés parce qu’ils donnaient lieu à d’atterrantes fumisteries. » Les collègues qui les pratiquaient apprécieront, d’autant que les IDD ne furent que les victimes de recherches d’économies.
L’Humanité interroge Patrick Rayou qui considère que « Le collège concentre trop d’inégalités ». Le sociologue estime que « Comme le disait Pierre Bourdieu, le problème de l’école républicaine est d’être indifférente aux différences. C’est une catastrophe pédagogique. En niant les différences, elle creuse un peu plus le fossé entre ceux qui ont acquis les manières de faire et ceux qui ne les ont pas. Notre système perçoit bien les différences, mais il les traite après la classe et souvent trop tard, quand les élèves ont décroché ou presque.  » Il y affirme aussi ses convictions sur la liaison entre milieu socio-culturel et école en disant que « l’école et le collège font comme si «  apprendre à apprendre  » était naturel pour tous les élèves. Mais cette posture s’expérimente beaucoup dans les loisirs, les échanges linguistiques, les visites culturelles que toutes les familles ne sont pas en mesure de faire. ».
La Croix a choisi François Dubet pour son entretien avec un sociologue au titre intriguant : "Le collège restera un monstre pédagogique". On y apprend par exemple que la droite n’a jamais supprimé le collège unique « Parce que les obstacles paraissent infranchissables. Nombre de professeurs sont d’accord pour séparer plus tôt les « bons » des « mauvais » élèves.  » et aussi que « le système actuel, très inégalitaire, n’est pas sans arranger certaines familles qui, par le biais des options et des classes « européennes », parviennent à créer un entre-soi social et scolaire. Il me paraît d’ailleurs heureux que la réforme, en généralisant l’apprentissage d’une deuxième langue dès la 5e et en proposant à tous de mener des projets interdisciplinaires permettant une forme d’excellence (notamment autour des langues, vivantes et mortes), prive ces sortes de filières cachées, très coûteuses, de leur raison d’être. » Entre analyse pertinente et généralités tranchantes, il affirme que « dans un collège idéal, les professeurs considéreraient que leur travail consiste à la fois à instruire et à éduquer, à recevoir les parents et à porter une grande attention aux élèves, à passer – comme cela se fait dans beaucoup de pays, moyennant de meilleurs salaires – 25 ou 30 heures par semaine dans leur établissement, au lieu de s’en tenir à leurs 15 ou 18 heures de cours. ». Qu’un sociologue méconnaisse la notion de travail invisible est étonnant.


Genre

Quelle réussite pour les filles et les garçons de l’école jusqu’à la vie active ? se demande Savoirs & connaissances. « Profitant de la Journée mondiale de la femme, le 8 mars dernier, la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) a publié une étude comparée du parcours des filles et des garçons depuis l’école jusqu’à l’entrée dans la vie active. » .

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Le dessin de Geneviève Brassaud

L’UNESCO publie aujourd’hui son rapport sur les violences de genre à l’école.. Entre autres informations on sait que « Bien que les études sur les violences sexuelles laissent apparaître une plus grande prévalence chez les filles, de nouveaux travaux montrent que les garçons aussi sont exposés aux violences de genre en milieu scolaire. ». S’y dévoile aussi que « La pauvreté chronique, les conflits et les crises, l’instabilité des conditions de vie et la discrimination due à l’orientation sexuelle, au handicap ou à l’appartenance ethnique sont des facteurs qui amplifient le risque de violences de genre en milieu scolaire. ».


Laïcité, encore

Effet Charlie ou effet des 110 ans, la laïcité revient régulièrement dans les discours depuis janvier.
Daniel Robin, ancien co-secrétaire général du SNES-FSU s’exprime dans La Marseillaise : « Réduire la laïcité à la neutralité peut conduire au relativisme et au communautarisme ». Il considère que « Les événements ont mis en évidence que la plupart des chefs d’établissement sont mal formés et très gravement incompétents, la situation est comparable pour les enseignants, ils n’ont pas été préparés à ce type de situation, c’est pas simplement une boite à outils qu’il faudrait c’est la capacité de pouvoir maîtriser tous les sujets qui tournent autour de ces questions. » Les intéressés apprécieront.
Dans La Croix, Jacques Rollet, théologien et politologue s’inquiète d’un« enseignement laïque du fait religieux » S’y explique que la morale « n’a rien de laïque, d’autant plus qu’elle est inspirée par le christianisme. L’universalité qu’il promeut est directement liée au sens de la personne humaine introduit en Occident par la foi chrétienne et juive, sens que ne possédaient ni Athènes, ni Rome. ». Il y est beaucoup question de laïcité plus que de fait religieux et notamment de la laïcité à l’école qui « doit s’appliquer aux fonctionnaires de l’État dont font partie les enseignants. Formellement elle ne s’applique pas aux enseignés, et la loi sur l’interdiction des signes religieux à l’école a été faite à cause du voile parce qu’il induit une infériorité de la femme. Cela n’a pas été dit, et on a interdit tous les signes religieux pour ne pas stigmatiser l’islam. ». Il estime qu’« Enseigner les religions de manière laïque revient à faire un cours d’histoire mais on n’entre pas alors dans le véritable contenu de ces religions. ». Cela tombe bien, c’est exactement ce que demandent les programmes... d’histoire.
Eddy KHALDI évoque sur son blog : L’émancipation laïque par l’éducation. Il termine son article ainsi « N’oublions jamais que la remise en cause de l’École publique est intimement liée avec celle qui vise la laïcité de la République et ses principes fondateurs.
On n’enseigne pas la LIBERTE, et en premier lieu la liberté de conscience, quand l’enseignement repose sur un dogme prétendant détenir à lui seul la vérité absolue.
On n’enseigne pas l’EGALITE quand c’est l’argent qui fait la différence de l’accueil, au service des élites et des gens fortunés.
On n’enseigne pas la FRATERNITE du vivre ensemble quand l’enseignement est fondé et organisé sur un entre soi communautaire.
 ».
Sa dernière phrase ne peut qu’évoquer la polémique qui enfle autour d’un communiqué du PS et de la proposition du PRG d’étendre la neutralité religieuse aux crèches privées.
Le Figaro dans ses couacs se fait l’écho de « cette petite ligne, à la fin des cinq pages du rapport, qui fait polémique : « Il faut développer les établissements scolaires privés sous contrat » pour mieux « organiser la place de l’islam dans la République ». Une proposition étonnante alors que la défense de l’école publique fait partie de l’ADN du PS. » Dans l’article, on note que les différents signataires affirment qu’ils n’ont pas lu le texte et que leur nom a été ajouté sans qu’ils en soient informés.
Dans Marianne, le président du MRC, Claude Nicolet explique son point de vue : Laïcité et islam de France : que de gâchis et de temps perdu.Il appelle encore l’école à la rescousse estimant que c’est là « que doivent être forgées les armes contre tous les intégrismes et tous les communautarismes ? La loi de 1905 se voulait une loi d’apaisement mais également un moyen d’arracher la jeunesse française à l’influence catholique afin d’assoir la République dans les cœurs et les consciences. C’est d’abord à l’école de la République qu’il convient de « fabriquer » des républicains et des citoyens. ».

Concernant la proposition de loi du PRG dont l’examen est repoussé au 12 mai, Marianne se délecte avec ce commentaire « tellement prévisible » dans un article intitulé Laïcité dans les crèches : le PS refuse l’obstacle.
Le Monde, plus neutre, titre : L’Assemblée s’épargne un débat sur la laïcité.
Jean-Louis Bianco, dans La Croix dénonce un dévoiement de la laïcité de cette proposition de loi qui « fait le jeu du Front National qui a inscrit cette mesure à son programme électoral des départementales. Je comprends mal que l’on puisse à la fois exprimer sa peur du FN, dire qu’il est l’ennemi numéro 1, et prendre une mesure qui va dans le sens de ce qu’il propose. »
Cette question de la laïcité fait aussi débat dans le supérieur. L’Etudiant rapporte la décision de L’Observatoire de la laïcité opposé à l’interdiction du voile à l’université
« “On ne veut pas imposer de police vestimentaire", déclare Nicolas Cadène, rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité, devant l’Association des journalistes éducation, le 11 mars ». Il rappelle par ailleurs que le prosélytisme est lui, depuis longtemps interdit à l’université.
Le Nouvel Economiste s’intéresse à l’enseignement du fait religieux dans les grandes écoles qui est « un sujet clivant pour des interprétations variées autour de la "laïcité" ».


Mais encore

Dans cette actualité bouillonnante, quelques informations supplémentaires et inclassables émergent.
Dans Le monde, les étudiants vacataires de Lyon II dont nous vous parlions voici quelques jours ont obtenu une « première victoire ». En effet, « L’université a accepté de rembourser pour l’année 2014-2015 les frais d’inscriptions que ces doctorants chargés d’enseignement ont dû payer afin d’exercer » et « la création d’une commission tripartite réunissant le personnel administratif, les enseignants titulaires et vacataires permettra désormais à ces derniers de négocier leurs conditions de recrutement avec la présidence. Enfin, le non-versement des salaires depuis septembre, couplé, pour certains d’entre eux, à une absence de contrat de travail, est en passe d’être réglé.  ».
Educavox nous parle des « regards d’élèves ». « Des élèves de seconde « Presse et média » du lycée Elie Faure de Lormont, des élèves de la classe médias du collège Jacques Prévert de Bourg sur Gironde et des élèves de la web radio du Clemi académique Aquitaine ont, durant les Boussoles 2, regardé, observé, filmé, enregistré, monté plusieurs productions numériques qui furent projetées sur le grand écran de la salle 650 du Rocher de Palmer, en fin de journée des 10 et 11 décembre dernier. ».
La Dépêche mentionne à Castres qu’Un collégien aurait trafiqué ses notes par internet. Notons pour l’instant l’emploi du conditionnel...
Passée presque inaperçue en raison de la réforme du collège, une loi est passée hier à l’Assemblée nationale concernant les cantines scolaires nous annonce Le Parisien. Ainsi, « Les députés ont adopté mercredi en première lecture une proposition de loi pour garantir l’accès de tous les enfants à la cantine alors que certaines communes sont tentées de ne la réserver qu’à ceux dont les parents travaillent.  ».
Le Campus du Monde nous informe que « Les lycéens des sections européennes ont « leur » test d’anglais, le CEC ».
Terminons sur un peu de douceur dans ce monde de brutes...Enfin presque. C’est le printemps des poètes. Le thème insurrection poétique fait-il écho àAkhénaton ce matin sur Europe1 pour mieux les contredire ? :« Les gamins des cités sont très sensibles à la consommation. 14 ans de télé-réalité, ça ne fait pas des Che Guevara ».

En guise de signature, je vous propose de vous plonger ou plus surement de vous replonger dans Le Disque Monde.
Emilie Kochert qui laisse la place demain à la plume experte de Mila Saint-Anne.

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Dans la librairie des Cahiers Pédagogiques

Faire vivre une morale laïque

Hors-série n°30 - avril 2013

Une compilation d’articles parus ces dernières années sur l’éducation à la citoyenneté, le droit, la laïcité, les débats et les « questions sensibles » à l’école , en contribution à la réflexion en cours sur une « morale laïque ».

Filles et garçons à l’école
Revue n°487 - février 2011

L’école mixte est régulièrement mise en cause, accusée de desservir tour à tour les filles ou les garçons. La question des violences sexistes et homophobes préoccupe les acteurs de l’école. Ce dossier rend compte des débats, met en lumière l’inventivité de tous celles et ceux qui agissent en faveur de l’égalité entre filles et garçons.