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Revue de presse de la semaine du 3 au 7 juin

Privatiser ? Tricher ? Stagner ? Numériser ? Refonder, quand même ! Et surtout, attendre que le fruit soit mûr.

Coincée entre les émeutes en Turquie, les Allocations familiales, l’odieux assassinat de Clément Méric et la mort de Pierre Mauroy, l’actualité a fort peu parlé d’éducation ces derniers jours, alors même que l’Assemblée nationale adoptait définitivement le projet de loi de Refondation. Retour sur une semaine pourtant riche en enseignements.

Privatiser ?

La revue de presse de lundi revient sur un sondage paru en fin de semaine dernière. Selon Le Monde du 30 mai, "43 % des parents verraient bien leurs enfants dans une école catholique.". Pourquoi ? Essentiellement parce que les parents croient à un enseignement de meilleure qualité dans ces établissements, parce que ces derniers accordent une place plus importante à l’enfant (que le public a trop tendance à confondre avec l’élève), et parce qu’ils ne sont pas dogmatiques. Quoique catholiques, ils sont ouverts aux autre croyants et aux non-croyants, dans le respect des convictions de chacun. La réalité est en fait plus nuancée, et les perceptions des personnes interrogées sont démenties, pour l’essentiel, par les études sociologiques. Le blog Education déchiffrée, hébergé par Le Monde, pose la question : "La qualité de l’enseignement est-elle meilleure dans les écoles privées ? " Après avoir répondu par l’affirmative, l’étude tord le coup à quelques clichés (sur la taille des classes par exemple) et conclue que les meilleurs résultats du privé sont dûs à la composition sociologique de leur recrutement. Or il n’est plus douteux aujourd’hui que l’origine sociale d’un élève est l’un des premiers éléments de la réussite scolaire.


Tricher ?

Les Echos et Le Monde titrent à l’identique, cette semaine, pour nous indiquer que "Vincent Peillon intensifie la lutte contre la fraude". Le dispositif de lutte contre les formes numériques de la fraude est connu. Le ministre l’a rendu public lors de sa visite au lycée Evariste-Galois de Noisy-le-Grand : des brouilleurs, en nombre limité, mis à la disposition des académies et destinés à se déplacer de façon anonyme d’un établissement à l’autre pendant la semaine des épreuves écrites. Plus utilement, sans doute, le ministre a rappelé aux lycéens que la fraude était la conséquence d’un stress face à l’examen, stress qu’il ne fallait pas cultiver au point de se mettre en délicatesse avec la loi.
C’est pourtant bien ce stress qui est le principal carburant de ce juteux marché que représente le Bac. Pour France Info c’est "Mon Bac à tout prix", et le Bac se transforme, comme chaque année en juteux "marché de l’angoisse", selon l’expression de Philippe Watrelot.
D’une façon plus générale, les lycéens tricheurs sont avant tout soucieux de leurs notes, qu’ils veulent bonnes sans efforts. Et pourtant, que vallent-elles réellement, leurs notes ? Pas grand chose, comme le rappelle fort opportunément France Info, dans sa rubrique Info Sciences de vendredi : "Evaluation scolaire : peut-on se fier aux notes ?". Les travaux de docimologie évoqués indiquent pour le moins la grande approximation de la plupart des systèmes de notation.
Et si les élèves trichaient, d’abord, parce que le système les y pousse et leur montre l’exemple ?


Stagner ?

Dans une analyse sans doute trop manichéenne des rapports de force, L’Express titre le 31 mai dernier sur "une victoire décisive, sans grève et sans bruit" de la FSU. Ce qui est en cause est l’abandon, dans le texte de loi, de l’expérimentation visant à moduler les services des enseignants, dans le cadre du renforcement de la liaison primaire/secondaire. En réalité, les droits à expérimentation demeurent dans la loi, et les négociations sur le statut, comme le rapporte l’article, ne sont pas encore ouvertes. Le pire n’est donc jamais certain. Tout est affaire de lecture. Comme l’est d’ailleurs la question de la rémunération des enseignants débutants, évoquée par L’Humanité qui titre un peu vite "Vincent Peillon veut baisser le salaire des enseignants débutants". cet article reprend, sans aucune analyse critique, un communiqué erroné du SNES, qui confond les enseignants débutants et les stagiaires de M2, qui seront payés une année plus tôt que leurs prédécesseurs.
Dernière trace d’immobilisme perceptible cette semaine, en pleine période des conseils de classe : le redoublement sévit encore. Sous le titre "Le redoublement, un exception française", Le Parisien du 4 juin propose un dossier de fond sur la question, hélas réservé à ses abonnés.


Numériser ?

Sur le Blog "Peut mieux faire" hébergé par Le Monde, la question est posée, crûment : "Pourquoi l’école française a tant de mal à passer au numérique ?". Peut-être un élément de réponse, en tout cas de réflexion, dans la renonciation du gouvernement à privilégier le développement des logiciels libres dans les écoles. On lira à ce sujet l’article du site Vousnousils "Le logiciel libre perd sa place dans le projet de refondation de l’école".
Pourtant, le numérique a toute sa place dans l’innovation scolaire. Le Monde du 5 juin pose la question sous la plume de Maryline Baumard : "à quoi servent les tablettes à l’école ?". On trouvera un salutaire début de réponse dans la chronique d’Emmanuel Davidenkoff sur France Info le 4 juin : "Quand l’Ipad ressuscite Montessori". L’équilibre parfait, apparemment, entre l’innovation d’hier, pédagogique mais encore peu répandue, et celle d’aujourd’hui, sans doute plus tournée vers la technique, et bon vecteur de diffusion des innovations précédentes.


Refonder, quand même !

La revue de presse du mardi 4 juin revient de façon très fouillée sur l’adoption dénitive du projet de Refondation par l’Assemblée nationale. L’événement est d’importance car comme le titre 20 minutes, "De retour à l’Assemblée, le projet de loi sur l’école rassemble toute la gauche". Certes, entre concessions et reculades, le projet de départ est quelque peu modifié. L’inévitable exercice de compromis inhérent à une démocratie apaisée, sans doute. Mais l’essentiel demeure : avec la fondation des Espés (dont les compétences ont été étendues cette semaine à la formation des enseignants à la prise en charge du handicap), l’extension du droit à expérimentation, la modification des cycles d’apprentissage, la loi prépare le terrain à des évolutions qui ne peuvent que s’inscrire dans la durée, tant l’ampleur du chantier est grande.


Et surtout, attendre que le fruit soit mûr

Il faut donc attendre que le temps fasse son oeuvre. Vincent Peillon était lundi l’invité de Jean-Michel Apathie sur RTL et revenait sur cette question du temps. "Tout l’intérêt de la politique c’est le suivi de la mise en oeuvre" a précisé le ministre. Rappelons que deux chantier d’importance doivent s’ouvrir dans les mois qui viennent : celui de la réforme du lycée (dont Vincent Peillon a précisé sur RTL, comme le relate le gratuit 20 minutes qu’elle "n’a pas porté ses fruits pour rééquilibrer les filières et donc trouver une diversité des excellences") et la réforme du statut des enseignants.
Le ministre a-t-il fragmenté sa réforme pour éviter une grogne de grande ampleur ? Réponse dans les mois qui viennent.

Lionel Jeanjeau