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Des échos du colloque national d’Éducation & Devenir des 12, 13 et 14 mars 2010.

Réussite à l’école , réussite de l’école

Par Françoise Clerc

1er juin 2010

Sur le thème « À quoi sert de réussir à l’école ? », Éducation & Devenir proposait les 12, 13 et 14 mars 2010 à Roubaix son XXVIe colloque national. Pour Françoise Clerc « le colloque a permis de sortir du piège idéologique dans lequel s’enferme le débat sur l’école en réaffirmant les valeurs démocratiques de l’éducation et en ouvrant quelques perspectives de bon sens : utiliser les ressources existantes qui nous permettent de mieux connaître les besoins des populations d’élèves et d’analyser les problèmes, tenir compte de ces analyses pour décider et agir, accompagner les professionnels dans l’ajustement des pratiques ». Elle en donne ici quelques échos.


Un débat bloqué dans des pièges idéologiques

Dans le texte problématique du colloque, Françoise Sturbeau proposait aux participants au colloque de s’interroger sur la relation entre réussite scolaire et réussite professionnelle, entre réussite scolaire et réussite sociale, entre réussite scolaire et réussite personnelle. Elle remarquait également que de plus en plus d’acteurs sociaux mettent en doute la capacité de l’école à promouvoir les enfants des classes populaires et à les préparer à entrer dans un monde où les compétences se construisent tout au long de la vie.

L’enjeu du colloque était donc clair : il s’agissait d’examiner la capacité de l’école à accomplir les missions que la loi lui assigne et d’approfondir le débat sur le sens de la réussite des élèves et de la réussite de l’école. Il s’agissait aussi de sortir des pièges idéologiques qui bloquent le débat démocratique sur l’école : passer d’une conception formelle de l’égalité héritée des Lumières et de la Révolution à une conception plus distributive des ressources et des droits. La réflexion sur l’évaluation des performances des élèves et des performances de l’école devait être au service d’une tentative de restauration de références communes susceptibles de lutter contre le discours « décomplexé » sur la réussite et sur ses signes extérieurs qui occupe l’espace médiatique.

Reconnaitre la capacité sociale des parents

Jean-Pierre Kameniak (historien de la psychanalyse et pédopsychiatre) s’est interrogé sur le rôle de l’école en tant qu’elle assure la transition entre la socialisation au sein de la famille et la socialisation adulte. À l’école, les images parentales se rectifient progressivement par le contact avec d’autres adultes. Mais dès lors que l’école — la société en général — ne reconnait pas la capacité sociale des parents, elle engendre de la « déliaison sociale ». Il a aussi rappelé que la connaissance de soi est nécessaire pour devenir un sujet et a soulevé une question centrale pour tout éducateur : la structuration de la personnalité peut-elle être l’objet d’une évaluation ?

Valoriser une véritable éducation populaire

Éric Favey (Ligue de l’enseignement) a défendu une conception redistributrice du capital culturel. Resituant les enjeux de la réussite scolaire dans la construction d’une société de la connaissance fondée sur des valeurs démocratiques, il a estimé que les pratiques d’évaluation et de validation des études sont restrictives et peu conformes au projet de former simultanément l’homme, le citoyen et le travailleur. Il a dessiné des perspectives pour valoriser une véritable éducation populaire, continuité entre l’école et les formes les moins scolaires de la formation des adultes.

Une autonomie qui fait peur

Une table ronde animée par Alain Boulineau a permis de jeter un regard (trop bref, hélas) sur le fonctionnement de l’école dans un land allemand et dans la partie francophone de la Belgique. D’autres histoires, d’autres cultures, sources de réflexion, de mise en question pour notre propre système. Deux points ont été particulièrement mis en évidence. L’autonomie des établissements, qui fait si peur en France, n’est pas nécessairement source de dérives inégalitaires. Bien au contraire. De plus, l’évaluation de l’activité éducative des établissements telle qu’elle nous a été présentée par les deux invités, peut devenir un véritable outil de pilotage, dès lors qu’elle ne se réduit pas à un acte administratif de contrôle et qu’elle est considérée comme un outil de pilotage au service de la communauté scolaire.

Pour un meilleur usage des évaluations et des résultats de la recherche

Pour conclure, Jean-Claude Emin (ancien sous-directeur de la DEP et ancien membre du HCéé) a examiné la question de l’évaluation de la réussite de l’école, plus que celle de la réussite à l’école. Sa conférence s’est structurée autour de deux axes : l’usage que le politique fait des évaluations et, de façon plus générale, de l’usage qu’il fait des travaux de recherche en éducation. Outre la baisse des performances en lecture à la fin du CM2 qui touche sélectivement les élèves les plus faibles et l’augmentation du nombre de jeunes éprouvant des difficultés de lecture à la fin de la scolarité obligatoire, il a souligné la très grande hétérogénéité des performances des élèves en fin de collège. Ces résultats — de même que les résultats des évaluations internationales — interrogent brutalement la capacité de l’école à assumer ses missions dans une société démocratique. Mais ils ne sont pas forcément pris en compte par les politiques : soit ils sont mis sous le boisseau, soit ils sont instrumentalisés. Il suggère donc que les recherches en éducation soient confrontées et travaillées et que, enfin, le politique s’inspire de leurs conclusions. S’appuyant sur les travaux du Haut conseil de l’évaluation de l’éducation, il préconise d’« abandonner le principe du « tout ou rien », et reconnaitre que des élèves — en proportion qui peut être importante en certains endroits — ont des « besoins éducatifs particuliers » et de « demander à chaque école et à chaque collège d’élaborer un programme d’actions organisant d’autres mesures que le redoublement pour lutter contre les difficultés de chaque élève. » Dans cette entreprise, les établissements ont besoin d’être eux-mêmes aidés.

Françoise Clerc
Professeure en sciences de l’éducation, université Lyon 2


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