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Revue de presse du 09 mars 2015

Réforme - Etranges attitudes - Décrochage - Elco - Et puis


Hier, c’était la journée internationale des droits des femmes. Et puis quoi ? On n’en parle plus ? On en cause une fois par an et basta ? Non, non, parlons-en tous les jours, des droits des femmes. D’ailleurs, je commence même par ça en vous livrant ici un petit florilège de neufs portraits de femmes africaines du monde... histoire de.
Dans la revue de presse de ce lundi, il sera question d’attitudes étranges, de réforme du collège, de décrochage, d’enseignement des langues et des cultures des pays d’origine (ELCO) et puis de deux autres bricoles relevées sur la toile.


Étranges attitudes

Dans nos établissements scolaires, on parle souvent du comportement des élèves mais plus rarement de celui des adultes ou, en tout cas, on en parle moins ouvertement.
Pourtant, dans l’actualité du week-end, Lapresse.ca publie un article au titre évocateur : "le prof qui a triché". "Qu’a fait le professeur ? Il a triché. Il a modifié le résultat de l’examen, a ajouté 15 %. « J’ai mis une belle note, comme celles qu’il avait eues pendant les trois premières étapes. Avec l’examen du ministère, sur lequel je n’avais aucun contrôle, il a eu un 62 %. » Trois points de moins et il devait reprendre son français de cinquième secondaire. Trois points de moins et sa vie bifurquait au mieux, capotait au pire". Cette attitude est-elle isolée ? Derrière cette "triche" du professeur se profile, une fois encore, l’épineuse question de l’évaluation : ce jour-là, l’élève n’était pas en état de passer l’examen. Pourtant, à de multiples occasions, il avait montré qu’il était capable de réussir.

Thomas Messias, sur Slate.fr choisit, quant à lui, de parler d’une autre attitude étrange : le "harcèlement des élèves par les profs". Il précise que le phénomène est à la marge. Mais quand même. "Au-delà des divergences bien normales entre élèves et professeurs, qui nécessitent parfois de s’installer autour d’une table pour repartir sur des bases saines, il arrive que des enseignants outrepassent leurs droits et en viennent à exercer sur un élève ou une classe entière une véritable dictature de la terreur. Parfois de l’humiliation". Le point de vue de ce professeur de mathématiques est intéressant. La conclusion de cette contribution fait mouche : "Il est temps en tout cas de faire de l’univers scolaire un lieu de confiance réciproque, où chacun puisse reconnaître ses erreurs sans honte et où un traitement particulier est réservé aux personnes les moins bien intentionnées".

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Le dessin de Geneviève Brassaud

Réforme

Dans son bloc-notes et sur son blog, le taulier des cahiers est revenu largement sur la réforme du collège qui s’annonce.
En attendant la version officielle, on trouve différents pronostics sur le web.
Claude Lelièvre annonce la couleur sur son blog : "Najat Belkacem devrait annoncer de nouvelles propositions sur le collège au conseil des ministres de cette semaine ; et c’est déjà le branle-bas des rumeurs et un bis repetita de postures qui ont eu cours il y a une quarantaine d’années lors de la mise à disposition de ’’10%’’ des horaires disciplinaires aux établissements secondaires".

De leur côté, Caroline Beyer et Marie-Estelle Pech, pour le Figaro, dénoncent "les fausses hardiesses d’un texte fade". Selon elles, "la réforme apparaît plutôt fade et verbeuse. Pas question de toucher d’une manière ou d’une autre au collège unique, vache sacrée depuis 1975. Le ministère préfère introduire davantage d’« interdisciplinarité » comme le réclament l’OCDE ou la Cour des comptes. « Une plus grande place sera laissée au travail en commun, au travail par projets, à l’interdisciplinarité, a expliqué Mme Vallaud-Belkacem à l’Assemblée. La réforme donnera à cet effet une grande autonomie aux établissements. » Concrètement, sur leurs vingt-cinq heures de cours hebdomadaires, les collégiens pourraient compter, à partir de la rentrée 2016, quatre heures d’« enseignements complémentaires », avec des projets interdisciplinaires. Le ministère entend définir six à huit thématiques, parmi lesquelles un « parcours citoyen », le développement durable ou le numérique".

La vision sur le site Ouest-France est un peu (à peine ?) plus nuancée. L’article intitulé "Réforme du collège. Najat Vallaud-Belkacem ouvre un dossier sensible".
Les visions syndicales y sont, une fois de plus, opposées. On y trouve, comme d’habitude, des visions progressistes et d’autres plus conservatrices. Philippe Tournier, secrétaire général du SNPDEN résume bien cette opposition des points de vue : "Il est à craindre qu’en attaquant la réforme par les horaires, on retombe sur les clivages habituels, « défenseurs des disciplines contre partisans de la transversalité »"

Virginie Salmen et Claire Rainfroy pour Europe1 annoncent, quant à elles, une mesure particulière de la réforme du collège : "l’apprentissage d’une deuxième langue vivante dès la cinquième. Cet enseignement, qui commence aujourd’hui en quatrième, serait donc avancé d’un an pour améliorer le niveau des élèves, et leur laisser davantage de temps pour apprendre une LV2. Objectif affiché par le ministère de l’Education nationale : maîtriser deux langues à la fin du collège"
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Décrochage

La lutte contre le décrochage scolaire est une priorité nationale. Najat Vallaud-Belkacem répond aux questions de Wally Bordas pour Orientations et rappelle l’objectif fixé par le président de la République : "Diviser par deux le nombre de sortants sans qualification". Dans cette interview, la ministre revient sur le service public régional d’orientation (SPRO). Selon elle, "l’expérimentation a montré que le SPRO pouvait réduire la difficulté des usagers, jeunes et adultes, à se repérer dans la profusion des services et intervenants chargés de l’information et du conseil en matière d’orientation. L’État et les Régions sont ainsi amenés à créer les conditions d’une meilleure complémentarité et articulation de leurs services". Dans cette interview, elle insiste aussi sur le rôle déterminant des conseillers d’orientation psychologues dans la lutte contre le décrochage et dans la construction des parcours personnels et professionnels.

Le "web-dossier", coproduit par les CEMÉA de Picardie (mouvement d’éducation nouvelle) et CANOPÉ académie d’Amiens (centre de ressources de l’Éducation nationale), publié sur le site decrochage-scolaire.fr, n’est pas nouveau mais a le mérite de regrouper plusieurs ressources très intéressantes pour les différents intervenants en milieu scolaire.

Parmi les leviers connus pour lutter contre le décrochage, il y a la motivation. Comment activer ce levier ? Des pistes à explorer se trouvent dans le magazine Sciences Humaines du mois de mars : "recourant aussi bien à la psychologie qu’aux sciences de l’éducation ou à l’addictologie, ce dossier dresse un état des lieux des savoirs actuels et dégage des pistes concrètes pour motiver les autres, et mieux se motiver soi-même, qu’il s’agisse d’arrêter de fumer, de lever des blocages professionnels ou de réussir un concours.

Et elle ? Elle n’a pas décroché ! En effet, Priscilla Sitienei, kenyane de 90 ans, a rejoint les bancs de l’école pour la première fois de sa vie il y a cinq ans. Surnommée Gogo, elle "a été une bénédiction pour cette école, elle a été une source de motivation pour tous les élèves" pouvait-on lire sur le site du Figaro en fin de semaine dernière.


ELCO

L’enseignement des langues et des cultures des pays d’origine "mériterait d’être pris "sur du temps scolaire, comme les (autres) langues vivantes". C’est ce qu’a répondu Najat Vallaud-Belkacem à Bruno Lemaire lors des questions d’actualité mercredi 4 mars. Le député et ancien ministre (UMP), reprenant les conclusions d’un ancien rapport du HCI (le haut conseil à l’intégration) dévoilé dimanche dernier par le JDD estimait que "cet enseignement n’a pas favorisé l’intégration, mais le repli sur soi" et "le communautarisme" nous indique ToutEduc dans sa partie réservée aux abonnés.

D’ELCO, il est aussi question dans la lettre de l’éducation du jour. Il y est notamment rappelé que "les ELCO sont dispensés, quelques heures par semaine, dans les établissements scolaires aux élèves dont l’un des deux parents au moins est né dans le pays d’origine. L’enseignant, placé sous l’autorité de l’inspecteur d’académie, est un ressortissant du pays d’origine, choisi et rémunéré par son ambassade". La conclusion de l’article oppose deux visions : "le HCI, dès son premier rapport annuel en 1991, préconise la suppression des ELCO au nom du refus du « communautarisme ». Néanmoins, l’une de ses phrases les plus dures à ce sujet date d’un rapport de 2010, nullement confidentiel : « Certains interlocuteurs craignent même que certains ELCO deviennent des catéchismes islamiques. » La même formule resurgit aujourd’hui, dans un contexte où d’autres voix ne manqueront pas de signaler que bannir la langue arabe des établissements scolaires revient à booster son enseignement dans les mosquées et par les associations, par définition moins laïques et moins contrôlées que l’éducation nationale".


Et puis ...

Luc Cédelle recueille les propos d’Alain Juppé pour l’Ajéduc. Pour le candidat à la primaire de l’UMP en vue de l’élection présidentielle de 2017, "Notre système éducatif exige une adaptation de grande ampleur". "Et en particulier, la mise en valeur de ce qui est sa ressource essentielle, c’est-à-dire les enseignants eux-mêmes. La reconnaissance qui leur est due ne se limite pas à une meilleure rémunération mais doit s’étendre aux conditions d’exercice de leur métier, à commencer par leur formation initiale et continue, et à leurs parcours professionnels."

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le dessin de Jean-Marie Olaya

Toujours au sujet des enseignants, on trouve en accès libre sur la lettredeleducation.fr, un article très intéressant sur les inspections. Xavier Pons, maître de conférences en sciences de l’éducation à l’université Paris-Est Créteil, aborde plusieurs aspects de l’inspection et préconise que l’enseignant puisse "s’investir dans sa propre évaluation". Malheureusement, c’est une dimension encore peu présente en France. Il y a des conditions à remplir pour que cette implication dépasse le stade des bonnes paroles. Par exemple, l’OCDE préconise que, quand une mission d’évaluation est confiée à un acteur, on lui retire d’autres tâches. Elle préconise aussi d’expérimenter tout changement dans le système d’évaluation. Une autre condition serait à mon sens d’améliorer la circulation et le partage des expériences au sein des corps d’inspection.

Parmi les brèves, j’ai relevé aussi samedi que "malgré la demande, le secteur informatique est pénalisé par le manque de formation". Eric Nunès pour le Monde.fr écrit que "les informaticiens sur le marché du travail correspondraient insuffisamment aux profils recherchés par les entreprises qui recrutent". Il fait le tour de plusieurs solutions comme les écoles de codeurs ou comme ces formations spécifiques (souvent très chères) mises en place dans le secteur privé.

Demain, vous retrouverez Géraldine Duboz aux manettes. Merci à toute l’équipe incroyable qui œuvre (en cachette) pour vous proposer la revue.

Pascal Thomas


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Dans la librairie des Cahiers Pédagogiques

Enseigner les langues vivantes avec le Cadre européen
Hors-série n°18 - avril 2010 (format numérique)

Le Cadre européen commun de références en langues favorise-t-il la qualité de l’enseignement des langues, sa démocratisation ? Dans ce dossier, des points de vue contrastés, complémentaires souvent, parfois contradictoires, reflets d’un débat bien réel dans la profession.

Quelle formation pour les enseignants ?
Hors-série n°17 - aout 2010 (version numérique)

Ce dossier propose des réflexions de chercheurs et de nombreux témoignages de praticiens. Il s’adresse aux formateurs aussi bien qu’à ceux qui se destinent à devenir enseignants, de manière à ce que chacun puisse interroger ses pratiques. Il ouvre également sur ce qui se fait dans d’autres pays.