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Réveiller le désir d’apprendre

Agnès Baumier-Klarsfeld, éditions Albin Michel, 2016

30 novembre 2016

Voilà un ouvrage qui nous change des libelles déclinistes et des témoignages catastrophistes sur l’enseignement et qui aborde la question-clé du «  désir d’apprendre  ». L’auteure, journaliste, a mené une enquête sérieuse et documentée sur les approches pédagogiques qui pouvaient éveiller ou réveiller ce désir, sans lequel il est difficile d’embarquer les élèves vers les savoirs.

Certes, on pourrait reprocher des conclusions hâtives de certaines études censées étayer les pratiques innovantes, parfois convoquées comme de quasi preuves : l’argument d’autorité (du chercheur à Harvard, de l’expert international…) n’est pas loin. Les critiques de certaines conceptions ne sont pas toujours exposées ou le sont trop brièvement (limites du jeu en pédagogie, du travail de groupes, du recours au numérique, etc.) Ne faisons pas comme si des réserves n’existaient pas quant à par exemple la solidité méthodologique de l’expérience célèbre de «  Pygmalion à l’école  » ou la validité scientifique des «  intelligences multiples  » (voir notre dossier «  neuroscience et pédagogie  »).

On peut aussi être agacé par la notation en caractères gras de certaines phrases, et déplorer que les références soient limitées à des liens internet peu utilisables tels quels (des mots-clé de moteur de recherche auraient été plus indiqués). Mais l’essentiel n’est pas là, mais bien dans le tour d’horizon très riche que propose l’auteure parmi les pédagogies nouvelles et les approches susceptibles de réveiller ce fameux «  désir  », sans tomber dans le travers d’un Peter Gumbel encensant les innovations sans opérer le moindre tri sélectif et mettant sur le même plan des écoles privées hors contrat très réactionnaires et Clisthène !

L’auteure montre la multiplicité des leviers sur lesquels on peut jouer : travailler autour des émotions, exploiter les potentialités du jeu sous diverses formes, utiliser avec pertinence le numérique, développer le goût des sciences ou les pratiques d’écriture. Avec chaque fois à l’appui des citations d’experts de tous pays (Bucheton, Della Chiesa ou Boimare) et l’allusion à des’expériences diverses, du Danemark à la Californie, en passant par Singapour ou l’Etat d’Ontario, ou la France avec La main à la pâte entre autres. Si on peut, répétons-le, parfois pointer un manque de recul critique, on appréciera une mise à disposition d’un public large de théories trop mal connues sur la motivation, l’estime de soi ou encore la métacognition ou l’importance de l’écriture-réécriture dans l’apprentissage de la langue.

Même si la réflexion sociologique reste un peu l’absente de l’ouvrage, même si l’appel final à un meilleur accompagnement des enseignants reste un peu conventionnel et l’opposition sur la nécessaire libération des initiatives venues d’en bas contre les réformes venues d’en haut un peu facile, on ne peut qu’encourager la lecture de ce livre qui peut fournir des exemples, de façon très accessible, de pistes à explorer, face aux solutions simplistes et vaines de tant de charlatans se proclamant experts de l’école. Comme le dit François Taddéi dans sa préface : «  Plus qu’une série de solutions à adopter telles quelles, ce livre propose de penser l’école différemment.  »

Jean-Michel Zakhartchouk